Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Politique

Tchad : Les députés rejettent la diète forcée

La loi de Finances rectificative, votée le 10 juillet, prévoyait des réductions sur les avantages des membres de l’Assemblée nationale, qui avaient déjà consenti un effort en 2016. Face à la fronde des députés, le gouvernement a reculé.

N’Djaména, Geoffroy Touroumbaye

Le 31 août 2016, face à la grave crise financière qui frappe le Tchad, le gouvernement annonce seize mesures d’ur­gence tendant, à court et moyen terme, à accroître les recettes publiques, à réduire les charges publiques, et à améliorer l’efficacité de la dépense publique et le rendement des services de l’État.

Le président Idriss Déby Itno qui prépare de grandes réformes institutionnelles, a pesé de tout son poids pour mettre fin à une querelle préjudiciable entre le gouvernement et sa majorité présidentielle.

Ces mesures vont de la réduction des effectifs des ministères à la restructuration des délégations des ministères et des stations de la radiotélévision publique dans les régions, en passant par un audit orga­nisationnel des projets et programmes, un audit des diplômes, une révision des critères d’attribution des bourses des étudiants, une réduction des traitements et goumiers (gardes) des chefs tradition­nels, une réduction du parc automobile de l’État, une accélération de l’audit des exonérations fiscales et douanières et une réduction de 80 % les indemnités de tous les responsables nommés par décret, pour tendre vers l’harmonisation des indemnités des agents de l’État et des membres des grandes institutions de la République.

Il est enfin sollicité « un effort exceptionnel de réduction des diverses charges auprès des grandes institutions ». L’Assemblée nationale est la pre­mière institution à répondre à l’appel à l’austérité : les indemnités de ses 188 députés et de plus de 800 agents d’appui sont réduites de 50 %. Les économies à réaliser sur ces indemnités (téléphone, logement, hôtel, domesti­cité, eau, électricité, session) avoisinent les 5 milliards de F.CFA (7,6 millions d’euros). Le Parlement tchadien est l’un des plus gros consommateurs du budget de l’État : 20 milliards de F.CFA (30,5 millions d’euros) par an. Au cours de la dernière législature qui s’est achevée en 2011, ce budget n’oscillait qu’entre 10 et 11 milliards de F.CFA.

Le mandat de l’actuelle qui devait s’achever en juin 2015, avait été prorogé « jusqu’à la mise en place d’une nouvelle Assemblée nationale élue » par la loi organique n° 11 promulguée le 12 mars 2015. Ce que continue de contester une partie de l’opinion nationale (partis politiques, société civile, médias, etc.).

Nouvelles coupes drastiques

Alors que la question de la proroga­tion du mandat de l’Assemblée natio­nale n’a pas fini de diviser l’opposition – un parti vient même de suspendre son député qui a refusé d’obtempérer à son injonction de démissionner ! – une nouvelle polémique va surgir avec le projet de loi de Finances rectificative, adopté début juillet en conseil des ministres.

Le texte, transmis à l’Assemblée nationale, dégage un déficit prévisionnel dépassant les 275 milliards de F.CFA (419 mil­lions d’euros), soit une hausse de 12 % par rapport à celui de la loi initiale. Il prévoit également des économies de plus de 43 milliards de F.CFA (65,5 millions d’euros) à fin décembre 2017.

En ouvrant la session extraordinaire convoquée à l’effet d’examiner, entre autres, le projet de budget rectificatif, le président de l’Assemblée nationale, Haroun Kabadi, dénonce « une situa­tion de nature à porter un grave préjudice au bon fonctionnement de l’institution ». Il reconnaît que « la situation difficile exige que des sacrifices soient consentis pour maintenir l’équilibre financier dans le budget de l’État », mais estime que cet équilibre devrait « se faire dans le respect des principes régissant le fonctionnement des entités de l’État, dans l’équité et la justice ». Haroun Kabadi rappelle que le budget de l’Assemblée nationale a été réduit de 5 milliards de F.CFA.

Polémique inopportune

Dans le projet de nouveau bud­get, la masse salariale générale de l’État connaît pourtant une hausse et passe de 326 milliards à 348 milliards de F.CFA (530,5 millions d’euros). Le budget de la présidence est relevé de 3 milliards et ceux des ministères de l’Éducation et de la Santé, à hauteur de 20 milliards cha­cun.

Le 10 juillet, comme on le redou­tait, les députés épinglent le ministre des Finances et du budjet, Christian George Diguimbaye. Ils défendent leurs gombos (c’est-à-dire leurs intérêts), mais également ceux des forces de défense et de sécurité dont les indemnités ont été réduites. Le ministre assure les élus du peuple que plus aucune de leurs indem­nités ne sera coupée.

Finalement, après près de sept heures de débats, le collectif budgétaire est adopté. Le président Idriss Déby Itno qui prépare de grandes réformes institu­tionnelles, a pesé de tout son poids pour mettre fin à une querelle préjudiciable entre le gouvernement et sa majorité présidentielle. De leur côté, les députés ont réussi à préserver leurs gombos

Rate this article

Author Thumbnail
Written by Geoffroy Touroumbaye

Geoffroy Touroumbaye est le correspondant du Magazine de l’Afrique au Tchad. Titulaire d’un Master en Droit privé (Université de N’Djaména), il est particulièrement intéressé par les questions politiques, économiques et financières. Rédacteur en chef du bihebdomaire N’Djaména-Hebdo, le premier journal indépendant du Tchad, il collabore également avec les agences de presse chinoise (Xinhua) et allemande (Dpa), et bien d’autres médias.

Related Posts

Recevez nos Newsletter

Si vous souhaitez recevoir par mail une information pertinente, crédible et incontournable, inscrivez-vous à notre newsletter.

Aidez-nous à améliorer notre contenu