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Togo : L’État veut des banques plus actives

Le Togo bénéficie d’un secteur bancaire solide et en croissance. Néanmoins, l’État considère qu’il concourt trop peu au financement de l’économie, et multiplie les initiatives pour l’y encourager.

Lomé, Edem Gadegbeku

Au Togo, en 2016, l’encours des dépôts effectués auprès des banques et systèmes financiers décentralisés a augmenté de 15,2 %, s’inscrivant à 1 474 milliards de F.CFA (2,25 milliards d’euros). Sur la même période, l’encours du crédit a aussi bondi de 16 %, s’établissant à 1 169 milliards de F.CFA (1,78 milliard d’euros). L’APBEF-Togo (Association professionnelle des banques et établissements financiers) calcule que le secteur bancaire a réalisé en 2016 « un résultat net global de 62 milliards de F.CFA contre une perte de 50 milliards en 2015 ».

Des chiffres qui ont concouru à une hausse du taux de financement de l’économie par les institutionnels privés, à 37 %. Une donne dont se réjouit le ministère des Finances, puisqu’elle a « permis de porter à 64 % le taux d’accès aux services bancaires et financiers pour la popu­lation âgée de plus de quinze ans », signe que l’« inclusion financière est en forte progression ».

Une embellie qui ne cache pas pour autant les énormes défis que la quinzaine de banques et les deux établissements financiers regroupés au sein de l’APBEF-Togo devront encore relever pour apporter une autre plus-value à la dynamique du financement de l’économie. « La Banque centrale nous a transmis des préoccupations des opérateurs économiques selon lesquelles nos conditions débitrices sont encore élevées, compara­tivement aux autres pays de la sous-région. Dans l’analyse de ces préoccupations, nous nous sommes rendu compte que la vive concurrence locale, signe du dynamisme des opérateurs bancaires, est aussi à la base de ce phénomène constaté », reconnaît l’APBEF. Laquelle a convenu d’ouvrir une discussion approfondie sur le sujet avec la BCEAO « pour trouver une solution pérenne à ces préoccupations », confie Michel Dorkenoo, premier responsable de l’APBEF-Togo.

Des taux d’intérêt trop élevés

« Le système bancaire dans son ensemble est stable, cependant les faiblesses de certaines banques pourraient menacer la solidité globale », critique sur le sujet l’AGET (association des 54 grandes entreprises du Togo), dans son dernier Livre blanc. Et l’AGET d’émettre des pistes de solution : « La concentration des prêts sur certains secteurs et sur un nombre limités d’entreprises fait que les banques sont davantage exposées aux risques liés à la baisse de la rentabilité dans ces secteurs. De ce fait, les banques devraient diversi­fier leurs portefeuilles de prêts afin de maintenir un équilibre entre le risque et le rendement. »

Il est vrai que le Togo souffre de la compa­raison avec les autres pays de l’Uemoa. Les autorités reconnaissent un taux d’intérêt débiteur moyen « relativement élevé » (8 %) contre une moyenne de 7,2 % dans l’Union, et 6,7 % en Côte d’Ivoire.

D’autre part, la struc­ture de l’épargne mobilisée par les membres de l’APBEF-Togo demeure « dominée par la collecte de ressources à vue qui limite leur financement de long terme » et l’accès au finan­cement est encore faible, pour les PME. Aussi, Sani Yaya, ministre des Finances « exhorte les directeurs des établissements de crédit à poursuivre leurs efforts visant à accroître le financement de l’économie, mais à des taux réduits et dans des conditions saines ».

Passer à l’action

Dans la pratique quotidienne, les clients des banques locales sont généralement en butte à des demandes de garantie presque insurmontables qui compliquent l’octroi du crédit, aussi bien aux personnes physiques que morales. « Ces garanties généralement réclamées sont le titre foncier, parce qu’a priori le foncier est inatta­quable », explique une jeune entrepreneuse, Adèle Amouzou. Qui poursuit : « Le monde foncier est sens dessus dessous depuis plusieurs décennies, à telle enseigne que le titre foncier, à l’heure actuelle au Togo, peut difficilement servir de garantie. La désuétude et l’inexistence d’une législation idoine en la matière expliquent fondamentalement pourquoi un grand nombre de Togolais ne peut brandir ce type d’hypothèque devant une banque. »

Sur ce point, l’État supervise des réformes devant aboutir à des améliorations et l’APBEF se veut optimiste. « Des discussions très avan­cées devraient aboutir à la mise sur pied d’un protocole d’accord avec la Direction des affaires domaniales et cadastrales pour le suivi des dossiers de création de titres fonciers et des inscriptions hypothécaires », rassure Cheikh Tidiane N’Diaye, vice-président de l’AP­BEF.

