Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Tunisie : Le digital peut mieux faire

Les dirigeants politiques aiment à présenter la Tunisie comme un paradis pour le développement de l’économie numérique. Les atouts sont indéniables mais les contraintes demeurent fortes pour faire entrer le pays dans la cour des grands.

Tunis, Mathieu Galtier

Au 15 rue de Carthage, derrière la gare de Tunis, se fomente une révolution. L’immeuble dédié au numérique, « Le 15» accueille Flat6Labs, le premier accélérateur de start-up de la région MENA.

Au cours de l’année 2018, apparaîtront, au rez-de-chaussée, un café culturel, au premier étage, un espace de coworking ; et au troi­sième, des sociétés d’investissements capables de mettre jusqu’à deux millions de dinars (679 000 euros) dans le capital. Six jeunes pousses, sont (enfin) prêtes à imposer défini­tivement la révolution digitale en Tunisie.

« La Tunisie, ce sont des talents avec un haut niveau d’éducation ; des infrastructures avec un débit internet et de l’électricité sans coupure, quasiment partout sur le territoire, et une proxi­mité avec les marchés européen et africain », liste Yehia Houry, le directeur général de Flat6Labs en Tunisie.

La société a pour partenaires des poids lourds : les sociétés d’investissement Meninx Holding, à l’origine de Le15, le fonds TAEF (Tunisian American Entreprise Fund) et la BIAT, première banque de la place. L’immeuble se rêve en couveuse de la première licorne tunisienne, soit d’accueillir une société valorisée à plus d’un milliard de dollars.

« Il faut qu’une start-up réussisse ici »

Sans rêver aussi loin, Adam Chebbi est sûr de pouvoir réussir dans son pays. Débit mitraillette mâtiné d’anglicismes, le jeune entrepreneur a cofondé Vynd, plateforme communautaire où les utilisateurs donnent leurs avis sur les restaurants et cafés tuni­siens.

Fort de plus de 7 000 utilisateurs, il assure pouvoir convaincre les investisseurs de mettre 400 000 $ pour développer son projet. « Je pars du principe que je peux convaincre les autres car je crois en mon projet. Pour la Tunisie, il faut qu’une start-up réussisse ici, pour montrer que c’est possible. »

« Le secteur du numérique n’arrive pas à devenir une locomotive de l’économie tuni­sienne », analyse Adel Gaâloul, ancien secré­taire d’État aux Technologies de la commu­nication. Qui chiffre la croissance du secteur des TIC à 6,5 % entre 2011 et 2015, contre 9,4 % entre 2006 et 2010. Pire, il prévoit une stagnation de cette croissance (6,7 %) entre 2016 et 2020.

Stagnation synonyme de régres­sion dans un secteur en perpétuelle évolution. Le Code du numérique, annoncé depuis 2014, n’a toujours pas vu le jour. Surtout, les acteurs attendent impatiemment une loi – en gestation – qui régirait les start-up.

Ni Paypal, ni Bitcoin, ni Business Angels

C’est dans ce contexte qu’Amel Saïdane a créé l’association Tunisian Startups : « Gouvernement, société civile, entrepreneurs, nous avons tous le même voeu : faire de la Tunisie un hub numérique. Hélas, l’exécution pèche du côté des politiques. Ils s’appuient sur des réflexions datant de 2008, totalement obso­lètes».

Un groupe de travail a été réuni pour accélérer le processus législatif, il a émis vingt propositions concrètes. Deux freins sont pointés du doigt par les acteurs : les lourdeurs administratives et le manque de souplesse dans le financement.

Une jeune pousse n’est, par définition, pas apte à générer de l’argent immédia­tement, elle devrait donc être exonérée, à ses débuts, de l’impôt sur les sociétés, des charges salariales et patronales. Les professionnels demandent aussi à ce que la start-up soit considérée, de facto comme un Opérateur économique agréé, ce qui lui faciliterait les procédures douanières.

Issam Smaali pourrait écrire une saga sur les entraves douanières. Sa société, Watt  Now, spécialisée dans la surveillance en temps réel de la consommation électrique, doit importer des cartes mères. Seulement, elle ne peut théoriquement pas payer tant que la marchandise n’est pas arrivée au port de Radès, proche de Tunis. « Pour de petites commandes, il n’est pas évident de trouver des usines qui acceptent de fabriquer et de livrer sans être payées à l’avance, au moins en partie », explique l’entrepreneur.

Rate this article

Author Thumbnail
Written by Mathieu Galtier

Mathieu Galtier est un journaliste indépendant basé en Tunisie depuis juin 2015. Auparavant, il a vécu et travaillé au Soudan et Soudan du Sud (novembre 2010-janvier 2012) où il a couvert la séparation du pays, puis en Libye (juin 2012 – juin 2015) pour suivre la période post-révolution. Il est diplômé de l'école de journalisme de Strasbourg (CUEJ, promotion 2009) et de l'Institut d'Etude politique de Lyon (promotion 2005).

Related Posts

Recevez nos Newsletter

Si vous souhaitez recevoir par mail une information pertinente, crédible et incontournable, inscrivez-vous à notre newsletter.

Aidez-nous à améliorer notre contenu