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African Business

Pétrole : Tahir Hamid Nguilin est optimiste

Le directeur général de la SHT détaille l’important accord obtenu sur le rééchelonnement de la dette Glencore et sur la commercialisation du brut. Tahir Hamid Nguilin entrevoit des perspectives meilleures.

Propos recueillis à N’Djaména par Geoffroy Touroumbaye

Votre pays, représenté par la SHT, assistée du cabinet juridique Cleary Gottlieb et de la banque Rothschild, a signé le 21 février 2018 à Paris un accord intérimaire avec Glencore. Qu’apporte ce nouvel accord ?

Il vient corriger les carences et les difficultés – j’en distinguerai cinq – dans l’exécution du contrat originel de 2014 renégocié en décembre 2015 avec Glencore. Primo, le coût prohibitif du contrat, à travers un taux d’intérêt global, qui est de Libor +7,5 % l’an, assis sur un prêt presque sans risque, parce que portant sur une ressource certaine.

Deuxio, son mode de remboursement qui est devenu, du fait de la baisse des cours et de la production, quasi confiscatoire.

Pour nous, il s’agit là d’un très bon accord, d’une très belle victoire. Dans le contrat initial, il était écrit que tout brut actuel et à venir, de n’importe quelle partie du Tchad, doit se diriger vers le port de Kribi, au Cameroun.

Tertio, comme conséquence du mécanisme de remboursement et de la conjoncture pétrolière, ce prêt générait un service de la dette publique qui absorbe l’essentiel des revenus du Tchad et crevait les ratios de soutenabilité de la dette, toutes choses incompatibles avec le programme que le Tchad a conclu avec ses bailleurs de fonds.

Quarto, il se posait la question de l’indépendance énergétique du pays et de l’approvisionnement du marché domestique et de la raffinerie par un brut appartenant au Tchad. Étant entendu que le contrat commercial 2014 revu en 2015 remet tout le pétrole actuel et à venir revenant à l’État et à ses démembrements entre les mains de Glencore.

Quinto, la souveraineté du Tchad en matière de commercialisation de son brut une fois le prêt principal remboursé. Il existait une dichotomie entre le contrat de prêt et le contrat commercial, en ce sens que la durée de vie technique du contrat de prêt est bien courte par rapport à celle du contrat de commercialisation. Ainsi, même si le prêt était remboursé dans les trois ou quatre ans (ce qui était possible si les cours étaient restés élevés), le contrat commercial, qui ne pouvait être rompu par anticipation, courait jusqu’à la livraison du 120e cargo à Glencore. Ce qui peut nous amener jusqu’à dix ans ! Face à tous ces déséquilibres, il a été convenu d’ouvrir les renégociations dès janvier 2017.

Ces négociations ont duré huit mois, et ont achoppé sur des désaccords à plusieurs reprises…

Oui, mais rien ne pouvait aboutir sans la volonté politique, et je puis dire que la volonté politique a été totale, ferme, déterminante et déterminée. Le président de la République, qui a suivi scrupuleusement et minutieu­sement ces renégociations, avait été clair.

Ainsi, la feuille de route du chef de l’État a été de corriger les carences que nous avions relevées, par la baisse du taux d’intérêt, pour que ce prêt soit à son juste coût. Idriss Déby Itno préserve l’indépendance énergétique du Tchad, le respect de sa souveraineté en matière de commercialisation de son brut par l’annulation de la divergence de durée existant entre le contrat de commercialisation et le contrat de prêt et l’inclusion d’une clause de terminaison, la mise en conformité des services de la dette avec le programme du Tchad avec le FMI, et la génération de marges budgétaires durables pour l’État.

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