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Laurent Bucyibaruta sera bien jugé

Laurent Bucyibaruta sera bien jugé
  • Publiémai 10, 2022

L’ancien préfet au Rwanda, 78 ans, comparaît devant la cour d’assises de Paris pour sa participation au génocide de 1994. De nombreux témoignages sont attendus pour étayer l’accusation. Ses avocats n’ayant pas obtenu son annulation, ce mardi 10 mai, le procès se tiendra. Il devrait durer deux mois. 

 

Par Marie-Anne Lubin

Les arguments de la défense n’ont pas convaincu : Laurent Bucyibaruta sera bien jugé pour complicité dans le génocide au Rwanda. Certes, l’ancien préfet, âgé de 78 ans, est apparu fatigué, malade, devant la cour d’assises de Paris. Cette dernière estime néanmoins que même 28 ans après les faits, et 22 ans après la mise en examen, ce procès doit se tenir. En France les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles. Tant pis si les quelques témoins que la défense voulait faire citer sont morts, et que l’épouse de l’ancien préfet – une Tutsi, a tenu à rappeler la défense – ne peut pas se déplacer. Laurent Bucyibaruta souffrirait d’un diabète et de problèmes cardiaques.

Il devra donc répondre de l’accusation d’avoir encouragé et ordonné des exécutions de Tutsi, en 1994. Notamment, l’ancien préfet de Gikongoro, une région du sud du Rwanda où les exactions ont été particulièrement violentes, aurait directement participé au massacre perpétré dans une école technique à Murambi, le 21 avril 1994.

Laurent Bucyibaruta s’est installé dans un petit village de l’Aube, dans l’est de la France, en 1997. Il a été arrêté en 2000. Son procès, prévu pour durer deux mois, est le plus important jamais tenu en France dans le cadre du génocide au Rwanda. La France a déjà jugé un officier militaire, Pascal Simbikangwa, condamné en 2016 à 25 ans de prison, deux élus locaux et un chauffeur. Laurent Bucyibaruta, qui clame son innocence, encourt la prison à perpétuité. N’ayant pu obtenir l’annulation du procès, ses avocats vont plaider l’acquittement, ont-ils déclaré.

Laurent Bucyibaruta interrogé par le magazine Envoyé Spécial (France Télévisions) en 2001.

 

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) avait réclamé de pouvoir juger Laurent Bucyibaruta, mais il s’est finalement dessaisi au profit de la justice française. Une trentaine de procédures liées au génocide au Rwanda sont actuellement ouvertes à Paris.

Pas moins de 115 témoins, pour l’essentiel des rescapés des massacres, seront invités à la barre ou seront interrogés via visioconférence.

 

Beaucoup d’attentes

Comme il se doit, le procès débutera par l’examen de la personnalité de l’accusé. Puis il se penchera sur le contexte historique du Rwanda en 1994, un pays plongé dans une guerre civile qui fit en quelques mois, entre avril et juillet, entre 800 000 et un million de morts, essentiellement issus de la communauté tutsi. Des Hutu qui ne voulaient pas participer aux massacres ont également été victimes d’exactions.

Pour Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda, cité par l’AFP, ce procès « suscite beaucoup d’attente chez les rescapés », lesquels réclament que « justice soit rendue ». Parmi les éléments à charge, les témoignages de plusieurs réunions dits « de sécurité » qui servaient de prétexte, selon l’accusation, à planifier des massacres. Laurent Bucyibaruta aurait organisé quelques-unes de ces réunions ou y aurait lui-même participé.

À Murambi, l’ancien préfet aurait incité les civils à se réfugier dans l’école, en leur garantissant sécurité et ravitaillement. Et c’est ainsi que le 21 avril 1994, à 3 heures du matin, des milliers de Tutsi regroupés dans cet établissement sont exécutés par des militaires ou des miliciens hutu, semble-t-il rejoints par des civils. Le haut fonctionnaire aurait, par la suite, récompensé les miliciens ayant participé à ce bain de sang en leur offrant du bétail qui appartenait aux victimes. Les tueries se sont poursuivies dans la journée dans deux paroisses des environs. Certains Tutsi ont survécu et ont pu témoigner par la suite et le site est depuis devenu un mémorial.

Laurent Bucyibaruta est également renvoyé pour sa responsabilité dans le massacre d’environ 90 élèves tutsi à l’école Marie Merci de Kibeho, le 7 mai 1994, et dans l’exécution de prisonniers tutsi, dont trois prêtres, à la prison de Gikongoro ; des accusations qu’il conteste.

Le Centre commémoratif du génocide de Murambi

 

Photo de titre : Laurent Bucyibaruta à son entrée dans la salle d’audience. Photo Isabelle Forboteaux – France Télévisions. 

@NA

Écrit par
Marie-Anne Lubin

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