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Transferts par mobiles : Le temps des tractations…

Les banques, émettrices exclusives

Seuls les établissements bancaires peuvent émettre la monnaie électronique, contrairement aux pays de l’Afrique de l’Ouest ou les compa­gnies de téléphonie mobile disposent des agré­ments d’émetteur de la monnaie électronique.

Bouba Kaele, le directeur Marketing d’Afriland First Bank, estime que dans son intervention, le gouverneur parlait davantage d’encadrement des moyens de sécurité de ces transactions. Car, d’après lui, si l’on interdit ces moyens de trans­fert d’argent via le mobile, des gens développe­ront de nouveaux modèles de transfert d’argent dans l’informel.

Ce qui pourra favoriser le blan­chiment d’argent. D’où l’importance de régler cette problématique plus finement, « avec une application simple d’utilisation comme Wave au Kenya pour les transferts d’argent de l’Europe vers le Kenya», souligne Bouba Kaele qui estime que les Fintech ont aujourd’hui développé des solu­tions innovantes de transferts internationaux d’argent.

« Actuellement, on assiste à une disruption dans le secteur. Les opérateurs traditionnels d’envoi d’argent comme Western Union et MoneyGramm sont concurrencées très dure­ment. Leur modèle est en train de subir les innovations des Fintech dont les coûts de trans­fert sont moins élevés », explique le directeur marketing de la banque.

La réflexion se poursuit

« Dans l’écosystème des opérateurs télé­coms, quand vous voulez des services finan­ciers, comme un prêt par exemple, vous n’avez pas besoin de sortir de cet écosystème. Car, une banque adossée à l’opérateur peut effectuer ce crédit».

Un discours aujourd’hui modéré par rapport à ce que l’on entendait il y a peu. Alphonse Nafack, directeur général d’Afri­land First Bank et président de l’Associa­tion des professionnels des établissements bancaires du Cameroun (Apecam) indiquait il y a quelques mois que les transferts interna­tionaux de MTN Cameroon pour lesquels il n’existerait pour le moment aucune conven­tion avec une banque (allusion probable aux transactions avec le Nigeria) « posent problème », tout comme l’autorisation donnée aux opérateurs de téléphonie mobile d’émettre des cartes de paiement.

Et les pouvoirs publics également s’en mêlent. Au Cameroun par exemple, le Premier ministre, Philemon Yang, a demandé au ministre des Finances et à celui des Postes et télécommunications de travail­ler sur un texte qui encadre ces transferts d’argent via le mobile. Un voeu qu’émettent également les opérateurs locaux de transfert d’argent qui voient leur chiffre d’affaires baisser du fait de la concurrence des acteurs de la téléphonie mobile.

Qu’importent les plaintes des opéra­teurs bancaires, pour les consommateurs, ces nouveaux services facilitent la vie quoti­dienne : « Nous sommes épargnés des paperasses qu’on nous soumet dans les agences de trans­fert d’argent et les tarifs sont très abordables. Autre élément essentiel, la rapidité. La multi­plication des points de retrait dans les agences, les boutiques et stations-service est un facteur encourageant. Enfin, c’est disponible 24h/24 et 7jours/7. Ce qui n’est pas toujours le cas chez les agences de transfert », argumente Mathieu Kamga, un commerçant camerounais qui adopte les transferts d’argent via le mobile depuis deux ans déjà. Pour lui, son voeu est que les régulateurs prennent davantage en compte les besoins des utilisateurs finaux.

ENCADRE

Trois bonnes pratiques

Dans une étude intitulée « Paiement mobile en faveur des personnes non bancarisées », publiée en 2017, les experts du GSMA (l’association mondiale des opérateurs télécoms et des fabricants informatiques) reconnaissent que les accords de partenariat entre banques et opérateurs mobiles pour effectuer les transferts d’argent sont toujours complexes. Ils recommandent donc trois bonnes pratiques :

La première, une répartition claire des rôles et des responsabilités. Ce qui passe par une définition précise des attentes et exigences au sein d’un accord commercial (et des accords de niveau de service correspondants). Elle permettra de limiter les risques de litiges ultérieurs. L’expert Neil Davidson conseille particulièrement d’inclure dans ces accords un mécanisme d’identification des problèmes et d’y désigner la ou les personnes en charge de leur résolution en vue de limiter toute perturbation pour les utilisateurs finaux.

La deuxième bonne pratique, une structure de gouvernance bien définie, comme un comité de pilotage composé de responsables ayant pouvoir de décision, des points de contact désignés ou d’autres dispositifs de communication et de coordination favorisant des relations harmonieuses entre les partenaires.

Enfin, la troisième bonne pratique, un partenariat « gagnant-gagnant » pour les deux parties. Qui doivent être rémunérées correctement pour leur participation à la relation. Mais, indique l’expert, il est difficile pour les banques et les opérateurs de prévoir l’évolution dans le temps d’une nouvelle activité. Il est donc conseillé de prévoir dans la relation des occasions régulières de faire le point pour vérifier que l’accord reste bénéfique pour les deux parties et s’assurer ainsi de la continuité de leur implication et de leur engagement dans le temps.

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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