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African Banker

Afrique de l’Ouest : La BCEAO baisse ses taux directeurs

La Banque centrale des pays ouest-africains a décidé d’accompagner les États dans leurs politiques de soutien à l’activité et de relance. Si quelques tensions sont à redouter du côté des prix, ceux-ci restent dans l’objectif fixé.

Par Laurent Soucaille

La BCEAO (Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest) fait le choix du soutien à l’économie, quitte à assouplir sa garde face aux tensions inflationnistes. Son Comité de politique monétaire (CPM), réuni en visioconférence le 22 juin, a passé en revue les principales évolutions de la conjoncture économique internationale et celle de la sous-région.

Il a noté que « les plans de relance engagés par les États et l’assouplissement progressif des restrictions de déplacement devraient conduire à un redémarrage de l’appareil productif ». Aussi, a-t-il décidé d’accompagner cette dynamique, en baissant de 50 points de base les taux directeurs de la Banque centrale, à compter du 24 juin.

À l’horizon de huit trimestres, le taux d’inflation dans l’Uemoa se situerait à 2,2%, en glissement annuel, « en ligne avec l’objectif de stabilité des prix poursuivi par la Banque centrale ».

Le taux d’intérêt minimum de soumission aux opérations d’appels d’offres d’injection de liquidité passe ainsi de 2,50% à 2,00% et le taux d’intérêt du guichet de prêt marginal est ramené de 4,50% à 4,00%. Concrètement, les entreprises auront davantage de possibilités d’emprunts à des taux attractifs, les banques se montrant moins exigeantes en matière de taux d’intérêt, puisque elles-mêmes pourront se refinancer à plus bas coût.

À moyen terme, cette injection de liquidité dans l’économie, couplée aux importantes dépenses budgétaires engagées par les pays africains ces derniers mois, pourraient accentuer les pressions inflationnistes. La BCEAO fait le pari que ces dernières seront facilement contenues. 

Le CPM, réuni sous la présidence de Tiémoko Meyliet Koné, gouverneur de la BCEAO, fonde sa décision sur les facteurs de risque à moyen terme, en matière d’inflation et de croissance économique dans l’Uemoa (Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest). Et donc d’ajuster sa politique monétaire en conséquence.

Fort ralentissement attendu en 2020

Examinant la conjoncture internationale, « le Comité a noté la propagation rapide de la maladie due à la Covid-19 à l’échelle mondiale et l’ampleur des mesures prises pour son endiguement ». L’activité économique s’est ainsi fortement ressentie des perturbations dans les chaînes de production, de distribution et de commercialisation, ainsi que d’une montée des incertitudes entourant les perspectives. Selon le FMI, l’économie mondiale enregistrerait une croissance négative de 3% en 2020. Cette « forte récession montre l’ampleur de l’impact de la pandémie de la Covid-19 sur l’activité économique mondiale », fait observer le CPM.

Sur les marchés internationaux, les cours des matières premières, excepté l’or, ont connu une forte chute durant les premiers mois de 2020. Les mesures prises pour limiter la propagation de la maladie, notamment les fermetures de frontières et les mesures de confinement, ont fortement perturbé les chaînes de production internationales, induisant une baisse de la demande de matières premières.

Les prix de l’énergie ont enregistré un recul de 18,4% durant le premier trimestre 2020, après une progression de 1,7% le trimestre précédent. Les cours des produits de base non énergétiques se sont également inscrits en repli de 0,7% sur le premier trimestre 2020, après une hausse de 1,9% au trimestre précédent.

Baisse des recettes des États

Au titre de la conjoncture en Afrique de l’Ouest, le Comité a relevé que l’activité économique a connu un fort ralentissement. Le PIB de l’Union a progressé, en glissement annuel, de 3,3% au premier trimestre 2020, après 6,5% un trimestre plus tôt.

Cette décélération de l’activité économique est surtout imprimée par le secteur tertiaire, dont la contribution à la croissance a baissé de moitié par rapport dernier trimestre de 2019. « Cette tendance reflète les premiers impacts de la propagation de la pandémie notamment dans les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie, des transports et du commerce. » Pour l’ensemble de l’année 2020, la Banque centrale table sur une croissance de l’Union de 2,6% contre une prévision initiale de 6,6%.

L’exécution des budgets dans les pays membres de l’Uemoa s’est fortement ressentie de la pandémie, au premier trimestre 2020. En effet, les gouvernements ont engagé des plans de riposte qui se sont traduits par une baisse des recettes et une hausse des dépenses entraînant une aggravation du déficit budgétaire. Lequel, – base engagements, dons compris –, ressortirait à 922,1 milliards de F.CFA (plus de 1,4 milliard d’euros) soit 4,5% du PIB à fin mars 2020, contre 222,5 milliards (339 millions d’euros) ou 1,1% du PIB à la même période de l’année précédente.  

Une inflation sous contrôle ?

La situation monétaire de l’Union a été marquée, au premier trimestre 2020, par une légère accélération du rythme de progression de la masse monétaire, dans le sillage du rebond des actifs extérieurs nets ainsi que l’accroissement des créances intérieures. Les réserves de change de l’Union se sont renforcées sur une base annuelle, assurant 6,3 mois d’importations de biens et services à fin mars 2020.

Le taux d’intérêt minimum de soumission aux opérations d’appels d’offres d’injection de liquidité passe ainsi de 2,50% à 2,00% et le taux d’intérêt du guichet de prêt marginal est ramené de 4,50% à 4,00%. Concrètement, les entreprises auront davantage de possibilités d’emprunts à des taux attractifs, les banques se montrant moins exigeantes en matière de taux d’intérêt, puisque elles-mêmes pourront se refinancer à plus bas coût.

Le taux d’intérêt moyen trimestriel des appels d’offres hebdomadaires d’injection de liquidité s’est nettement orienté à la baisse, en ressortant à 2,69% contre 2,98% le trimestre précédent. Depuis le mois d’avril 2020, il se situe à 2,50%, en raison des injections de liquidité au taux fixe de 2,50% lancées par la Banque centrale pour lutter contre les effets néfastes de la crise sanitaire.

Abordant la situation de l’inflation dans l’Union, le Comité a relevé que le niveau général des prix à la consommation a augmenté durant le premier trimestre 2020. Ils ressortent en hausse de 1,2% après -0,6% un trimestre plus tôt, dans la lignée du rebond des prix des produits alimentaires. À l’horizon de huit trimestres (deux ans), le taux d’inflation se situerait à 2,2%, en glissement annuel, « en ligne avec l’objectif de stabilité des prix poursuivi par la Banque centrale ».

Enfin, le Comité de politique monétaire a relevé que la situation de constitution des réserves obligatoires par les banques reste « confortable ». Sur cette base, il a décidé de maintenir inchangé le coefficient de réserves obligatoires applicable aux banques de l’Union, qui demeure fixé à 3,0%.

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