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African Business

Vers l’autosuffisance alimentaire

Cruciale pour renforcer la sécurité alimentaire et remettre une population jeune au travail, la révolution agricole actuellement en marche va aussi révéler les potentialités agro-écologiques des différentes zones du pays.

Le président Macky Sall l’a dit et redit : le Sénégal s’est engagé sur la voie d’une révolution agricole permettant d’envisager l’autosuffisance alimentaire dans un futur proche. « Une véritable révolution agricole qui va changer le visage de lagriculture », promet-il à chacune de ses interventions. Le renouvellement du capital semen­cier en arachide, la fertilisation des sols – surtout ceux qui ont souffert de la monoculture arachidière –, la mise à disposition d’engrais pour les agriculteurs ainsi que de matériel agricole subventionné pour les paysans aux faibles revenus, comme pour les plus nantis, sont les ferments pour dynamiser la produc­tion, notamment céréalière et assurer l’autosuffisance alimentaire à moyen terme.

C’est ainsi que 1 400 tracteurs ont fait leur apparition, subven­tionnés à hauteur de 60 % par l’État qui a consenti d’importants efforts financiers, pour favoriser égale­ment l’emploi des jeunes. « Je me réjouis particulièrement du succès du programme des Domaines agricoles communautaires et des fermes Naatangué, que nous avons financé à hauteur de 33,3 milliards de F.CFA. À ce jour, ce programme a généré près de 29 000 emplois sur un objectif de 60 000 dici à 2018 », a déclaré le chef de l’État dans son discours à la Nation du 4 avril, fête de l’Indépendance.

 La place du secteur agricole dans la croissance économique durable est capitale. La preuve, c’est le secteur agricole qui a permis d’atteindre un taux de croissance de 6,5 % en 2015.

Créée en 2008, l’Agence nationale d’insertion et de développement agricole (Anida) a réalisé 79 fermes villageoises et familiales (les fermes Naatangué) dans lesquelles travaillent 10 000 jeunes agriculteurs dont 35 % de femmes, sur une bonne partie du territoire national. Tandis que le Programme des domaines agricoles intégrés (Prodac), créé en juillet 2014, a été rattaché au minis­tère de la Jeunesse et de l’éducation civique.

Autosuffisance en riz

En 2015, grâce aussi à un hiver­nage pluvieux, la production agricole a décollé, ramenant un peu d’espoir dans les campagnes, tandis que plus de 65 % de la population dépend de l’agriculture pour sa survie. Les récoltes céréalières ont atteint 2 271 000 tonnes, soit une hausse de 82 % par rapport à 2014. La produc­tion d’arachides s’est chiffrée à 1 121 474 tonnes, soit 68 % de hausse. Celle du riz paddy a augmenté de 64 %, à 917 371 tonnes. La production horticole, en hausse de 14 %, a atteint 1 133 430 tonnes. Le soutien public aux producteurs, par le maintien à 200 F.CFA le prix du kilogramme d’ara­chides a, bien sûr, beaucoup aidé. Ainsi que les mesures prises pour faciliter la commercialisation des denrées agricoles produites locale­ment afin de permettre au Sénégal « de s émanciper au plus vite des importations coûteuses », comme l’a rappelé le chef de l’État.

Le riz en est le meilleur exemple dans la mesure où le pays dépend largement des importations pour couvrir ses besoins de consomma­tion. Le riz est l’une des céréales les plus prisées au Sénégal et il faudrait parvenir à une production moyenne de 1,8 million de tonnes par an d’ici à 2018 pour arriver à l’autosuffi­sance. Or, les récoltes de riz paddy, qui couvrent 32,14 % des besoins du pays, ont déjà atteint un record de 900 000 tonnes entre la zone nord où s’active la SAED et la zone sud avec la Sodagri, dont la production dépasse les 500 000 tonnes. Rien qu’au Nord, les surfaces cultivées sont passées de 130 377 hectares en 2015 à 136 777 hectares en 2016. Si on y ajoute les investissements d’environ 176 milliards de F.CFA consentis par l’État, l’objectif de production de 745 000 tonnes en 2016 devrait être atteint. « Ces choix stratégiques sont importants en ce qui concerne le programme dautosuffisance en riz en 2017 pour lequel 2016 est une année charnière », a déclaré Seyni Ndao, le directeur général adjoint de la SAED.

