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African Business

Transferts par mobiles : Le temps des tractations…

Les opérateurs télécoms sont des acteurs clés de l’économie africaine. Face à leurs ambitions dans le transfert d’argent, ils doivent composer avec les Banques centrales, les banques commerciales et les pouvoirs publics.

Par Beaugas-Orain Djoyum

 Les services financiers mobiles repré­sentent pour les opérateurs un relais de croissance incontestable. Est-ce pour mettre fin à leurs ambitions, notam­ment celles d’Orange, que la BCEAO (Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest) a décidé de procéder à « un rappel au règlement» ?

Chez Orange, on le sait, les retombées du Mobile Banking sont importantes, comme en témoignent les chiffres du 1er trimestre 2017 : « La diversification d’Orange dans les services financiers va connaître une nouvelle étape cette année. En Afrique, Orange Money a ainsi franchi ce trimestre les 30 millions de clients, en croissance de +74 % sur un an. Et, en France, l’offre d’Orange Bank sera lancée auprès des collaborateurs d’Orange à la mi-mai et pour le grand public le 6 juillet 2017 », commente le PDG du groupe, Stéphane Richard. Fort d’une croissance du chiffre d’affaires du mobile money de +64 %, avec neuf millions de clients actifs pour les 30 derniers jours.

Pourtant, en février, la BCEAO invite les opérateurs « à mettre fin, sans délai, aux opérations de transfert international d’argent qui sont hors du champ des activités qu’elles ont été autorisées à effectuer », visant spécifi­quement les transferts d’argent via le mobile entre la France et les pays de la zone Uemoa.

Cette activité étant réservée aux établisse­ments de crédit. Les filiales Orange Finances Mobiles Mali, Orange Finances Mobiles Côte d’Ivoire et Orange Finances Mobiles ont donc été contraintes d’arrêter ces opérations. La BCEAO rappelle que « comme le précisent les dispositions pertinentes du Règlement relatif aux relations financières extérieures des États membres de l’Uemoa, ces opérations relèvent exclusivement de la compétence des établisse­ments de crédit installés sur le territoire d’un État membre de l’Uemoa ayant reçu la qualité d’intermédiaires agréés ».

Pourtant, Orange ne désespère pas et passe à l’offensive. Vient alors la phase des tractations. Des négociations sont en cours avec la BCEAO. « Cette décision n’affecte pas les transferts entre les pays ouest-africains, la grande majorité des opérations n’est pas affectée. Nous avons engagé un dialogue avec la BCEAO. C’est un problème de lecture et d’application de la réglementation. Je veux dire que nous nous employons à les résoudre et que cela va être résolu très rapidement », expliquait Bruno Mettling, directeur général Afrique et Moyen-Orient.

Ce que prévoient les textes

L’un des objectifs de ces négociations est de revoir les textes et de permettre aux opérateurs d’effectuer des transferts interna­tionaux. En Afrique de l’Ouest, la législation indique que les établissements émetteurs de monnaie électronique à l’instar d’Orange Finances Mobiles Mali, d’Orange Finances Mobiles Côte d’Ivoire ou encore d’Orange Finances Mobiles sont régulés sur la base de deux textes.

Quelques jours après l’interdiction des transferts internationaux par la BCEAO, une polémique s’est ouverte en Afrique centrale et au Cameroun notamment. Une fausse alerte a obligé l’opérateur Orange, qui revendique 2,8 millions d’abonnés à son service de paie­ment mobile au Cameroun, à démentir des rumeurs infondées. Certains évoquent une mauvaise interprétation de la directive de la BCEAO.

Dans un deuxième temps, les déclara­tions du nouveau gouverneur de la BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale), Abbas Mahamat Tolli, ont rendu perplexes certains utilisateurs des services de paiement mobiles.

Le gouverneur, qui assure la régulation des transactions de la monnaie électronique en zone Cemac, a expliqué que les opéra­teurs télécoms n’avaient pas l’au­torisation de proposer ces nouveaux services de transfert international d’argent via le mobile. Service jusque-là réservé aux banques. « Il faut étendre le champ de la supervision de ces innovations de manière à ce que ces innovations soient circonscrites. Nos textes ne permettent pas que de telles opérations se fassent».

Dans la logique du gouverneur, les opéra­tions de transfert international d’argent proposées par les opérateurs mobiles, dont MTN Cameroon via MTN Mobile Money, ne sont pas autorisées. En janvier 2017 en effet, la filiale de l’opérateur sud-africain MTN avait annoncé l’extension de son service MTN Mobile Money à plusieurs autres pays africains.

Aujourd’hui encore, ses abonnés peuvent envoyer de l’argent vers dix pays (Mali, Sénégal, Burkina Faso, Niger, Bénin, Côte d’Ivoire, Togo, Guinée-Bissau, Congo, Nigeria) et recevoir de l’argent de 52 pays étrangers, grâce à son partenariat avec World Remit. Les résultats sont plus qu’encoura­geants : au 1er trimestre 2017, MTN Cameroon a vu ses revenus du Mobile Money augmenter considérablement.

Si l’on s’en tient aux déclarations du nouveau gouverneur, il est fort probable que l’opérateur soit rapidement rappelé à l’ordre, à défaut d’une réforme urgente de la réglemen­tation. « Soyez assurés que la Banque centrale, en sa qualité de garant de la politique monétaire ne faillira jamais dans sa mission d’encadrement de ce secteur », prévient Abbas Mahamat Tolli.

De son côté, MTN Cameroon revendique d’être dans la légalité. Justification : les trans­ferts d’argent se font avec les pays de l’Afrique de l’Ouest qui partagent la même monnaie et l’opérateur travaille en partenariat avec une banque commerciale, Afriland Fisrt Bank qui est le détenteur de l’agrément d’émetteur de monnaie électronique. MTN étant simple­ment le partenaire technique

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Written by African Business

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