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Symposium Démographie-Paix-Sécurité

Symposium Démographie-Paix-Sécurité
  • Publiédécembre 1, 2020

Une transition lente de la fécondité

En matière de conflits, les modèles développés font état d’un apaisement progressif du risque, dans les pays du Sahel et en Afrique subsaharienne en général, à horizon 2050. Les deux pays faisant exception étant la RD Congo et le Nigeria, où les facteurs prévisibles de risques augmentent ces prochaines décennies.

Sur le plan démographique, nous observons qu’au Sahel, la baisse de la mortalité des enfants enregistrée ces dernières années, n’a pas encore conduit à une baisse conséquente de la fécondité, comme cela est prédit dans le schéma classique de la transition démographique.

Le nombre moyen d’enfants par femme est encore élevé et ne connaît pas pour le moment une baisse significative. Il avoisine ou dépasse 5 enfants par femme. Les structures démographiques sont dominées par des jeunes de moins de trente ans.

Mabingue Ngom

Or, les pays où la population croît à un rythme accéléré et où les populations de moins de trente ans représentent plus de 60% de la population totale, risquent davantage de subir des conflits civils ou des crises sécuritaires.

En effet, ils doivent affronter des pressions sur les systèmes d’éducation et sur la socialisation, de même que du chômage et du sous-emploi, en concomitance avec une propension à la déviance. À l’inverse, une faible pression démographique sur les ressources ne signifie pas nécessairement moins de conflits.

De  fait, si la bonne gouvernance n’est pas de rigueur et que les ressources ne sont pas équitablement réparties, on peut avoir une situation explosive comme dans le cas d’une forte pression démographique.

Trois scénarios pour l’avenir

Faisant le lien entre ces vulnérabilités accumulées et l’insécurité montante au Sahel, Mabingue Ngom, directeur régional de l’UNFPA, évoque « une spirale négative enclenchée » et prédit une « situation qui va empirer sur le plan social, et donc sécuritaire », si rien n’est fait.

Fort de ces constats, l’UNFPA retient trois scénarios. Le premier n’est que le prolongement des tendances lourdes de ces dernières décennies. Avec un État, dans chaque pays, dont la présence s’améliore, mais où la sécurité extérieure reste source de préoccupation. Résultat : hausse des naissances, un taux de croissance démographique encore élevé, de même que les inégalités. Ce scénario tendanciel n’est certainement pas souhaitable pour tous ceux qui prônent l’émergence, mais il reste très plausible.

Un scénario dit « d’adaptation » suppose un ralentissement de la fécondité. Un taux de 3 enfants par femme, environ, permet une diminution progressive de la croissance démographique et du taux de dépendance. Dès lors, une croissance économique plus soutenue, plus inclusive et plus durable, devient possible.

Dans ce scénario, des innovations sociales et organisationnelles ont aussi contribué à l’établissement de relations gagnant-gagnant entre États et sociétés civiles. Si les bonnes décisions sont prises, ce scénario suppose que la gestion des frontières a été résolue parce que, entre autres raisons, les migrations saisonnières liées à la prépondérance de l’agriculture pluviale dans les économies rurales ont diminué en intensité. Ce scénario est le plus souhaitable, est-il le plus probable ?

La jeunesse n’est pas un obstacle

Un troisième scénario, celui de l’aggravation des tensions, n’est pas à exclure. Si les sociétés sahéliennes ne s’engagent pas dans un changement des comportements reproductifs, la baisse de la fécondité sera insuffisante. La population des cinq pays du Sahel pourrait passer de 3,4 à 6,4 millions de personnes, en 2040. Avec les conséquences pour la paix et la sécurité que l’on devine. Les pressions communautaires l’emporteraient et l’État deviendrait « trop petit pour les grandes choses et trop grand pour les petites choses ».  

Selon l’UNFPA, les pays du Sahel devraient mener des politiques permettant une maîtrise de la dépendance démographique et offrant des débouchés aux jeunes. Dont le niveau d’éducation, combiné à l’utilisation des technologies de communication et des réseaux sociaux, concourt à renforcer leur besoin d’émancipation et d’un meilleur devenir.

Pour autant, les pays en situation d’insécurité, surtout ceux d’Afrique de l’Ouest, devraient accompagner le processus d’urbanisation des villes et engager une politique éducative permettant de maintenir les enfants dans le système éducatif. Sans oublier, bien sûr, les efforts de planification familiale.

Le scénario catastrophe décrit par l’UNFPA reste tout aussi plausible que les deux précédents, bien qu’il soit aux antipodes des actions menées dans la région par les acteurs du développement. L’éviter est à portée de mains.

LS

Renseignements sur : https://wcaro.unfpa.org/fr/events/d%C3%A9mographie-paix-s%C3%A9curit%C3%A9-au-sahel

Écrit par
Par Laurent Soucaille

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