Implication du secteur privé

Des investissements qui restent colossaux si l’on considère que le riz n’est que l’une des trois grandes cultures céréalières avec le mil et le maïs devant faire l’objet d’aména­gement dans le cadre du dévelop­pement et de l ’ intensif ication de « bassins agricoles irrigués », tels que prévus par le PSE (Plan Sénégal émergent). « La place du secteur agricole dans la croissance économique durable est capitale. La preuve, cest le secteur agricole qui a permis datteindre un taux de croissance de 6,5 % en 2015 », clame Moustapha Lo Diatta, le secrétaire d’État à l’Accompagnement et à la mutualisation des organisations paysannes. Conformément aux dispositions de l’Uemoa, le Sénégal dépasse les 10 % du budget national alloués au développement agricole. En volume, l’investissement agricole se chiffre à 15 milliards de F.CFA. « Lobjectif est de tirer le taux dinves­tissement à 20 % pour permettre de transformer lagriculture. Et ce, grâce au concours du secteur privé », commente Moustapha Lo Diatta.

« Lagriculture fait partie des six moteurs de croissance du PSE et linvestissement dans le domaine agricole fait partie des priorités de tous nos programmes daméliora­tion dinvestissements de capitaux privés », renchérit Mountaga Sy, directeur général de l’Agence natio­nale de la promotion des investisse­ments et des grands travaux (APIX). Qui décline les mesures prises par l’État pour faciliter l’investissement du secteur privé dans l’agriculture : « Aujourdhui, des mesures fortes ont été opérées notamment la suspen­sion de la TVA, lexonération sur le matériel agricole et la suppression sur la prime fixe pendant les heures longues de production pour plus de compétitivité dans la production agricole. » Étant entendu que cet effort doit, maintenant, s’appuyer sur les deux piliers du « consommer local » afin de relancer l’agriculture familiale, tout en attirant les inves­tisseurs étrangers en levant l’un des principaux obstacles à l’agriculture commerciale à grande échelle, à savoir le coût de l’énergie.

ENCADRE

Le boom du « consommer local »

Avec l’arrivée des grandes enseignes internationales, le consommer local a la cote au Sénégal. La grande distribution a bien compris ce nouvel engouement et offre partout un assortiment de produits locaux en linéaire, une offre clairement identifiée en magasin ou bien un espace spécifique pour d’éventuelles animations par des producteurs. Créateur d’emplois à long terme, le consommer local permet de recréer de la biodiversité en relançant la production. De surcroît, la santé et la démarche éco–responsable sont des arguments de vente auxquels les consommateurs sont très sensibles.

De nouveaux modes de distribution, plus accessibles aux micros et petites entreprises évoluant dans les domaines de l’agriculture et de la transformation agricole, tels que plateformes e-commerce, points de vente collectifs, etc., font leur apparition. Les TIC jouent un rôle majeur en apportant aux acteurs de la distribution des réponses à forte valeur ajoutée. En facilitant l’échange d’informations dans les chaînes de valeur, elles participant également à la réduction du cercle vicieux de la pauvreté rurale. La Sonatel, par exemple, a créé plateforme mAGRI pour le développement des activités agricoles génératrices de revenus. mLouma, une application mobile accessible au #112# du portail des offres prévues dans le programme de RSE de la Sonatel a, ainsi, pu être lancée. mLouma met à disposition les prix des denrées et des produits sur les marchés hebdomadaires (loumas), et permet aux producteurs et aux acheteurs potentiels de se rencontrer. Via un menu simple et convivial, un client d’Orange obtient en un clic toutes les informations pratiques pour acheter fruits et légumes, connaître leur disponibilité et leurs prix. Il est également possible d’entrer directement en contact avec les producteurs locaux pour concrétiser son achat.

