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Sécurité routière, la difficile équation

Sécurité routière, la difficile équation
  • Publiéjanvier 16, 2023

Endeuillé une nouvelle fois par un accident, le Sénégal veut renforcer la législation et les contrôles en matière de sécurité routière. Le gouvernement se heurte à l’hostilité des professionnels et à la difficulté d’appliquer certaines mesures.

 

« Encore un autre accident mortel sur nos routes à l’entrée de Ngeun Sarr. 19 vies humaines perdues et 24 blessés. Cela met en évidence la nécessité de renforcer les mesures de sécurité routière. Mes condoléances émues aux familles éplorées. Prompt rétablissement aux blessés. » Ainsi a réagi sur Twitter le président Macky Sall à un nouveau drame de la route qui endeuille le Sénégal, ce 16 janvier 2022.

Les mesures prises « ne doivent faire l’objet ni de report ni de compromis. Nous serons sans concession avec ceux qui contreviennent aux règles édictées pour garantir l’intégrité physique de nos concitoyens », déclarait le Premier ministre, Amadou Bâ, le soir du 9 janvier.

Un car de transport public est entré en collision avec un camion, à Ngueune Sarr, dans la province de Louga, au nord du pays. Le dernier bilan, revu en hausse depuis le tweet du Président, est de 20 morts et 24 blessés, dont 19 graves. Une fois encore, un car de transports est mis en cause, dix jours après le terrible accident de Sikilo, qui a causé 42 décès, selon un dernier bilan. Le 9 janvier, le gouvernement a, dans l’urgence, annoncé près de trente mesures destinées à lutter contre l’insécurité routière. Il s’agissait notamment d’une accélération des programmes existants et d’un durcissement des contrôles de conformité des véhicules. La principale mesure, l’interdiction de rouler la nuit pour les transports en commun, a été fraîchement accueillie par les professionnels. Les syndicats de transporteurs ont appelé à une grève « illimitée » à compter du 17 janvier.

La grève a aussi d’autres motivations : les transporteurs veulent obtenir l’autorisation de l’État pour augmenter leurs tarifs. C’était avant ce nouveau drame. Le gouvernement est d’ailleurs revenu sur une des mesures prises le 9 janvier, l’interdiction des porte-bagages sur les toits, devant les protestations des professionnels. On reverra l’utilité de cette proposition dans un an… En attendant, « à titre dérogatoire », les bus et minibus sont autorisés à conserver leur porte-bagages ; toutefois, la hauteur du chargement ne pourra dépasser 50 ou 70 cm selon les véhicules. Pour l’heure, une autre mesure phare est maintenue, l’obligation de « plomber » les compteurs afin de ne pas dépasser 90 km/h sur route.

 

Pour des « horaires » sûrs

Selon la radio RFM, le car impliqué dans l’accident du 16 janvier aurait brutalement dévié de sa trajectoire pour éviter un âne errant au bord de la route. À Sikilo, c’est l’éclatement d’un pneu qui serait en cause. Ce qui a conduit le gouvernement à interdire l’importation de pneumatiques d’occasion. Mesure fondée mais qui semble difficile à appliquer dès aujourd’hui, redoutent de nombreux spécialistes.

Une fois encore, le gouvernement est sommé d’agir plus efficacement pour rendre les routes plus sûres. Un problème quasi général en Afrique. Dont la résolution passe par la construction de routes plus sûres, par des véhicules en meilleur état et mieux équipés, par une lutte contre les comportements dangereux, ainsi que contre le laxisme – voire la corruption – des agents chargés de faire respecter le Code.

Les Sénégalais les appellent « les horaires » : ces bus transportant passagers et marchandises sont un moyen de transport incontournable entre les villes du pays. Rarement du dernier cri, les véhicules sont aménagés par les compagnies pour transporter un maximum de personnes à l’intérieur et un maximum de bagages sur le toit. Au mépris de la facilité de conduite.

Pourtant, alors que Macky Sall appelle au renforcement des mesures, le gouvernement lâche donc du lest par rapport aux décisions prises le 9 janvier. Selon un syndicat de transporteurs, il serait prêt aussi à revoir sa position quant à l’âge maximum des véhicules autorisés à transporter du public.

Les accidents de la route tuent 700 personnes chaque année au Sénégal, qui compte de plus de 17 millions d’habitants. En 2019, Le Sénégal présentait une mortalité sur les routes de 24 pour 100 000 habitants, et l’Afrique subsaharienne de 27 pour 100 000, contre un taux de 6 pour 100 000 en Europe, selon la Banque mondiale.

Les mesures prises « ne doivent faire l’objet ni de report ni de compromis. Nous serons sans concession avec ceux qui contreviennent aux règles édictées pour garantir l’intégrité physique de nos concitoyens », déclarait le Premier ministre, Amadou Bâ, le soir du 9 janvier. Tous ne l’entendent pas ainsi, au Sénégal.

@NA

 

Écrit par
Aude Darc

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