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African Banker

Tchad – Augmentation du risque-crédit

Sans surprise, le ralentissement de l’économie et la montée de l’insécurité, depuis 2015, se répercutent sur la solidité des banques. Le risque de défaut augmente, contractant de facto la masse de crédits.

Par Geoffroy Touroumbaye

Touchée de plein fouet par la chute des cours du pétrole, l’activité économique s’est contractée, au Tchad. En 2015, le PIB a néanmoins progressé de 1,8%, et la croissance est estimée à 2,5% pour 2016, par la Coface.

La perturbation des flux commerciaux transfrontaliers avec le Cameroun et le Nigeria a augmenté la volatilité des prix intérieurs, l’infla­tion étant passée à 3,7% en moyenne en 2015, soit un peu au-dessus de l’objectif de la Cemac (3%).

En dépit d’un gros ajustement budgétaire, le déficit global est resté élevé (6,6 % du PIB non pétrolier) en 2015 et les arriérés intérieurs ont quadruplé.

Le montant de ces arriérés est passé du niveau relativement faible de 1 % du PIB non pétrolier fin 2014 à 200 milliards de F.CFA (304 millions d’euros, 3,9% du PIB non pétrolier) en 2015.

Pour 2016, les autorités avaient prévu de rembourser 65 milliards de F.CFA d’arriérés existants, financés par l’émission de titres fin mars 2016.

Le produit de cette émission a été transféré à une banque commerciale tchadienne qui a été chargée de rembourser certains arriérés identifiés par une commission gouvernementale.

Ces arriérés ont été sélectionnés en fonction de leur montant et de leur ancienneté, du secteur d’activité, de l’importance du créancier et de l’impact qu’un règlement aurait sur l’emploi.

Ils ont été parallèlement validés par l’Inspecteur général d’État. Les créanciers qui ont décidé de bénéficier de ce dispositif seront remboursés à hauteur de 93 % de leurs créances, les 7 % restants revenant à la banque qui pilote l’opération.

Les perspectives à court et moyen terme demeurent délicates pour le Tchad. Les projec­tions donnent un taux de progression du PIB d’environ 2 % en moyenne sur la période 2016- 2018, contre près de 5 % en 2013-2015.   

Détérioration de la solidité bancaire

Si le système financier tchadien est de petite taille, les derniers indicateurs dispo­nibles laissent entrevoir une détérioration de la solidité du secteur bancaire sur fond de dégradation du contexte macroéconomique.

Les actifs du système financier représentaient seulement 16 % du PIB en décembre 2015, soit seulement 7 % des actifs bancaires de la Cemac (contre 15 % du PIB total de la sous-région).

Le système est dominé par quelques banques commerciales, trois établissements détenant près de deux tiers du total des actifs. Le ratio prêts improductifs/prêts bancaires bruts s’est établi à 16,5 % à fin 2015, soit une hausse de 5 %

par rapport à 2014. La rentabilité des actifs et des fonds propres a aussi diminué pendant deux années consécutives. Le ratio de fonds propres est resté modéré à 14,6 % à fin 2015 mais nettement en deçà du pic de 22 % en 2013, tandis que les ratios de liquidité sont restés favorables, les actifs liquides représentant par exemple 26 % des actifs totaux.

À plus long terme, l’assombrissement des perspectives de l’économie nationale fait peser des risques importants sur la stabilité financière. À l’Association professionnelle des établissements de crédits (APEC-Tchad), on explique le lien entre la baisse des prix pétroliers et la détérioration des indicateurs de la solidité bancaire en grande partie par l’exposition des banques aux opérations des administrations publiques.

Alors que les industries extractives représentaient seulement 3,9 % des prêts bancaires au secteur privé en 2015, le système bancaire est fortement exposé aux administrations publiques et aux entreprises tributaires des opérations de celles-ci.

L’exposition des banques sur l’État augmente : le crédit des banques commerciales au secteur public a atteint 28 % du total du crédit en 2015, contre 21 % en 2014, alors que les dépôts du secteur public constituaient environ 21 % du total des dépôts en 2015, contre 26 % en 2014.

Renforcer la surveillance

Comme les dépenses publiques représentent une part importante de l’activité économique (plus de 30 % du PIB non pétrolier entre 2009 et 2014), les récentes réductions des dépenses publiques et l’accumulation d’arriérés de paiement intérieurs peuvent être à l’origine de difficultés financières pour les sous-traitants et les emprunteurs du secteur privé, d’où un risque accru de prêts improductifs.

D’après des tests de résistance réalisés début 2016, si les prêts improductifs atteignaient 20 % du total des prêts, certaines banques ne respecteraient plus la norme de fonds propres, en particulier…

Les derniers indicateurs disponibles laissent entrevoir une détérioration de la solidité du secteur bancaire sur fond de dégradation du contexte macroéconomique.

…celles dont les capitaux proviennent de pays de la Cemac. De même, une nouvelle réduction de 25 % du total des dépôts (par exemple via une chute de 50 % des dépôts de l’État plus un recul de 20 % des dépôts des entreprises non financières) ferait passer la plupart des banques sous le ratio de liquidité réglementaire. Les services du FMI recommandent un renforcement de la surveillance des banques.

Pas de financement pour le coton

Au printemps 2016, la Banque centrale a relevé le plafond de refinancement des banques et réduit de moitié les réserves obligatoires. Ces mesures devraient permettre d’améliorer la liquidité des banques au Tchad.

Mais, avec la crise, plusieurs événements ont orienté les risques à la hausse pour le système bancaire : de nombreuses structures publiques décentralisées (universités et hôpitaux par exemple) ont retiré leurs dépôts (et ont dans certains cas eu recours à des découverts bancaires) pour poursuivre leurs activités sur fond de réduction des transferts publics ; l’introduction réussie d’obligations du Trésor – avec une échéance moyenne de trois ans –, en l’absence d’un marché secondaire liquide, accroît le risque d’asymétrie des échéances entre les dépôts à court terme et les actifs bancaires ; le place- ment de titres publics (à moyen terme) pour payer les arriérés intérieurs peut se traduire par un renforcement de l’exposition directe au secteur public et par une réduction du crédit à court terme aux entreprises privées, avec des retombées négatives sur l’activité économique.

Preuve de ce malaise, la campagne cotonnière, qui devait commencer en novembre, comme d’habitude, traîne encore, faute de moyens financiers. Chaque année, la Cotontchad sollicite, avec l’aval de l’État tchadien, des crédits auprès du pool bancaire local pour lancer sa campagne de productivité et sa campagne cotonnière.

Cette année, elle a besoin de 124 milliards F.CFA (188,5 millions d’euros). Mais les banques rechignent à lui verser ces crédits, car l’État, empêtré dans une grave crise financière, n’a pas pu honorer ses engagements auprès d’elles.

Malgré les nombreuses démarches entreprises, les institutions bancaires refusent de prendre de nouveaux engagements tant que le gouvernement ne réglera pas ses impayés. Cette situation oblige les responsables de la société à se tourner vers l’extérieur.

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Written by Geoffroy Touroumbaye

Geoffroy Touroumbaye est le correspondant du Magazine de l’Afrique au Tchad. Titulaire d’un Master en Droit privé (Université de N’Djaména), il est particulièrement intéressé par les questions politiques, économiques et financières. Rédacteur en chef du bihebdomaire N’Djaména-Hebdo, le premier journal indépendant du Tchad, il collabore également avec les agences de presse chinoise (Xinhua) et allemande (Dpa), et bien d’autres médias.

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