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African Business

Togo : Enselme Gouthon, Monsieur café, cacao

La filière café-cacao apporte une plus-value à l’émergence des pays d’Afrique, comme le Togo. Une vision qui fonde l’engagement du secrétaire général du Comité de coordination pour les filières café et cacao Enselme Gouthon depuis deux décennies. Et qui conduit le transfert du siège de l’Organisation internationale du cacao à Abidjan.

Lomé, Edem Gadegbeku

Secrétaire général du Comité de coordination pour les filières café et cacao (CCFCC) du Togo, une entité para-publique, Enselme Gouthon est un soldat de l’or brun en Afrique et dans le monde.

Grand amateur d’étoffes de couleur blanche et de la mode africaine en général, ce Togolais oeuvre avec opiniâtreté depuis près de vingt ans au service de l’épanouissement des acteurs de la filière café-cacao. « Notre Comité appuie les caféiculteurs et cacaoculteurs dans la promotion de leurs cultures à travers un programme de soutien à la production. Il finance aussi les opérations de recépage des vielles plantations en fournissant, en cas de besoin, des intrants », résume-t-il.

Un comité qui oeuvre non seulement de concert avec les autorités en charge de l’agriculture, mais aussi avec les producteurs de café et de cacao.

 Poursuivre les restructurations

Dans la quête de l’efficacité de cette struc­ture qu’il dirige, Enselme Gouthon a tenu à ce que le Comité soit un creuset de « produc­teurs, exportateurs et partenaires techniques » des filières café-cacao, et le garant de la libéra­lisation de la filière.

Certes, cette libéralisation n’a pas toujours donné les fruits escomptés. Néanmoins, l’entregent mesuré et l’engage­ment d’Enselme Gouthon avaient convaincu, en 2010, les parlementaires d’autoriser la rati­fication de l’accord international sur le café de 2007 dont l’application est coordonnée par l’Organisation internationale du café (OIC).

Il s’agissait en réalité d’« un réengagement du Togo auprès de l’OIC », après des années de traversée du désert. Ce réengagement a été le socle du « renforcement de la coopéra­tion bilatérale et multilatérale en matière de recherche, de production, de transformation et de commercialisation du café » dans le pays, se félicite Enselme Gouthon.

Ces dernières années, « la production moyenne annuelle est estimée à 8 400 tonnes de café et à 9 000, voire 10 000 tonnes de cacao par an au Togo. Les rendements à l’hectare oscillent entre 250 kg à 700 kg pour le café, et 300 kg à 600 kg pour le cacao ». Le gouverne­ment projette, à l’horizon 2020, de parvenir à une production annuelle de 30 000 tonnes pour le café et de 25 000 tonnes pour le cacao.

Un niveau encore loin des 38 000 tonnes par an que générait le même secteur d’activité au milieu des années 1990. Relever de tels défis commande de maintenir le cap des restruc­turations en cours dans cette filière, estime Enselme Gouthon qui, pour ce faire, compte sur l’engagement de l’État aux côtés du CCFCC et sur le travail, collégial, de la chaîne de production de ces deux cultures de rente.

Deux arguments fondent sa foi en la filière café-cacao : « Nous avons une belle tradition caféière au Togo. Le cacao a une qualité recher­chée dans le monde. De plus, le Togo privilégie la qualité sur les volumes de production autour de ces deux filières».

Grâce à l’action concertée du CCFCC, plus de 974 hectares de café ont été replantés, plus de 3 400 hectares de cacao ont repris vie et le recépage de 3 570 hectares de vielles caféières a aussi été opéré. Les filières café et cacao occupent plus de 30 000 produc­teurs et nourrissent directement plus de 250 000 personnes.

Le cacao africain retrouve sa place

Après 44 ans passés à Londres, l’ICCO (Organisation internationale du cacao) a trans­féré depuis le 31 mars 2017 son siège à Abidjan « afin de mieux s’imprégner des réalités des producteurs », justifie Luis Valverde, président de l’ICCO.

L’inauguration officielle de ce siège est effective depuis le 25 avril 2017 dans la capitale de Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao. Une victoire pour les acteurs de la chaîne cacaoyère sur le continent.

Président du Conseil de l’ICCO (durant l’année cacaoyère 2014-2015) au plus fort des âpres négociations internationales qui ont acté cette délocalisation du siège vers Abidjan, Enselme Gouthon, diplomate dans l’âme, se «réjouit » de cette nouvelle.

Il a fallu à ce discret Ouest-africain, avare de prises publiques de parole sur ses réalisations professionnelles, beaucoup de tact pour dégager le nécessaire consensus en faveur de cette délocalisation au sein de l’ICCO, fort à ce jour de 51 pays membres (21 pays producteurs/exportateurs et 30 importateurs).

Le premier responsable du CCFCC a surtout dû « gérer des contingences et amener les pays consommateurs au sein de l’ICCO, majoritaires et réfractaires à la déloca­lisation vers Abidjan, à adoucir leur position. C’est la conclusion de quinze ans de négociations entre la Côte d’Ivoire et l’ICCO ». Jean-Marc Anga, directeur exécutif de cette organisation internationale, est enthousiaste : « La déloca­lisation effective du siège de l’ICCO est le fruit d’un lobbying intense, et nous a installés en Côte d’Ivoire dans un immeuble d’un standing bien supérieur à celui que nous avions à Londres».

Un homme en or

Les récoltes record de cacao dans les pays producteurs ont fait chuter de près d’un tiers les cours de cette culture de rente depuis fin 2016. Une mauvaise passe qu’Enselme Gouthon, pragmatique et afro-optimiste, espère voir juguler à travers une juste « adaptation de l’offre à la demande sur le marché cacaoyer international ».

Cultivé majoritairement en Afrique de l’Ouest (avec la Côte d’Ivoire et le Ghana en tête), le cacao est surtout consommé hors d’Afrique. Une réalité qui commande l’urgence des réformes à opérer dans la filière cacaoyère en Afrique en général, et singulière­ment en Afrique occidentale.

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Written by African Business

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