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Le Mali entretient un climat de tensions

Le Mali entretient un climat de tensions
  • Publiéjuillet 13, 2022

La décision du pouvoir malien d’arrêter 49 soldats venus de Côte d’Ivoire participe de sa politique d’exacerbation du nationalisme et de rejet de toute ingérence étrangère. Après le départ des soldats français, la Minusma, force de l’ONU, est dans le collimateur de Bamako.

 

Par Laurent Allais

Vives tensions entre la Côte d’Ivoire et le Mali, après l’arrestation de 49 militaires ivoiriens à l’aéroport de Bamako. Ce qui ne semblait qu’une simple relève de soldats d’une force internationale a tourné à l’incident diplomatique. La junte malienne au pouvoir, et ses relais sur les réseaux sociaux, en profitant pour exacerber le nationalisme malien, accusant le président ivoirien Ouattara de n’être qu’une marionnette de la France.

Au départ de la brouille, donc, l’arrestation de militaires, le 10 juillet 2022, accusés d’être des « mercenaires » par le pouvoir malien. Ce que réfute le gouvernement ivoirien qui réclame la libération sans délai de ses soldats « injustement arrêtés ».

La seule explication possible tient bien dans le souhait de mettre des bâtons dans les roues à la Minusma et à toute ingérence étrangère. Il s’agirait pour Bamako d’entraver le travail de renseignement sur le respect des droits de l’homme et sur l’action de la force russe Wagner.

Selon Abdulaye Maïga, le dirigeant de la junte, nul doute, ces militaires ces militaires, majoritairement issus des forces spéciales ivoiriennes, seraient entrés « illégalement » sur le territoire malien à bord de deux vols distincts, « sans ordre de mission ni autorisation », avec « le dessein funeste manifestement de briser la dynamique de la refondation et de la sécurisation du Mali, ainsi que du retour à l’ordre constitutionnel ».

Clairement, le gouvernement malien met la pression sur le Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali), dont l’action est régulièrement contestée par la junte.

Laquelle considère que les soldats ivoiriens étaient dans l’illégalité. D’où la décision de les arrêter, de confisquer leurs armements, munitions et équipements. Les autorités maliennes arguent un certain flou dans la mission confiée à ces soldats, dont les motifs de présence au Mali sont quelque peu confus : « Une mission confidentielle, la rotation dans le cadre de la Minusma, la sécurisation de la base logistique de la compagnie aérienne Sahelian Aviation Services et la protection du contingent allemand ». Quatre versions sont présentées, tandis que la Minusma aurait informé les autorités maliennes qu’il n’y avait pas de rotation d’effectifs prévue le 10 juillet. Ce que l’organisation onusienne a confirmé officiellement. Le gouvernement allemand a également réfuté toute implication dans l’envoi d’un contingent ivoirien.

 

Pourtant, les sanctions sont levées…

Toujours selon les autorités de Bamako, « des responsables des Forces de défense et de sécurité maliennes ont contacté immédiatement leurs homologues ivoiriens qui ont affirmé qu’ils ignoraient tout de la présence des militaires ivoiriens interpellés ».

Autre son de cloches du côté d’Abidjan, qui affirme – après une journée de réflexion –, que les soldats arrêtés étaient au Mali dans le cadre « des opérations des Éléments nationaux de soutien ». La Côte d’Ivoire considère que leur présence est « conforme aux mécanismes de soutien aux contingents des pays contributeurs de troupes dans le cadre des missions de maintien de la paix », ce qui est « bien connue des autorités maliennes ». 

Le colonel Assimi Goïta

 

Le quiproquo s’expliquant par le fait que cette force respecte une convention signée en juillet 2019 entre la Côte d’Ivoire et les Nations unies, ainsi qu’un contrat de sécurisation et de soutien logistique signé avec Sahel Aviation Service. Cette société est un sous-traitant des Nations unies, mais Bamako voudrait qu’elle confie sa sécurité à des soldats maliens.

Ainsi, la présence de militaires ivoiriens à l’aéroport international de Bamako s’explique-t-elle sans difficulté, même si la junte malienne a du mal à l’admettre. D’ailleurs, les Ivoiriens ironisent sur la réaction des Maliens face à des militaires arrivant sans se cacher par une ligne connue de transports de troupes et se présentant aux contrôles comme n’importe quels voyageurs. Bref, pas l’attitude de « mercenaires » envoyés pour préparer un coup d’État…

Les observateurs comprennent mal cette attitude du gouvernement malien. Ce coup d’éclat intervient alors que la CEDEAO et les organismes internationaux viennent de lever les sanctions économiques et financières contre le Mali, acceptant le calendrier « de transition » vers des élections libres. Bien qu’en Afrique de l’Ouest, certains voudraient maintenir la pression sur Bamako, à commencer par…Alassane Ouattara, le président de Côte d’Ivoire.

La seule explication possible tient bien dans le souhait de mettre des bâtons dans les roues à la Minusma et à toute ingérence étrangère. Il s’agirait pour Bamako d’entraver le travail de renseignement sur le respect des droits de l’homme et sur l’action des nouveaux alliés, à savoir la force russe Wagner.

À court terme, on peut s’interroger sur le sort réservé à ces 49 soldats. Le risque existe pour eux qu’ils soient inculpés pour « atteinte à la sûreté de l’État », encourant cinq ans de prison. Bien sûr, cela est loin d’être l’hypothèse la plus probable, mais cette épée de Damoclès constitue un moyen de pression sur Abidjan pour maintenir la diplomatie ivoirienne à distance.

@NA

 

 

 

Écrit par
laurent

1 Commentaire

  • Le Mali n’est pas à la Chine. Il n’a pas les moyens de couper toute communication avec l’extérieur. Je suppose donc que l’on connaît l’état d’esprit de la population malienne et ce que font vraiment les Wagner.
    Pouvez-vous nous renseigner ? Et nous donner une adresse d’un réseau social malien pour voir ce qui s’y dit ?

    Merci
    Yves MONTENAY blogueur et enseignant en géopolitique

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