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D’une tour HLM au deuxième tour d’une élection nationale

Dans Sois une femme ma fille, Latifa Chay décrit le parcours d’une jeune femme d’origine marocaine, musulmane, laïque, engagée en politique. Au-delà de quelques règlements de compte, elle offre un témoignage loin des préjugés.

Par Laurent Soucaille

« Pourquoi écrire ? Écrire, c’est parler sans être interrompu », déclare Latifa Chay dans une petite vidéo annonçant la sortie de son « récit de vie ». Et c’est bien l’impression qui se dégage à sa lecture : l’envie de témoigner, vite, sans fioriture, pour transmettre, pour combattre, sans apitoiement. L’urgence vient aussi de la première lectrice à qui le livre s’adresse : sa mère, atteinte d’Alzheimer.

Le récit propre au lecteur étranger est ainsi ponctué d’incises directement dédiées à sa mère. L’ouvrage se termine sur la découverte de la maladie et le choc qu’elle a représenté pour sa famille. Sans doute un auteur classique aurait-il placé ce récit au début du livre avant de revenir en arrière, mais ce Latifa Chay ne s’embarrasse pas d’effets de style.

Certains passages livrent un témoignage utile, comme le discours à tenir auprès des jeunes qui refusent d’« être Charlie » ; elle reçoit le concours de Latifa Ibn Ziaten. Une autre Latifa, lui reprochera-t-on pourtant.

Son écriture est d’ailleurs très simple, ponctuée quelquefois de référence à des chansons, à d’autres récits, à des textes religieux. Elle ne s’embarrasse pas de descriptions fouillées. Sauf pour décrire les mains de son père, qu’elle admire. Les chapitres passent rapidement de l’un à l’autre, pour souligner l’urgence.

Sois une femme, ma fille raconte la vie d’une jeune française, issue d’une famille débarquée du Maroc pour Romans-sur-Isère, dans le sud-est de la France, en 1984. La jeune fille y découvre le racisme. Celui, attendu, de bons fils de bourgeois dans une région particulièrement réactionnaire. Celui, plus brutal, plus inattendu, d’une professeure des écoles.

Comment cette école de la République a-t-elle pu tolérer de tels propos ?  « Et en 732 après Jésus-Christ, Charles Martel chassa les Arabes hors de France. Les Arabes… comme Latifa. Parce que Latifa, c’est une Arabe. Nous, on est Français. » C’est au lecteur de répondre, pas à l’auteure, qui s’en garde bien.

Plus tard, viendra la recherche d’un travail, pas facile à dénicher pour une femme perçue comme « Arabe », quand bien même les diplômes étaient au rendez-vous. Puis, l’engagement politique. Empreinte de valeurs humanistes, laïques, elle se tourne vers le Parti socialiste.

Garder son cap, malgré les autres…

Pour y découvrir – mais, cette fois, le lecteur, au contraire de l’auteure, n’en sera guère surpris – un monde de chausse-trappes, de faux-semblants, de coups de billard aux multiples bandes. Un monde où, sous des dehors bienveillants, l’attention que l’on prête à la « camarade Latifa » est forcément suspecte. Si elle entre dans l’équipe municipale, est-ce en raison de ses compétences, de l’énergie de sa jeunesse ? Où parce qu’il faut bien quelques femmes, parce qu’il faut bien une représentante de la diversité…

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