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Art et Culture

Tunisie : L’art contemporain à l’honneur

À l’occasion du symposium méditerranéen des arts contemporains, des artistes venus du monde entier à Hammamet ont insufflé un nouvel élan à pour la création artistique. Un espoir pour une Tunisie apaisée et ouverte sur le monde.

Tunis, Djamila Colleu, envoyée spéciale

Symbole de l’architecture des années folles du début du xxe siècle à Hammamet, la villa San Sebastian, classée au patrimoine de la Tunisie, a ouvert ses portes, en ce printemps 2017, aux gravures, sculptures et peintures, oeuvres du Symposium méditerranéen des ate­liers d’art contemporain.

Cette villa prestigieuse témoigne d’une époque où le milliardaire et dandy Georges Sebas­tian, aristocrate d’origine roumaine, métamorphose la vie du petit port de pêche entouré de vergers. Elle perpétue aujourd’hui une ode à la culture où, dans une ambiance sobre et raffinée, la présence de personnalités comme Paul Klee, Jean Cocteau, Elsa Schiaparelli ou Cecil Beaton firent la réputation de Hammamet.

Des sculptures impressionnantes dont la vocation est d’être installées dans les allées de la Villa Sebastian et dans les jardins de l’hôtel Les Orangers, catalysent l’énergie de ce symposium.

Entourée de colonnades, la villa se déploie au centre d’un vaste domaine, d’un théâtre antique et d’un jardin dont les allées bordées de cyprès invitent à la quiétude et à la douceur de vivre de la sta­tion balnéaire. Elle est devenue le centre culturel international de Hammamet en 1959.

Les oeuvres du Symposium médi­terranéen des ateliers d’art contempo­rain a réuni du 5 au 30 avril, trente-trois artistes, peintres, sculpteurs, graveurs. « Un moment fort » souligne Ali Rashid, le commissaire de l’exposition ; d’origine irakienne, cet artiste peintre, curateur de nombreux symposiums au Moyen- Orient et en Asie, réside aux Pays-Bas depuis une trentaine d’années. «L’idée majeure d’un symposium est de nouer un dialogue entre différents pays, de mul­tiples nationalités, de rassembler des écoles d’art. C’est à l’occasion d’une rencontre au Qatar avec Rim Ayari, organisatrice de l’événement, que la collaboration pour le premier symposium démarre. Et c’est la qualité de la première édition au Maroc qui me motive à participer à la seconde initiative en Tunisie qui est une réussite. Ce lieu est idéal.

Des artistes du monde entier sont venus à Hammamet. Ils sont représentatifs d’une dimension artistique de qualité qui ne cesse de s’élever dans le monde arabe et en Afrique. En Irak, en dépit de la guerre, de l’absence de matériel, il y a de grands artistes. Peut-être que la guerre change la donne. L’art naît dans les crises, le dadaïsme l’a montré. » Ce sym­posium est « très spécial » car il rassemble trois disciplines : la gravure, la sculpture et la peinture.

De l’art bio

Et c’est dans la jolie et étonnante maison, construite autour d’un puits, de Baker Ben Fradj, artiste graveur, que l’atelier gravure s’est installé, un espace qui a permis de partager innovations techniques et savoir-faire avec la présence de Modhir Ahmed, artiste suédois né à Bagdad, qui a révolutionné la gravure en lui insufflant une forte dose d’écologie.

Ce qu’il qualifie de « clean print » ou de « mise au ban de tous les produits toxiques, huile et acide, nocifs pour l’artiste et la nature ». Il a fait le choix de n’utiliser que de l’eau et de l’huile végétale. Ces tech­niques innovantes se combinent par­faitement à un travail sans machine de presse, effectué seulement à la main. Une démarche de gravure bio innovante qui a attiré de nombreux étudiants de l’école des Beaux-arts de Nabeul.

Côté sculpture, l’atelier a élu domi­cile en plein air face à la Méditerranée. Sur le terrain vague jouxtant la villa San Sebastian, dans la poussière grise, se dressent les sculptures monumen­tales des artistes tunisiens, japonais, espagnols, mexicains et chinois.

Pour Mourad Benbrika, sculpteur tunisien des Beaux-arts de Tunis, « ce symposium est très différent du travail artistique plus classique. D’habitude les artistes présentent leur démarche individuelle mais ici le sym­posium est un espace ouvert et collectif».

Sublimant le marbre de Thala, maté­riau mémorial des sculptures antiques de Tunisie, des oeuvres plus dépouillées comme celle de l’artiste japonais Yoshin Ogata côtoient l’ode à la féminité du tunisien Mohamed Bouaziz ou le per­sonnage énigmatique du Chinois Yang Liu.

Des sculptures impressionnantes dont la vocation est d’être installées dans les allées de la Villa Sebastian et dans les jardins de l’hôtel Les Orangers, catalysent l’énergie de ce symposium. Son directeur, partenaire et mécène de l’opération, Mourad Khechine, est un des maillons essentiels de ce symposium.

C’est dans un cadre enchanteur au milieu des orangers et face à la Méditer­ranée que l’atelier peinture a été installé. Immergée dans le symposium, Ymen Berhouma aimerait « y passer toute sa vie » ; artiste plasticienne autodidacte, elle découpe, colle, assemble et peint des figures sublimées par la couleur. Plus loin, Wissem Ben Hassine abonde sur « la très belle ambiance de ce festival » tout en peaufinant sa toile à l’encre de chine.

Pour Hazem Nemrawi, artiste peintre et enseignant à l’institut d’art d’Amman en Jordanie qui a participé à de nombreux symposiums, « il est essen­tiel de travailler avec d’autres artistes ».

Une ouverture sur le monde reven­diquée par le ministre de la Culture, Mohamed Zine El Abidine : « C’est le cours normal de la culture en Tunisie telle qu’elle a toujours été : un carrefour de civilisations. Ce n’est pas une nouveauté. Nous essayons de promouvoir le tourisme et la culture à travers l’activité du centre culturel international. »

Depuis son Printemps arabe, la Tunisie peine à retrouver ses marques et à se projeter dans l’avenir. Le tourisme, son activité vitale, est en souffrance. Si l’impact des pertes est estimé à environ 7,3 % de son PIB, de légers frémissements pointent néanmoins à l’horizon, avec le retour des touristes maghrébins, notam­ment.

De leur côté, les touristes euro­péens restent moins nombreux du fait des restrictions sur les voyages en Tunisie et l’état d’urgence lié au terrorisme. Dans ce contexte, résister au fanatisme par la culture symbolise un espoir pour la Tuni­sie et surtout une nouvelle carte à jouer pour un tourisme novateur. 

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Written by Djamila Colleu

Djamila Colleu est correspondante des magazines African Business, Le Magazine de l’Afrique et African Banker au Sénégal. Diplômée en Sciences-Economiques et en Sciences-Politiques, elle a une expertise d’une vingtaine d’années dans le domaine des politiques publiques, notamment en matière d’aménagement du territoire et de politiques urbaines, qu’elle a exercé auprès de l’Etat français, de l’Union européenne et d’organisations internationales. Du Sénégal où elle est installée depuis quelques années, elle s’est particulièrement intéressée à l’ensemble de l’Afrique de l’ouest et aux problématiques de développement.

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