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L’Union africaine s’inquiète du « passeport vert » européen

La vaccination contre la Covid-19 en Afrique passe, via le dispositif Covax, par le sérum indien SII. Or, celui-ci ne figure pas sur la liste des vaccins reconnus par l’Union européenne pour entrer sur son sol. L’Union africaine réclame des explications.

Par Marie-Anne Lubin

Faute de réponse satisfaisante à ses interrogations, l’Union africaine fait part publiquement de ses préoccupations. Dans un communiqué, la Commission de l’UA et les Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) notent « avec inquiétudes » les récentes communications de l’Union européenne concernant le certificat numérique Covid « Green Pass ». Ce passeport permet d’entrer dans l’espace Schengen sans contrôle sanitaire, à condition d’être pleinement vacciné contre la Covid-19. 

Certes, la disponibilité d’un tel certificat, avec son potentiel pour faciliter de manière significative la libre circulation en toute sécurité dans tous les États membres de l’UE et certains pays associés, constitue « un pas en avant significatif ». Toutefois, « les directives d’applicabilité actuelles mettent en péril le traitement équitable des personnes ayant reçu leurs vaccins dans les pays bénéficiant de la facilité Covax » soutenue par l’UE, notamment la majorité des pays africains.

Selon les informations officielles émanant des autorités de l’UE, alors que l’objectif est que les pays européens délivrent des certificats de vaccination quel que soit le type de vaccin Covid-19 utilisé, l’octroi d’un « laissez-passer vert » s’applique uniquement aux vaccins qui ont reçu une large autorisation de mise sur le marché.

« L’Union africaine et le CDC africain exhortent donc la Commission européenne à envisager d’augmenter l’accès obligatoire aux vaccins jugés appropriés pour un déploiement mondial via la facilité Covac soutenue par l’Union européenne ».

L’UA observe alors que si le vaccin AstraZeneca, par exemple, a reçu une autorisation en Europe, il n’en est pas de même pour le  Covishield, produit sous licence par le Serum Institute of India (SII). En vertu de ces règlements, les personnes qui ont reçu Covishield, bien qu’elles soient en mesure de démontrer une preuve de vaccination, continueraient d’être soumises à des restrictions de santé publique, y compris des restrictions de mouvement et des exigences de test, avec des implications administratives et financières considérables.

Absurdité réglementaire

En effet, si la molécule contenue dans le sérum est la même que celle du vaccin AstraZeneca (VaxZevria), largement utilisé en Europe, le Covishield n’est pas reconnu par l’Agence européenne du médicament. Voilà qui entrave l’entrée au sein de la zone Schengen. Récemment, les ambassades de France, notamment, ont bien expliqué que ceux qui veulent se rendre en France devront montrer un test PCR négatif et justifier d’une nécessité impérieuse de séjour. En Afrique, 27 pays bénéficient du système Covax, dont la RD Congo, la Côte d’Ivoire, etc. Et reçoivent essentiellement le vaccin indien…

Faire taire les sceptiques

Du côté africain, on considère donc ces développements comme étant « préoccupants », car le vaccin Covidshield est l’épine dorsale des contributions Covax, pourtant soutenues par l’Europe dans leur aide à la vaccination en Afrique. En outre, fait observer l’UA, étant donné que l’objectif exprimé pour la production du Serum Institute of India est de desservir l’Inde et les pays à faible revenu, le SII peut ne pas demander une autorisation de mise sur le marché à l’échelle de l’Europe ! Ce qui laisse entendre que les inégalités d’accès aux Pass verts créées par cette démarche « persisteraient indéfiniment ».

Pourtant, insistent l’UA et les CDC Afrique, le vaccin Covidshield, aux côtés des versions du vaccin AstraZeneca (celles produites en Grande-Bretagne et en Corée), a été l’un des premiers candidats disponibles considérés comme sûrs et efficaces par l’Organisation mondiale de la santé.

L’OMS avait lancé une procédure d’urgence pour faire approuver les vaccins. Les deux candidats ont reçu l’approbation dès le 15 février 2021 dans le but explicite de le déployer via le mécanisme Covax, de fournir un accès aux pays à faible revenu et de protéger la population mondiale de la Covid-19. « L’Union africaine et le CDC africain exhortent donc la Commission européenne à envisager d’augmenter l’accès obligatoire aux vaccins jugés appropriés pour un déploiement mondial via la facilité Covac soutenue par l’UE », conclut le communiqué.

La démarche de l’Union africaine – l’OMS serait saisie de cette question – revêt une importance sur le continent : tandis que les vaccins continuent de susciter bien des interrogations, certaines populations pourraient devenir réticentes à recevoir un vaccin dont l’Europe ne veut pas…

Malu

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