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African Banker

Tunisie, en attendant la reprise

En dépit d’une conjoncture économique difficile, qui perdure depuis cinq ans, la Bourse de Tunis parvient à maintenir son activité, mais les conditions d’un rebond de la cote et de l’activité ne sont pas réunies.

Par Ridha Kefi

Malgré une situation socio-économique difficile, qui n’incite guère à l’investissement, aggravée par la persistance des risques sécuritaires et des tensions sociales, la Bourse de Tunis a réussi à terminer l’année 2016 sur une note positive.

Certes, le volume des transactions a perdu 19 %, entre le 1er janvier et le 31 décembre 2016, le volume quotidien moyen s’étant limité à 6,9 millions de dinars tunisiens (2,8 millions d’euros) contre 8,6 millions de dinars en 2015. « Les échanges ont pâti de la situation économique critique du pays, de l’attrait des investisseurs pour les rendements des émissions de l’État et de la détérioration tenace de la liquidité des banques », commente un rapport édité par la place de Tunis.

Cette baisse du niveau des transactions – en dépit d’un redressement en fi n d’année – a touché aussi bien les investisseurs locaux que ceux étrangers, qui ont terminé l’année avec un solde négatif de 119,4 millions de dinars (48,8 millions d’euros) ; ce qui ramène leur part dans la capitalisation boursière à 24,45 % contre 25,58 % à la fin de l’année 2015.

Cependant, le Tunindex, l’indice de référence de la place, qui a évolué en dents de scie, au gré des troubles sociaux, des publications des indicateurs économiques souvent d’ailleurs décevants, et des performances des sociétés cotées paradoxalement positives dans l’ensemble, a, finalement, clôturé l’année avec une hausse de 8,86 %.

Les experts expliquent cette performance, entre autres, par le bon rendement du secteur bancaire, qui représente la part la plus consistante dans la capitalisation boursière, avec 12 établissements cotés, et de celui des biens de consommation, qui ont apporté respectivement 5,14 % et 3,11 % à la variation globale de l’indice.

De nouvelles introductions à la cote

Parmi les titres qui ont tiré leur épingle du jeu, on citera Euro-Cycles (+75,8 %), Carthage Cement (+56,1 %), Assurances Salim (+49,1 %), SAH (+42,7 %), Sotuver (+35 %) et OneTech Holding (+24,6 %).

L’ambiance générale dans le pays n’est peut-être pas à l’optimisme, malgré les bonnes perspectives entrevues à la suite de la Conférence internationale sur l’investissement, Tunisia 2020, tenue à Tunis les 29 et 30 novembre 2016, mais la Bourse de Tunis continue à attirer les opérateurs locaux en quête de financement de leurs projets d’extension et les investisseurs qui espèrent une reprise économique annoncée.

Les nouvelles introductions prévues en 2017 s’inscrivent, d’ailleurs, dans cette volonté partagée de vaincre la morosité ambiante et de parier sur l’avenir.

En 2016, cinq accords de principe avaient été annoncés pour l’admission de nouvelles sociétés à la cote de la Bourse de Tunis, mais seul le laboratoire pharmaceutique Unimed a réussi à mener à terme, en mai dernier, son processus d’admission sur le marché principal, portant ainsi à trois le nombre de sociétés pharmaceutiques cotées et à 79 celui de l’ensemble des sociétés inscrites à la Bourse de Tunis.

Pour 2017, on prévoit l’introduc-tion de quatre sociétés : Sanimed, spécialisée dans la fabrication et la commercialisation d’articles sanitaires en céramique, la Société atelier du meuble intérieur (SAM), Misfat, fournisseur de fi ltres à air, huile, carburant et habitacle pour constructeurs de véhicules, et Mecatech Holding, spécialisée dans les composants automobiles.

Des pesanteurs demeurent

Pour encourager les entreprises à introduire leurs actions en Bourse, l’article 12 de la loi de Finances 2017 prévoit une réduction du taux de l’impôt sur les sociétés à 15 % pendant cinq ans.

Cette réduction cible principale-ment les sociétés soumises à l’IS au taux de 25 % et qui procèdent à l’admission de leurs actions ordinaires à la cote de la Bourse de Tunis à compter du 1er janvier 2017 jusqu’au 31 décembre 2019.

Ces mesures peuvent certes aider à dynamiser la place de Tunis et à renforcer sa contribution au financement des entreprises, mais elles restent en deçà des attentes des investisseurs et des professionnels, qui espèrent voir de grandes entreprises publiques s’introduire sur la cote principale ou des investisseurs étrangers venir en masse sur la place de Tunis.

Deux voeux pieux s’il en est, car les grandes entreprises publiques souffrent pour la plupart de problèmes financiers et de gouvernance et ne sauraient envisager d’entrer en Bourse avant un long processus d’assainissement, de restructuration et de refinancement.

Quant aux investisseurs étrangers, seront-ils plus nombreux à miser sur la place de Tunis ? On peut s’interroger, notamment à cause de la forte dépréciation du dinar. Or, explique le directeur général de la Bourse de Tunis, Bilel Sahnoun, « les investisseurs étrangers calculent leur investissement et la valeur de leur portefeuille en euros ».

De plus, le plafonnement des investissements étrangers en portefeuille, qui ne représentent actuellement que moins de 26 % de la capitalisation boursière en Tunisie comparés à plus de 50 % dans les places arabes, n’incite guère les étrangers à investir sur la place de Tunis.

D’autant que le marché souffre encore de son étroitesse et de sa petite taille avec une capitalisation boursière inférieure à 25 % du PIB, à peine 9,4 milliards de dollars, et une faible contribution à l’économie.

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Written by Ridha

Ridha Kéfi, journaliste indépendant depuis 1982. Reporter puis rédacteur en chef adjoint au quotidien "Le Temps" (Tunisie, 1980-1994), puis rédacteur en chef délégué à l'hebdomadaire "Jeune Afrique" (1994-2006). A fondé et dirigé l'hebdomadaire "L'expression" (Tunisie, 2007-2008), suspendu par le régime de Ben Ali. Depuis 2008, collaborateur du Groupe ICPublications ("Magazine de l'Afrique", "African Business" et "African Banker") et conseiller de la rédaction de la revue trimestrielle "Afkar/Idées" publiée par l'IEMED (Espagne). Fondateur et directeur du journal électronique "Kapitalis" depuis 2010. A été membre de l'Instance nationale de réforme de l'information et de la communication (INRIC, Tunisie, 2011-20013).

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