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Politique

Tunisie : Que reste-t-il de la gauche ?

La gauche tunisienne, qui a longtemps animé l’opposition et assumé le combat pour la liberté, les droits et la dignité, est sortie laminée des deux dernières législatives.

Tunis, Ridha Kéfi

 Depuis leur apparition dans les années 1960, les mouvements de gauche, toutes tendances confondues, qu’ils soient socialistes, communistes ou nationalistes arabes (baathistes et nassériens), ont souvent joué un rôle important en Tunisie, mais ils n’ont jamais réussi à accéder au pouvoir.

Considérés comme une force de contestation, ces mouvements ont souvent eu une grande influence à l’université, dans les milieux intellectuels et au sein de la société civile, mais ils sont restés, à la fois, élitistes et velléitaires.

Malgré leur proximité avec les milieux ouvriers et syndicaux, ils n’ont jamais réussi à se doter d’une forte assise populaire, capable de les porter au pouvoir, si tant est qu’ils y aspirent vraiment, car ils donnent souvent l’impression de se confiner dans une posture d’opposition confortable qui ne les engage en rien.

Aussi, et au terme de cinq décennies de combats politiques pour les libertés, les droits, la justice et l’égalité, ces mouvements restent-ils confinés dans une marginalité qui contraste fortement avec la popularité et le charisme qui caractérisent, pourtant, certains de leurs dirigeants.

La gauche tunisienne n’a pas su adapter son comportement aux spécifi cités historiques du moment, au point de rater deux rendez-vous électoraux, en 2011 et 2014, qui lui étaient pourtant promis.

Les alliances amollissantes, les ruptures destructrices, les querelles de leadership et la répression exercée par les régimes autoritaires de Bourguiba et Ben Ali sont autant d’éléments qui se sont conjugués pour provoquer des divisions au sein de ces mouvements qui offrent, aujourd’hui, l’image peu reluisante de leur faiblesse et de leur émiettement.

Cette évolution erratique présente un énième paradoxe : après avoir longtemps animé l’opposition aux régimes de Bourguiba et Ben Ali et déclenché les vagues de protestation ayant provoqué la chute du second, les mouvements de gauche ont perdu pied, au lendemain de la révolution de janvier 2011, laissant l’initiative politique et, par conséquent, le pouvoir à leurs ennemis de toujours : les islamistes d’un côté et, de l’autre, les libéraux (y compris les rescapés de l’ancien régime), aujourd’hui alliés politiques et qui dominent l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et conduisent le gouvernement.

Pis encore : ils sont aujourd’hui raillés par les islamistes qui les ont affublés du sobriquet « Zéro virgule », par allusion à leurs faibles scores réalisés aux élections de 2011 et 2014.

Un champ de ruines

Lors d’une journée d’étude co-organisée à Tunis, en décembre 2016, par la fondation tunisienne Hassen Saadaoui et la fondation allemande Rosa Luxembourg, sur le thème « La gauche et la gouvernance en Tunisie, dans des conditions de transition démocratique (2011-2016) », les participants ont brossé un tableau bien sombre de l’évolution et, plus important, de l’état actuel de la gauche tunisienne : « une kyrielle de partis microscopiques et dogmatiques, une caste de nombrilistes pour qui la démocratie n’est pas une pratique quotidienne sur le terrain mais des revendications de salon, des structures politiques sclérosées, hermétiques et rébarbatives, des leaders égotiques, omnipotents, velléitaires et bien-pensants et de sempiternelles querelles “camaradicides” et mégalomaniaques », résumera d’un trait assassin le journaliste Habib Trabelsi.

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Written by Ridha

Ridha Kéfi, journaliste indépendant depuis 1982. Reporter puis rédacteur en chef adjoint au quotidien "Le Temps" (Tunisie, 1980-1994), puis rédacteur en chef délégué à l'hebdomadaire "Jeune Afrique" (1994-2006). A fondé et dirigé l'hebdomadaire "L'expression" (Tunisie, 2007-2008), suspendu par le régime de Ben Ali. Depuis 2008, collaborateur du Groupe ICPublications ("Magazine de l'Afrique", "African Business" et "African Banker") et conseiller de la rédaction de la revue trimestrielle "Afkar/Idées" publiée par l'IEMED (Espagne). Fondateur et directeur du journal électronique "Kapitalis" depuis 2010. A été membre de l'Instance nationale de réforme de l'information et de la communication (INRIC, Tunisie, 2011-20013).

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