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Bras de fer entre le Nigeria et Twitter

Les ONG s’inquiètent de la « suspension » de Twitter décidée par le gouvernement du Nigeria. Le réseau social avait supprimé deux messages du président Buhari, contraires à sa charte de diffusion. Les Nigerians ont la possibilité technique de contourner cette décision.

Par Kimberly Adams

Comme il se doit, le ministère nigérian de l’Information et de la culture a rapidement fait connaître la décision sur… son compte officiel Twitter : « Le gouvernement fédéral a suspendu pour une durée indéterminée les opérations du service de microblogging et de réseautage Twitter au Nigeria. » Le ministre Alhaji Lai Mohammed, a justifié cette décision en fustigeant l’« utilisation persistante de la plateforme pour des activités susceptibles de saper l’existence des entreprises nigérianes ».

Amnesty International a appelé les autorités « à annuler immédiatement la suspension illégale et les autres projets visant à bâillonner les médias, à réprimer l’espace civique et à porter atteinte aux droits humains des Nigérians ».

Le ministre a déclaré que le gouvernement fédéral avait également ordonné à la Commission nationale de la radiodiffusion de lancer immédiatement le processus d’octroi de licence pour toutes les opérations d’accès à l’Internet et de médias sociaux au Nigeria.

La mesure a néanmoins tardé à prendre effet, et nombreux sont les Nigérians à avoir réagi sur les réseaux sociaux, y compris Twitter.

« Les activités seront suspendues pour une durée indéterminée », a-t-il toutefois confirmé le porte-parole du ministère, qui ne s’exprime pas sur les ratés techniques de ce boycott. De son côté, le réseau social juge que l’« annonce du gouvernement nigérian sur la suspension des activités de Twitter au Nigeria est très préoccupante ».

Ce coup de colère du Nigeria intervient deux jours après la suspension de deux messages de Muhammadu Buhari sur son compte officiel. Le Président y proférait des menaces envers les responsables des violences récentes dans l’État du Sud-Est. Dans l’un de ses tweets, le président évoquait la guerre du Biafra et menaçait : « Ceux d’entre nous qui ont connu cette guerre, les traiteront avec le langage qu’ils comprennent. » Twitter a considéré que le chef de l’État enfreignait ses règles d’utilisation, comme il avait pu le faire, ces dernières années, envers le président américain Donald Trump – lequel vient d’être suspendu de Facebook pour deux ans.

La « mission suspecte » de Twitter au Nigeria

Par voie de communiqué, le ministre de l’Information, Lai Mohammed, avait répliqué, « Twitter a peut-être ses règles, mais ce ne sont pas des règles universelles. Si un président est préoccupé par quelque chose, il est libre de le dire. » Et le ministre d’accuser le réseau social de ne pas censurer les messages du chef d’un groupe séparatiste actif au Sud-Est, qui selon lui, encouragent aussi la violence.

De plus, le gouvernement du Nigeria reproche explicitement à Twitter son activisme contre le pays. Il est vrai qu’en 2020, le PDG du réseau social, Jack Dorsey avait participé à un appel aux dons de bitcoins pour soutenir les manifestations contre les violences policières au Nigeria. « La mission de Twitter au Nigeria après ces deux exemples est très suspecte. Quelles sont ses intentions ? », s’interroge le ministre.

Néanmoins, cette tentative de censure fait réagir les associations de défense des droits de l’homme et de la presse «Cette action répressive est une tentative claire de censurer la contestation et d’étouffer l’espace civique», commente Anietie Ewang, de Human Rights Watch. « C’est le summum du musellement de la liberté d’expression qui ne peut se produire que dans les dictatures », écrit l’analyste politique Bulama Bukarti.

Pour qui la suspension de Twitter constitue « une violation flagrante de notre constitution et des instruments juridiques internationaux ratifiés par le Nigeria ».

Contournements

Le chercheur espère « que nos tribunaux, en tant que gardiens de la Constitution et de la démocratie, feront ce qu’il faut et rapidement ; sinon, la Cour de justice de la Cedeao doit intervenir. »

Bulama Bukarti, ainsi que les internautes, font remarquer, non sans malice, que les Nigérians utilisent un VPN pour accéder au réseau social. « À première vue, le régime peut décider de criminaliser cela ou d’exploiter certaines dispositions vagues de la loi sur la cybercriminalité, mais cela ne fonctionnera pas. »

De son côté, Amnesty International a appelé les autorités « à annuler immédiatement la suspension illégale et les autres projets visant à bâillonner les médias, à réprimer l’espace civique et à porter atteinte aux droits humains des Nigérians ».Cette action « est clairement incohérente et incompatible avec les obligations internationales du Nigeria, notamment en vertu de la Charte africaine des droits humains », dénonce l’organisation, citée par l’AFP.

En 2019, le gouvernement avait pris des mesures restrictives pour réguler les médias, sous le prétexte de lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux. Certains y avaient déjà vu une restriction de la liberté d’expression, dans l’une des plus grandes démocraties d’Afrique.

À noter que le réseau social Facebook a aussi censuré les messages du président Buhari. Pour l’heure, sans réaction du gouvernement nigérian…

KA

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