De plus, note Rose Mivedor, directrice générale adjointe d’Orabank-Togo, il existe aujourd’hui des outils comme « les fonds de garantie qui accompagnent les banques dans le cadre du financement des investissements et non de la trésorerie (ANPGF, Fonds GARI, African Guarantee Fund, la Garantie à risque de l’AFD, etc.) », à même d’offrir une parade à l’option hypothécaire.

Second souffle venant des banques

Au-delà des critiques contre le financement bancaire, le CNC (Conseil national du crédit) rappelle qu’à la fin 2016, « le ratio crédits sur dépôts était à 79 % pour les banques et 85 % pour les institutions de microfinance ». La dégradation du portefeuille des banques et microfinances est évaluée fin 2016 à 20,2 %. « Les conclusions d’une étude officielle sur les déterminants de la dégradation du portefeuille des établissements de crédit devraient servir à rectifier le tir en la matière », rassure à nouveau Tidiane N’Diaye.

Un optimisme que confortent trois directives édictées en juin 2016 par l’Uemoa et qui commandent le renforcement de la solidité et de la résilience du système bancaire et financier dans cette Union, avec comme institution orchestre, la BCEAO. La mise en œuvre de ces normes prudentielles commande, à l’échéance du 30 juin 2017, le relèvement du capital social minimum de 10 milliards de F.CFA pour les banques et de 3 milliards de F.CFA pour les établissements financiers opérant dans cette zone monétaire.

L’intérêt de l’État togolais s’explique également par le fait que l’accès au crédit figure au rang des indicateurs à valider par le Togo pour être éligible au programme « Compact » du MCA (Millenium Challenge Account) des États-Unis. Une préoccupation qui justifie la grande importance qu’accorde le gouvernement du Togo à l’opérationnali­sation des BIC (Bureaux d’information sur le crédit), censés accélérer l’expansion de l’activité économique. Bien qu’actée en mars 2016, leur opérationnalisation se fait attendre, et « cette lenteur nous fait perdre des gains de point dans le classement du rapport Doing Business de la Banque mondiale. En outre, elle retarde l’éligibilité du Togo au programme MCA, qui permettra au budget national de bénéficier de ressources plus consistantes », reconnaît l’argentier de l’économie togolaise, Sani Yaya.

L’hypothèque des marchés financiers

Bien sûr, le Togo n’est pas le seul pays dans ce cas. « La plupart des entreprises de l’Uemoa sont des PME-PMI, alors que les banques ne financent généralement que les grandes entreprises. Ces PME n’ont pas la culture boursière. Il faut davantage de commu­nication de la BRVM à leur égard », analyse Venance Agokpome, ancien vice-président de la Chambre de commerce du Togo.

« La cota­tion boursière est une couverture permanente de risque pour toute PME dans la sous-région. Les grandes entreprises de l’Uemoa recourent le plus souvent au marché boursier car elles sont mieux organisées et structurées », précise de son côté Mensah Assigbi, directeur de la Société de gestion et d’intermédiation, dédouanant indirectement le secteur financier.

« Les banques localisées dans notre zone monétaire doivent accompagner la transi­tion vers le recours à la BRVM. Il appartient aux entreprises régionales de trouver un juste milieu entre le financement sur fonds propres et l’emprunt », explique, dans le même sens Michel K. Dorkenoo, directeur général de Banque Atlantique.

L’« AGET rappelle que le financement du secteur agro-industriel, à travers les agropoles, regorge de niches à exploiter devant accélérer la croissance économique et le développement du pays », défend Clément Ahialey, président de cette association.

Partageant cette analyse, le ministre de l’Agriculture, Ouro-Koura Agadazi, promet une restructuration : « Il faut à terme écrire une feuille de route pour lever les goulots d’étran­glement et favoriser l’investissement du secteur financier au secteur agricole. »

À l’heure où l’État togolais fait face à un déficit budgétaire évalué « à 537,45 milliards de F.CFA en 2017, soit environ 19 % du PIB », selon l’expert en finance Dodji Koumou et bénéficie d’un soutien triennal du FMI au titre de la FEC (Facilité élargie de crédit) s’élevant à 241,5 millions $, le gouvernement compte plus que jamais sur les banques locales. Dans cette optique, avise le ministre Yaya, « les besoins de financement du secteur privé seront plus importants et les composantes de l’APBEF seront davantage sollicitées. Je pense pouvoir compter sur vous pour réaménager vos dispositifs de risques afin de faciliter l’accès au financement des opérateurs économiques ».

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Written by African Banker

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