ENCADRE

Doona, la star de l’export

Dans la région de Saint- Louis, au nord du Sénégal, 100 hectares de plants de tomates poussent sous serre. La culture est « hors-sol » pour s’adapter au contexte agronomique local, l’irrigation au goutte-à-goutte, la pollinisation s’effectue par des bourdons, sous la protection de filets anti-insectes. Autant de « bonnes pratiques » d’une agriculture qui se veut respectueuse de l’environnement, selon la société des Grands domaines du Sénégal (GDS). Juteuses et croquantes, les 9 000 tonnes annuelles de « tomates cerise », « tomates olivette » ou « tomates grappe cocktail » ainsi produites sont exportées sous la marque Doona après avoir mûri naturellement. Créés en 2003 par la Compagnie fruitière, les GDS sont aujourd’hui le leader de l’horticulture exportatrice dans le pays. Installés en bordure du fleuve Sénégal, ils développent des cultures sous serre sur 100 hectares, des cultures en plein champs sur 160 hectares et des cultures arboricoles sur 40 hectares. Une station de conditionnement avec calibrage électronique permet de préparer, dans les meilleures conditions, la commercialisation des tomates vendues en contre-saison de l’offre européenne. Reconnues pour leur qualité exceptionnelle, les Doona sont livrées chaque semaine dans un parfait état de fraîcheur grâce à la rotation régulière des navires de la Fruitière. Les GDS cultivent également plus de 150 hectares de maïs doux en plein champ à destination des marchés européens. Une plantation de manguiers, installée sur 40 hectares, entrera en production prochainement.

ENCADRE

Bannir l’oignon importé

La succession de récoltes exceptionnelles ayant permis de passer d’une production de 90 000 tonnes d’oignons, en 2001, à 290 000 tonnes, en 2014, a encore été dépassée en 2015. Avec une récolte de plus de 350 000 tonnes du précieux bulbe, qui entre dans tous les plats cuisinés au Sénégal, l’objectif d’atteindre l’autosuffisance en 2016 est en bonne voie. « Cette performance a été possible grâce à un emblavement des terres supérieur de 60 % à 80 % », selon le président de l’Interprofessionnelle des producteurs d’oignon du Sénégal (IPOS), Mamadou Bâ. Pour qui le Sénégal ne doit plus importer de légumes de grande consommation dont l’oignon, mais « relever le défi de l’autosuffisance, tout en favorisant la création de pôles d’activités économiques autour du maraîchage ». Or, selon Alioune Fall, administrateur du Fonds d’appui au développement du secteur rural (FADSR), il faut au préalable une bonne maîtrise des itinéraires techniques de production afin de « disposer des légumes de qualité à l’image des oignons importés ». Les producteurs sénégalais n’ont eu de cesse, à cette fin, de réclamer un plan d’accompagnement ainsi que le bannissement de l’oignon venant des Pays-Bas, qui est d’une qualité supérieure. Pour qu’il n’y ait pas de rupture d’approvisionnement, le gouvernement a autorisé le renouvellement des stocks avec des oignons importés après la levée des restrictions saisonnières allant d’avril à août. Depuis 2013, la construction d’infrastructures de stockage et de conservation s’est accélérée ainsi que la promotion de l’assurance indicielle ou la mise en place d’une charte de prix bénéfique, aussi bien pour les producteurs locaux que pour les consommateurs. Ce qui a permis à la filière de se développer en consolidant ses acquis.

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Written by Christine Holzbauer

Christine Holzbauer travaille comme journaliste en Afrique pour les éditions en français de New African, African Business et African Banker depuis 2012. Auparavant, elle était correspondante régionale pour «L'Express », « La Croix » et « La Tribune », d’abord basée au Mali puis au Sénégal. Elle est diplômée de Sciences Po. Paris, a obtenu un DESS de la Sorbonne et fait ses études de doctorat à American University (Washington, D.C.) en relations internationales, développement et communication internationale.

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