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L’économie mondiale s’essouffle, la riposte s’organise

La Banque mondiale prépare un plan de soutien de 170 milliards de dollars pour aider les pays les plus touchées par la guerre en Ukraine. Le rebond de l’économie mondiale s’essouffle un peu partout. Si l’Afrique est moins pénalisée, les risques sociaux et économiques demeurent.

 

Par Laurent Soucaille

Les Réunions de printemps de la Banque mondiale (BM) et du FMI débutent formellement ce 18 avril. Leur thème générique, « Relever les défis de la croissance, de la sécurité et de la stabilité », peut paraître bien optimiste au regard de la dégradation brutale de la situation internationale. Abaissant ses prévisions de croissance mondiale, l’institution prépare la riposte.

En effet, en prélude à cet événement, le directeur de la BM, David Malpass, avait prononcé à Varsovie (Pologne), un discours volontariste, où l’optimisme ne dominait pas franchement. Il s’était dit « profondément choqué et horrifié » par l’invasion de l’Ukraine par la Russie et les exactions menées. Il avait déploré l’augmentation des conflits constatés ces derniers mois, au Sahel, en Éthiopie, en Somalie, au Yemen, jugeant « profondément préoccupante » la progression vers l’insécurité. Cette année, 39 des 189 pays membres de la Banque mondiale connaissent des situations de conflit ouvert ou demeurent en situation de fragilité inquiétante. « Aujourd’hui, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, une personne sur cinq vit dans une zone touchée par conflit. »

« Avec des marges budgétaires limitées, les décideurs doivent se tourner vers des options innovantes comme la baisse ou la suppression temporaire des droits à l’importation sur les denrées alimentaires de base, pour venir en aide à leurs concitoyens », juge Albert Zeufack, économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique.

C’est pourquoi, a-t-il annoncé ce lundi 19 avril 2022, David Malpass prépare un paquet d’aides de 170 milliards de dollars, répartis sur 15 mois, pour aider les pays à faire face aux multiples crises provoquées par la guerre en Ukraine. « Nous nous préparons à une réponse continue, étant donné les multiples crises dans le monde », a expliqué David Malpass, qui cible aussi bien la crise alimentaire que la crise humanitaire provoquée par le flux de réfugiés. La BM pourrait donc débloquer 170 milliards $ à horizon juin 2023, s’engageant sur environ 50 milliards $ à très court terme. Une enveloppe « conséquente », a jugé David Malpass qui a rappelé qu’en 2020, la réponse de la BM à la crise pandémique avait atteint 157 milliards $.

 

Abaissement des prévisions de croissance

Sur le plan de la dette, dont il craint que la crise ne s’aggrave cette année, David Malpass a appelé à l’amélioration du cadre commun du G20 permettant la restructuration de la dette. Il a souhaité, une nouvelle fois, l’implication des créanciers privés.

La Banque mondiale a réduit ses prévisions de croissance mondiale, à 3,2% contre 4,1%. Les zones les plus touchées par le ralentissement de croissance étant l’Europe et l’Asie centrale. De son côté, la Chine sera sans doute affectée par la résurgence actuelle de la Covid-19 et des mesures de restrictions décidées.

De son côté, le FMI lancera le 1er mai un « fonds fiduciaire pour la résilience et la durabilité ». Doté d’au moins 45 milliards de dollars, il visera à relever « les défis structurels à long terme » que doivent supporter les États, notamment les plus endettés.

Sur le plan économique donc, « les tendances ne sont pas encourageantes », déplore David Malpass qui constate qu’avant même le déclenchement de la guerre en Ukraine, les économies en développement étaient « largement à la traîne » du rebond post-Covid.

Pour leur part, les économies de la région du MENA (Moyen-Orient et Afrique) devraient croître de 5,2 % en 2022, le taux le plus rapide depuis 2016, grâce à la manne des prix du pétrole qui profite aux exportateurs de pétrole de la région. Toutefois, reconnaît la Banque mondiale, « une incertitude accrue entoure cette prévision en raison de la guerre en Ukraine et des menaces persistantes des variantes de la Covid-19 ».

Les producteurs de pétrole bénéficieront de la hausse des prix du pétrole et des taux de vaccination alors que les pays fragiles sont à la traîne. Mais le resserrement de la politique monétaire mondiale, l’imprévisibilité de l’évolution de la pandémie, les perturbations continues de la chaîne d’approvisionnement et la hausse des prix des denrées alimentaires augmentent les risques d’inflation pour l’ensemble de la région.

 

L’Afrique subsaharienne moins affectée

« La dure réalité est que personne n’est encore tiré d’affaire », prévient Ferid Belhaj, vice-président de la Banque mondiale pour la région MENA. Selon qui « une bonne dose de réalisme quant aux perspectives de croissance de la région en ces temps d’incertitude est essentielle, tandis que l’incertitude actuelle constitue un défi pour les décideurs ».

La dépréciation de la monnaie dans certains pays de la région MENA s’ajoute déjà aux pressions inflationnistes. Les économies confrontées à des vulnérabilités budgétaires et à la dette rencontreront probablement plus de difficultés lorsqu’elles refinanceront leur dette existante ou émettront de nouvelles dettes dans un contexte de resserrement des conditions de financement alors que les banques centrales mondiales visent à contenir les anticipations d’inflation.

Si la croissance globale atteint 5,2 %, le PIB par habitant dépassera à peine les niveaux d’avant la pandémie « en raison d’une performance généralement médiocre en 2020-2021 », selon les dernières prévisions de la Banque mondiale.

L’Afrique subsaharienne ne serait guère mieux lotie, avec une croissance globale de 3,6% en 2022, contre 4% en 2021. Toutefois, l’institution se montre plus optimiste à moyen terme, prévoyant des croissances un peu plus soutenues en 2023 (+3,9%) et 2024 (+4,2%). « Alors que les pays africains se trouvent confrontés à une incertitude persistante, à la perturbation de l’approvisionnement et la flambée des prix des engrais et des produits alimentaires, les politiques commerciales peuvent changer la donne en garantissant la libre circulation des denrées alimentaires à travers la région », souligne Albert Zeufack, économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique.

Lui aussi redoute un certain attentisme des décideurs, privés ou publics, face aux incertitudes. « Avec des marges budgétaires limitées, les décideurs doivent se tourner vers des options innovantes comme la baisse ou la suppression temporaire des droits à l’importation sur les denrées alimentaires de base, pour venir en aide à leurs concitoyens. »

D’autres décisions, notamment en matière de convergence des politiques économies, sont attendues lors de ces Assemblées du groupe de la Banque mondiale.

@AB

 

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