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Sénégal: Le choix du TER

Présenté comme « le plus grand projet du Sénégal indépendant », le Train express régional Dakar – Aéroport international Blaise-Diagne, pourrait, dès janvier 2019, révolutionner le transport urbain à Dakar.

Par Seydou Ka

Le président Macky Sall a lancé, le 14 décembre 2016, les travaux du TER (Train express régional). Près de 10 000 personnes seront sur le chantier pendant les phases travaux et exploitation. Dès janvier 2019, 15 trains d’une capacité de transport de 115 000 passagers par jour, desserviront la ligne, à raison d’un départ toutes les 15 minutes.

« En utilisant les technologies les plus avancées, le TER va révolutionner le système de transport public de masse de notre pays en alliant le confort, la sécurité et la ponctualité », a promis le Président lors de son message du nouvel An.

En desservant 14 gares depuis Dakar jusqu’à l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), en passant par toute la proche banlieue, Rufisque et le pôle urbain de Diamniadio, le TER va, assurément, soulager le quotidien des Dakarois.

Pour l’économiste Abdou Aziz Ndiaye, spécialiste des transports, le TER est un « choix pertinent et une alternative fiable à l’offre de transports collectifs inadaptée à Dakar ».

En effet, à l’instar des autres capitales africaines, Dakar est confrontée à de sérieux problèmes de mobilité. La capitale sénégalaise concentre 50 % de la population urbaine du Sénégal et 72 % du parc automobile immatriculé.

 Une épine dorsale

Conçu sur le modèle du RER B en France, le TER de Dakar sera un train électrique bimo-dal qui fonctionnera à l’électricité et au diesel – pour parer aux coupures d’électricité – sur des rails à écartement standard.

Pour les autorités, il est le premier maillon d’une chaîne de transport beaucoup plus large, qui sera liée à d’autres maillons. « Le TER sera une épine dorsale, grâce aux bus qui viendront desservir les gares. Désormais, il sera possible de rallier Dakar à sa banlieue en 20 minutes et Dakar à l’AIBD en 35 minutes », explique Mountaga Sy, directeur général de l’Agence chargée de la promotion de l’investissement et des grands travaux de l’État (APIX), maître d’oeuvre du projet.

En effet, le TER desservira les gares routières des Beaux- Maraichers (cars interurbains) et Colobane (bus urbains) et de nombres points potentiels de correspondance avec les lignes de bus Dakar Dem Dikk, les minibus AFTU, et les célèbres cars rapides.

Avec une fourchette de tarifs comprise entre 350 et 500 F.CFA (0,53 et 0,76 euro), le TER pourrait bien devenir le moyen privilégié de transport entre Dakar et sa banlieue.

Un plan de circulation à revoir

Le TER sera « un train national », dans lequel tous les Sénégalais trouveront leur compte, qu’ils soient riches ou pauvres, promet la SNCF, avec qui l’État du Sénégal a signé un protocole d’accord en vue de l’exploitation du TER. Dans cette perspective, une maison TER, destinée à familiariser les Sénégalais avec la future infrastructure, a été érigée non loin de l’ancienne gare de Dakar.

« Nous souhaitons nous rapprocher de ce qui se fait en France », annonce Stéphane Volant, secrétaire général de la SNCF. Il prévoit un système de tickettage électronique multimodal : un ticket suffira au passager pour rallier toute destination desservie par le train.

Au-delà de ce projet, Abdou Aziz Ndiaye considère qu’il faut revoir le plan de circulation à Dakar : « Il devrait exister des bus (de préférence appartenant à la société qui gère le TER) qui partiraient de la gare de Dakar et y convergeraient régulièrement pour faire face aux importants flux de passagers. Pour faciliter ce trafic important, l’accès du centre-ville devrait être limité pour les véhicules particuliers, des rues réservées aux bus du TER et des zones piétonnes aménagées».

De coûteuses nuisances évitées

Selon le ministère des Transports, le TER sera complété par un autre projet de transport de masse, les Bus rapides sur voies réservées qui desserviront la région de Dakar du nord au sud, en reliant le centre-ville à la banlieue en 45 minutes, au lieu de 90 minutes actuellement.

Concernant le coût du TER, le gouvernement table sur 568 milliards de F.CFA (866 millions d’euros), rien que pour la première phase Dakar-Diamniadio (36 km), dont 110 milliards de F.CFA pour l’État et 458 milliards pour les partenaires techniques et financiers.

Mais si on additionne tous les lots et le dédommagement des personnes affectées par le projet (PAP), le chiffre pourrait avoisiner un milliard d’euros (656 milliards de FCFA), d’après les estimations les plus réalistes. Pour Mountaga Sy, la rentabilité financière du projet ne fait aucun doute.

Une rentabilité qu’il estime entre 18 % et 19 %, sans compter l’impact social et économique. Selon le gouvernement, le TER lui permettra d’économiser 74 milliards de F.CFA (113 millions d’euros) par an, quand l’on sait que les externalités négatives induites par l’absence de transport de masse entraînent une perte de plus de 100 milliards de F.CFA par an pour l’économie sénégalaise, d’après les estimations de la Banque mondiale.

En effet, le gouvernement sénégalais met en perspective les 26 milliards de F.CFA (près de 40 millions d’euros) qu’il va décaisser par an, pendant 25 ans, afin de rembourser les 458 milliards de FCFA empruntés auprès de partenaires comme la BAD ou la BID (Banque islamique de développement), et les 100 milliards de F.CFA de pertes pour l’économie.

Le jackpot pour les entreprises françaises

Pourtant, ce raisonnement est loin de convaincre tout le monde. « Le TER ne sera certainement pas rentable dans le court terme, même si l’incertitude sur la rentabilité financière n’enlève rien à la pertinence du projet, qui est une suite logique de l’AIBD », explique Abdou Aziz Ndiaye.

L’amélioration de la mobilité urbaine générée par le TER sera aussi « synonyme de gains de temps, donc d’argent ». L’attribution des marchés du TER, presque tous remportés par des entreprises françaises (ENGIE, Thales) là où d’autres concurrents étaient « moins disants », fait aussi débat.

Pour l’opposition, Macky Sall a été « appelé » en France, sous le prétexte d’une visite d’État, pour la validation du contrat de fourniture du matériel roulant (15 trains de type Coradia) attribué à Alstom pour un montant de 225 millions d’euros (147,6 milliards de F.CFA). « Le TER n’est pas un projet du Sénégal, mais un projet de la France réalisé au Sénégal pour sauver une de ses industries phares en l’occurrence Alstom », soutient le Front patriotique pour la défense de la République (FPDR), une coalition regroupant plusieurs partis de l’opposition.

« C’est vrai que la majorité des entreprises qui ont gagné les marchés sont françaises, mais la France est aussi le seul pays, en dehors des banques de développement (BAD, BID), qui a accompagné le Sénégal dans ce projet pour un concours financier de 200 millions d’euros », justifie Macky Sall.

Pour chacun des marchés, l’appel d’offres a impliqué 65 entreprises constituées de l’ensemble des majors du ferroviaire mondial, issues de 19 nationalités, dont dix entreprises sénégalaises en cotraitance, complète Mountaga Sy, qui évoque des « groupements intelligents et cohérents ». Du côté de la SNCF, on parle d’« une bataille à la loyale» à l’issue de laquelle « les meilleurs » ont gagné.

 

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Written by African Business

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