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African Banker

Sufian Ahmed, pour des stratégies plus efficaces

Fort de ses succès en Éthiopie, le ministre des Finances depuis 1995, Sufian Ahmed, souhaite donner aux bureaux régionaux de la BAD des pouvoirs accrus et les responsabiliser davantage.

Sufian Ahmed Ministre des Finances et du développement économique (Éthiopie)

 

Quelle serait la première mesure que vous prendriez, si vous étiez nommé président de la BAD ?

Je commencerais par évaluer l’efficacité des bureaux régionaux de la Banque. Ces bureaux ont été établis pour accélérer la mise en oeuvre des stratégies de chaque État membres. Malheureusement, certains de ces bureaux manquent de pouvoirs ou ne possèdent pas suffisamment de personnel et sont donc peu efficaces.

Quelle est la meilleure raison de voter pour vous ?

Je pense que mon expérience sera bénéfique à la Banque. Les faits parlent d’eux-mêmes : j’ai occupé le poste de ministre des Finances en Éthiopie pendant près de vingt ans. Au cours de cette période, l’Éthiopie s’est métamorphosée. Jadis associé à la famine et la pauvreté, le pays fait aujourd’hui partie des économies d’Afrique qui connaissent la plus forte croissance. Je compte faire profiter la BAD de cette expérience du développement. L’Afrique a besoin d’une croissance économique durable et inclusive, d’investissements dans les infrastructures et dans la modernisation de l’agriculture, du développement social. Je peux beaucoup apporter à la Banque dans ces domaines.

De plus, je connais bien la BAD et j’ai eu l’occasion de travailler avec toutes les institutions financières multilatérales au cours des vingt dernières années.

L’important est d’instaurer un processus de décision décentralisé effi cace. La solution est, une fois de plus, de donner plus de pouvoirs aux bureaux régionaux. À l’heure actuelle, toutes les décisions sont prises au siège. Elles prennent trop de temps.

Que faut-il changer dans le « logiciel » de la BAD pour que l’Afrique décolle durablement ?

La Banque doit se concentrer sur les domaines dans lesquelles elle peut marquer sa différence. Elle doit donner la priorité à l’efficacité de la mise en oeuvre de ses stratégies. Généralement, la Banque ne manque ni d’idées ni de projets. Elle adopte les bonnes stratégies et choisit les bons objectifs ! En revanche, elle a des difficultés à transformer sa vision en réalité et à concrétiser ses projets. J’estime qu’elle devrait s’attacher à conseiller les pays membres sur les moyens de mettre en oeuvre rapidement les projets en respectant les budgets alloués.

Dans les documents présentant ma vision, disponibles en ligne sur le site de la BAD, je définis quatre axes prioritaires, l’infrastructure, l’agriculture, bien sûr, mais également le soutien au secteur privé et l’aide aux pays fragiles.

Avez-vous un exemple concret où la BAD a fait ce que les autres banques n’ont pas fait et répondu ainsi aux besoins spécifiques de l’Afrique ?

C’est une question très intéressante. D’après ma longue expérience de la BAD, je peux dire que les pays membres lui font confiance et écoutent ses conseils. En tant qu’institution panafricaine, la Banque apporte une dimension très particulière que les autres institutions financières multilatérales n’ont pas. Elle possède là un précieux atout qui lui est unique. C’est inscrit dans son ADN.

L’Afrique va voir émerger des dizaines de nouveaux milliardaires ces prochaines années. Faut-il une taxe spéciale milliardaire pour financer le développement du continent ?

Ma réponse est non ; je ne suis pas d’accord pour instaurer une taxe spéciale milliardaire. D’abord, nous n’avons pas beaucoup de milliardaires ; nous avons besoin de beaucoup plus de milliardaires ! Ensuite, les millionnaires et millionnaires paient l’impôt sur le revenu dans leur pays et c’est ce qui compte !

Nous avons besoin de davantage de champions africains qui jouent le rôle de modèles, d’entrepreneurs qui investissent en Afrique et transforment le paysage économique.

Comment faire exister vos propres idées et priorités tandis que la Stratégie décennale 2013-2022 est en cours d’exécution ?

La stratégie décennale de la Banque est très générale. Le prochain président devra redéfinir l’ordre de priorité des objectifs des stratégies de la Banque. Il ne serait pas difficile pour moi de réconcilier mes priorités et les stratégies de la Banque africaine de développement. Il suffit d’insister davantage sur certains objectifs de ces stratégies.

Comptez-vous maintenir la logique de décentralisation ? Les 44 bureaux coûtent très cher et leur autonomie est très limitée : tout doit remonter au siège pour validation !

Je ne pense pas, comme vous le suggérez, que la stratégie de décentralisation soit coûteuse et inefficace. Elle ne l’est pas si cette stratégie est correctement mise en oeuvre. D’après mon expérience en Éthiopie et avec la Banque, le processus de décision décentralisé est très important. Comme je l’ai indiqué, les bureaux régionaux doivent disposer de davantage de pouvoirs, faute de quoi ils demeureront inefficaces. Ils doivent également répondre de leurs actes. Ce sont deux priorités : davantage de pouvoirs et responsabilité. Si ces points sont respectés, les bureaux régionaux pourraient jouer un rôle important, être efficaces et peu coûteux.

La BAD est certes une Banque africaine, mais le poids des actionnaires non-africains est souvent décisif, y compris dans le choix du président. Cela ne vous dérange-t-il pas ?

Non. Comme dans toute institution financière, le président est élu par les actionnaires. Les décisions de la Banque sont le plus souvent prises par consensus : je ne vois donc pas de problème. Les actionnaires régionaux et non régionaux devraient avoir des objectifs communs : bâtir des infrastructures, accélérer le développement économique et lutter contre la pauvreté.

La BAD a la réputation d’être très lente entre le dépôt des dossiers et le décaissement. Comment accélérer les procédures afin d’éviter que d’autres institutions (Chine, Turquie, Brésil, etc.) ne viennent la concurrencer ?

Fort de ses succès en Éthiopie, le ministre des Finances depuis 1995, Sufian Ahmed, souhaite donner aux bureaux régionaux de la BAD des pouvoirs accrus et les responsabiliser davantage. 

Quelle serait la première mesure que vous prendriez, si vous étiez nommé président de la BAD ?

Je commencerais par évaluer l’efficacité des bureaux régionaux de la Banque. Ces bureaux ont été établis pour accélérer la mise en oeuvre des stratégies de chaque État membres. Malheureusement, certains de ces bureaux manquent de pouvoirs ou ne possèdent pas suffisamment de personnel et sont donc peu efficaces. 

Quelle est la meilleure raison de voter pour vous ?

Je pense que mon expérience sera bénéfique à la Banque. Les faits parlent d’eux-mêmes : j’ai occupé le poste de ministre des Finances en Éthiopie pendant près de vingt ans. Au cours de cette période, l’Éthiopie s’est métamorphosée. Jadis associé à la famine et la pauvreté, le pays fait aujourd’hui partie des économies d’Afrique qui connaissent la plus forte croissance. Je compte faire profiter la BAD de cette expérience du développement. L’Afrique a besoin d’une croissance économique durable et inclusive, d’investissements dans les infrastructures et dans la modernisation de l’agriculture, du développement social. Je peux beaucoup apporter à la Banque dans ces domaines.

De plus, je connais bien la BAD et j’ai eu l’occasion de travailler avec toutes les institutions financières multilatérales au cours des vingt dernières années.

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Written by African Banker

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