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Société

Société : InnoFaso, au-delà de l’urgence

En quatre ans, InnoFaso, filiale du groupe français Nutriset a permis de soigner près de 400 000 cas de malnutrition aiguë sévère. Cette entreprise destinée à répondre à l’urgence, pourrait bientôt devenir une base de développement dans l’agrobusiness.

Par Rodrigue Arnaud Tagnan

Au technopôle de la fondation 2iE, l’usine InnoFaso tourne à plein régime depuis bientôt cinq ans. Pour tout accès aux locaux, on est soumis à un protocole d’hygiène strict, afin d’« éliminer les infections et les contaminations qui proviennent de l’extérieur », commente, souriant, Omar Coulibaly, le jeune patron de l’entreprise.

Les Plumpy’Nut fabriqués localement par InnoFaso ont permis de réduire considérablement le taux de malnutrition au Burkina Faso. Sur les cinq dernières années, la malnutrition aiguë est passée de 11 % (des enfants de moins de cinq ans) en 2012 à 8,6 % en 2017. Tandis que la forme aiguë sévère a chuté de 2,4 % en 2012 à 2 % en 2017.

Dans la salle de stockage, des ouvriers s’activent pour décharger les cartons de sucre, les palettes d’arachide, les cartons de lait en poudre et les bidons d’huile de palme qui serviront à la fabrication du Plumpy’Nut et du Plumpy’Sup.

Le Plumpy’Nut est un aliment thérapeu­tique que l’Unicef utilise pour soigner les cas de malnutrition aiguë sévère, qui touche 8,6 % des enfants au Burkina Faso. Tandis que le Plumpy’Sup est un supplément nutri­tionnel pour la prise en charge de la malnu­trition aiguë modérée.

Créée en 2012, InnoFaso, filiale burki­nabè du groupe Nutriset, produit localement ces deux aliments nutritionnels en sachet de 92 grammes suivant les mêmes standards que l’entreprise française. Au Burkina Faso, les Plumpy sont utilisés dans les programmes de lutte contre la malnutrition par le ministère de la Santé et ses partenaires tels que l’Unicef et Action contre la faim.

« En dehors du Niger et de la Guinée, aucun pays de la sous-région ne dispose d’une compagnie nationale capable d’approvisionner directement les acteurs humanitaires que nous sommes. C’est donc une chance pour nous d’avoir ces aliments sur place », se réjouit Anne Vincent, représen­tante résidente de l’Unicef au Burkina Faso, principal partenaire d’InnoFaso.

Accroître la production

À l’usine, le prix moyen d’un carton de Plumpy’Nut, qui compte 150 sachets de 92 grammes, est de 50 euros. Le Plumpy’Sup coûte 48 euros. Depuis le démarrage de ses acti­vités en 2013, InnoFaso a produit plus de 4 800 tonnes d’aliments thérapeutiques.

L’entreprise agroalimentaire a ainsi permis à l’Unicef de soigner au moins 400 000 enfants atteints de malnutrition aiguë sévère. Compte tenu de ce succès au niveau national, Omar Coulibaly pense augmenter les capacités de production de l’usine dans les années à venir pour satisfaire la demande.

En 2017, alors que 188 000 enfants souf­fraient de malnutrition aiguë, la produc­tion locale de Plumpy’Nut avait permis de prendre en charge seulement 95 000 cas. « Ce n’est pas négligeable pour nous. Mais on pour­rait améliorer la production pour répondre aux besoins », affirme-t-il. L’entreprise burkinabè prévoit donc dans son plan de développe­ment 2017-2022 la délocalisation de l’usine sur un site beaucoup plus grand, en banlieue sud de Ouagadougou.

Offrir des débouchés aux agriculteurs

Selon Omar Coulibaly, ce projet qui devrait voir le jour en 2019 permettrait de substituer la production locale à l’impor­tation. Et faire d’InnoFaso un moteur du développement de la filière agroalimentaire burkinabè.

Au-delà de la lutte contre la malnutrition, InnoFaso veut surtout contribuer à l’essor de l’agriculture burkinabè en offrant des débou­chés aux producteurs agricoles locaux. Pour l’instant, seul le sucre, fourni par la Nouvelle société sucrière de la Comoé à 400 kilo­mètres de Ouagadougou, est produit loca­lement. « Nous sommes contraints d’importer la plupart des matières premières, parce que les spécifications ne sont pas disponibles sur place », argumente le jeune patron de 33 ans.

Selon lui, l’exemple de l’arachide, matière première de base des Plumpy’Nut, est assez illustratif des contraintes qui pèsent sur son entreprise : « Il est vrai qu’au Burkina Faso, on cultive beaucoup l’arachide. Mais à cause des spécifications requises, notre arachide ne peut pas servir directement à la fabrication des Plumpy dans la mesure où elle contient certaines toxines. » De fait, l’utilisation de l’arachide produite localement nécessite le passage par une unité industrielle de torré­faction et de conditionnement.

En attendant de franchir ce cap impor­tant, InnoFaso peut toujours compter sur le plein soutien de l’Unicef au niveau local pour faire prospérer ses affaires.

ENCADRE

Plumpy’Nut, un succès contre la malnutrition

Les Plumpy’Nut fabriqués localement par InnoFaso ont permis de réduire considérablement le taux de malnutrition au Burkina Faso. Sur les cinq dernières années, la malnutrition aiguë est passée de 11 % (des enfants de moins de cinq ans) en 2012 à 8,6 % en 2017. Tandis que la forme aiguë sévère a chuté de 2,4 % en 2012 à 2 % en 2017. La malnutrition chronique qui a négativement impacté le PIB en 2016 (7,7 %, selon les spécialistes) est passée de 33 % en 2012 à 21% en 2017.

Depuis 2017, le gouvernement dispose aussi d’une ligne budgétaire pour la nutrition des enfants jusqu’à cinq ans. Les fonds alloués servent essentiellement à l’achat de ces aliments enrichis.

Alors qu’en 2017, l’État avait acheté 32 000 cartons de Plumpy’Nut, il prévoit cette année d’acheter 48 000 cartons qui permettront de couvrir un quart des besoins annuels du pays.

Un progrès, certes, mais les risques d’insécurité alimentaire pourraient encore représenter un demi-million de cas de malnutrition aiguë, dont 187 000 cas sévères.

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Written by African Business

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