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African Business

Tunisie : Le digital peut mieux faire

Au-delà du million de dinars, morne plaine

La carte technologique est censée permettre de contourner cette lourdeur administrative en permettant le paiement virtuel mais dans une limite de 10 000 dinars (3 395 euros) par an. Une somme ridicule. Paypal a renoncé en 2017 à s’installer en Tunisie après des années de discussions après que la Banque centrale de Tunisie (BCT) a refusé formellement aux résidents d’ouvrir un compte à l’étranger, même virtuellement.

L’autre entrave concerne le financement. Le modèle de croissance des entreprises numériques n’est pas linéaire, elles ne peuvent donc pas se financer par un système d’emprunt comme une société clas­sique. « L’offre de financement n’est pas adaptée, déplore Amel Saïdane. Elle se concentre sur des crédits inadaptés. Il n’existe même pas de statut pour les Business Angels qui faciliterait l’investis­sement en Tunisie ! »

Les start-up tunisiennes tentent de surmonter leur principale difficulté : celle de passer le cap des trois ans d’activités, synonyme généralement de développe­ment. Les structures qui aident les étudiants et les geeks tunisiens à monter leur projet, à les encadrer durant la phase de maturation de leur idée sont nombreuses.

Pourtant, il existe peu de structures offrant des levées de fonds égales ou supérieures à un million de dinars (339 000 euros). Ce n’est que depuis la fin de l’année que IntilaQ, fondé par Qatar Friendship Fund et Microsoft, propose IntilaQ HUB qui permet aux sociétés de lever un million de dinars.

« La Tunisie est une excellente base de départ pour s’exercer mais après cela ne suit pas », enrage Walid Naffati, fondateur du site internet THD, référence en matière de veille technologique en Tunisie. Une image confirmée par Walid Triki, directeur des programmes à Wikistartup, le premier incubateur privé du pays, qui regrette que les sociétés inter­nationales implantées ne jouent pas le jeu.

Les incubateurs ne manquent pas

El Gazala Technopark, au nord de Tunis, se définit comme le lieu pour « dyna­miser l’esprit entrepreneurial, commercia­liser, internationaliser les solutions tech­nologiques tunisiennes et promouvoir la destination Tunisie ». Sur les 65 ha reliés par fibre optique, au loyer modéré et disposant d’un service de gardiennage et de sécurité, se trouvent un incubateur, deux universi­tés technologiques et des groupes comme Microsoft, Ericsson ou HP.

Au Technopark, les multinationales n’ont jusqu’ici que peu développé leur unité de Recherche & Développement qui aurait permis une émulation. Ainsi HP n’a installé qu’un centre d’assistance pour les services technologiques.

Courtisée par de nombreux groupes bancaires internationaux, la jeune pousse Barac, spécialisée dans la cybersécurité, a dû se délocaliser à Londres pour rassurer les futurs clients et trouver facilement des investisseurs prêts à débloquer des millions d’euros rapidement.

Pour autant, la partie développement est restée en Tunisie. « Le vrai actif de Barac, ce sont nos ingénieurs », affirme Omar Yaacoubi, le cofondateur de Barac, qui observe : « À la Silicon Valley, on travaille avec des ingénieurs basés en Inde, ce qui ne dérange personne. » En fait, la licorne tunisienne existe, elle vit simplement à Londres…

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Written by Mathieu Galtier

Mathieu Galtier est un journaliste indépendant basé en Tunisie depuis juin 2015. Auparavant, il a vécu et travaillé au Soudan et Soudan du Sud (novembre 2010-janvier 2012) où il a couvert la séparation du pays, puis en Libye (juin 2012 – juin 2015) pour suivre la période post-révolution. Il est diplômé de l'école de journalisme de Strasbourg (CUEJ, promotion 2009) et de l'Institut d'Etude politique de Lyon (promotion 2005).

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