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African Business

Quels seront les grands ports d’Afrique dans cinquante ans ?

L’Afrique compte encore peu dans le commerce mondial : un peu plus de 3 % des exportations et un peu moins de 3 % des importations. Autant dire que ses ports sont peu importants au regard des grands ports mondiaux dont le trafic se compte non en dizaines, mais en centaines de millions de tonnes annuelles.

Par Christian d’Alayer

Pourtant les ports africains progressent très vite et aujourd’hui, certains ports à conteneurs égyptiens et sud-africains rivalisent avec les ports occidentaux secondaires. Qui plus est, l’Afrique ne comptait aucun port au trafic supérieur à 10 millions de tonnes il y a seulement 25 ans. Aujourd’hui, il en existe près d’une vingtaine…

Deux éléments jouent ici :

Le premier est évidemment l’accélération de la croissance africaine depuis quinze ans, depuis en fait l’inversion durable des termes de l’échange.

La concurrence viendra surtout des ports de l’Est au fur et à mesure que les pénétrantes routières seront achevées. Pour l’instant, les ports sud-africains enregistrent encore le plus d’importations en provenance d’Asie

Le second est aussi comptable, il tient au fait que le continent exporte principalement des produits de base. Alors qu’une grande partie du commerce mondial est faite d’importations réexportées après traitement.

Ainsi la Côte d’Ivoire exporte-t-elle des noix de cajou fraîches au… Brésil qui les traite et les conditionne avant de les réexporter en Europe. La Banque mondiale a commencé à calculer les effets statistiques de ces réexportations qui pèsent terriblement sur la petite part du continent africain.

Demain davantage qu’aujourd’hui, l’Afrique transformera elle-même ses matières premières. Ainsi l’Afrique du Sud a-t-elle fait du Mozambique, très peu riche en bauxite, le premier fabricant africain d’alumine à partir de bauxite importée d’Australie.

Tandis que la Guinée, pays qui dispose des plus grandes réserves mondiales de ce minerai ne produit que du minerai basique. On voit toutefois que, dans le bois par exemple, les grumes sont de plus en plus rares à l’exportation, au profit des sciages ; et même du contre-plaqué au Gabon (l’okoumé).

En 1980, l’affaire des « diamants de Giscard » du temps de feu Jean Bedel Bokassa, avait montré, autre exemple, que la taille de ces diamants était faisable en Centrafrique ! Et pour les historiens, je rappelle, que les Portugais des XVIe et XVIIe siècles firent construire leurs Caravelles au… Nigeria.

Je suis donc très optimiste sur le fait qu’un jour prochain, la Côte d’Ivoire exportera non plus des cosses de cacao, mais au moins les premiers produits de transformation : poudre et beurre de cacao notamment, qui tout comme les noix de cajou font la joie des statisticiens internationaux.

La part de l’Afrique dans le commerce international ne pourra que monter simplement en raison de la baisse de celle des pays transformateurs, CQFD !

L’importance des ports du Maghreb

On peut donc regarder à présent les données du futur en matière de commerce africain. Le tableau 1 nous indique quels sont les grands ports à conteneurs du continent : la part du conteneur ne cesse de monter dans le transport maritime, dépassant probablement aujourd’hui les 60 %.

Dans un demi-siècle, ce sera impérial, et pour l’instant, certains ports ont pris un avantage dans leur concurrence avec leurs voisins.

Par exemple, on note que Djibouti et Dar es Salam sont largement conteneurisés par rapport à Mombasa. Mais le port kényan a l’avantage de pouvoir plus aisément desservir les pays voisins que ses concurrents. Il lui suffira d’investir un peu plus pour se mettre à niveau…

Voyons donc le deuxième tableau qui indique qui concurrence qui par sous-région. En matière de ports internationaux, l’Égypte domine très largement, au Nord. Mais l’histoire récente la sépare du reste de l’Afrique : elle reste plus moyen-orientale qu’africaine et ce sont les ports maghrébins qui peuvent éventuellement jouer un rôle interafricain.

Pour voir ce qu’il en est, examinons le graphique 5, concernant la destination des exportations africaines : pour l’instant, c’est encore l’Europe qui domine et, de ce fait, les ports maghrébins (surtout marocains) restent importants.

Mais voyons aussi les graphiques 3 et 4 pour constater que la part du Sud dans le commerce mondial est en constante augmentation : aujourd’hui, près de la moitié des marchandises échangées dans le monde concerne les pays du Sud contre moins de 40 % il y a quelques années !

La part de l’Europe ira en diminution constante, ce qui retire aux ports méditerranéens beaucoup de leur importance future. D’ailleurs, si vous additionnez les exportations « sudistes » de l’Afrique, vous voyez que, là aussi, le Sud est prépondérant, plus encore qu’au niveau mondial, puisqu’on dépasse largement les 50 %.

Dans les décennies à venir, l’Est de l’Afrique l’emportera donc sur l’Ouest. Déjà, les Égyptiens envisagent de doubler leur canal (après l’avoir agrandi) pour pouvoir faire venir les navires asiatiques en Europe via la Méditerranée.

Tandis que Djibouti et Dar es Salam se battent pour accueillir prioritairement ces mêmes navires chez eux. On a vu que les capacités de transit de Mombasa sont pour l’instant supérieures à celles de ses concurrents et j’ai du mal à imaginer le port kényan perdre cette bataille du futur même si, du fait de la puissance économique de l’Éthiopie, Djibouti le devance actuellement en importance.

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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