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Interviews et Portraits

Mariam Ibet : « Où serons-nous dans 30 ans ? »

Mariam Djimet Ibet est l’une des femmes les plus puissantes du pays. Engagée en politique sur les bancs de l’école, devenue maire de N’Djamena en novembre 2016, elle entend faire de la capitale une « ville propre », désengorger les transports urbains et réaménager l’espace.

Propos recueillis par Marie-France Réveillard

N’Djamena est non seulement la capitale politique du Tchad mais également le coeur de l’activité économique du pays : combien la ville compte-t-elle d’habitants ?

Il est difficile d’évaluer précisément le nombre d’habitants. La ville évolue entre le jour et la nuit. Dans la journée, la capitale draine environ 500 000 travailleurs journa­liers, qu’il nous faut acheminer. La nuit, la population de N’Djamena compte 1,5 million d’habitants. Le Tchad compte 12 millions d’habitants en tout. N’Djamena en accueille près de 2 millions, soit un sixième de la population globale. La ville de N’Djamena s’accroît de 50 000 habitants tous les ans !

Les moyens de transport actuels facilitent-ils le déplacement de cette population diurne ?

À ce jour, les transports ne sont pas struc­turés. Ils sont gérés par des opérateurs privés qui ne manifestent pas assez de sérieux. Les véhicules mis à disposition des passagers sont de petits bus vétustes et des motos d’un autre âge.

Avant d’être maire de N’Djamena, j’étais conseil­lère chargée de missions pour le chef de l’État et conseillère technique auprès de la Première dame. Peu avant, j’ai occupé plusieurs fonctions auprès de la présidence.

Ce sont des moyens largement amortis qui nuisent à l’image de la capitale. C’est la raison pour laquelle nous avons élaboré des projets afin de restructurer le réseau de trans­ports urbains, avec l’aide des investisseurs.

Quelles sont les principales activités qui animent le commerce à N’Djamena ?

Le demi-million de travailleurs journa­liers que j’évoquais est composé de petits commerçants, lesquels représentent une grande partie des activités économiques. Les femmes travaillent principalement dans ces petits commerces.

Quelles sont les grandes orientations de politique d’aménagement du territoire urbain ?

Nous avons dressé un schéma directeur de la ville dans lequel nous avons répertorié les projets d’aménagement pour accéder aux équipements marchands dans la capitale. Nous travaillons également sur le développe­ment du réseau de transports urbains et sur l’électrification des foyers car beaucoup n’ont pas encore accès à l’électricité.

De quelle façon les revenus pétroliers ont changé le visage de la capitale ?

Avec la manne pétrolière, nous avons massivement investi dans les infrastructures et notamment dans le réseau routier. Nous dispo­sons aujourd’hui de cent fois plus de route qu’en 2003, au niveau national. Nous avons également investi dans la santé, la culture, l’éducation et la construction d’écoles mais aussi dans les équipements marchands. Nous avons construit trois marchés pour toute la ville mais leur nombre reste insuffisant. La chute du prix du pétrole a directement affecté la ville. Certaines taxes sont maintenant récupérées par les Douanes puis directement par le Trésor. Nous estimons avoir perdu 50 % de notre budget au moment de cette crise. Nous sommes aujourd’hui incapables de bien gérer les ordures de la ville ou le drainage des eaux fluviales. N’Djamena est dans l’eau. Les canaux sont obstrués par les déchets ce qui nuit à la santé de la population.

Comment fonctionne la gestion financière de la ville de N’Djamena ?

Elle compte dix communes d’arrondis­sement, dotées chacune d’un maire chargé de la gestion des finances publiques sur son périmètre. Le budget central varie de 10 à 12 milliards de F.CFA par an (15,2 à 18,3 millions d’euros) mais le système de recouvrement de nos taxes n’est pas fiable. Nous demandons le renforcement des capacités des agents en charge du recou­vrement et nous devons sensibiliser la population. Les taxes permettent de servir la population, in fine. Je me suis rapprochée récemment d’un partenaire qui nous aide à recenser tout contribuable au niveau de la ville de N’Djamena. Nous estimons le nombre de ménages à 200 000 actuellement.

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Written by African Business

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