Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Art et Culture

Sansy Kaba Diakité : « Le livre permet de cicatriser »

L’Unesco vient de le reconnaître comme un acteur majeur sur la scène culturelle internationale. Et Sansy Kaba Diakité a encore plein de projets pour l’avenir. Portrait.

Par Guillaume Weill-Raynal

C’était au départ un rêve un peu fou, comme tous ceux qui finissent, un jour, par transformer le monde. Tout commence à la fin des années 1990, lorsqu’après des études de sciences économiques à Conakry, Sansy Kaba Diakité part en France pour y suivre une formation complémentaire en gestion.

Il est frappé de l’effervescence événementielle qui y règne : « Salons du livre, salons de l’emploi, etc., des événements couvrant la France, qui permettaient au monde entier de venir en France. Je me suis posé la question, pourquoi pas en Guinée ? »

Sansy Kaba Diakité. Commissaire général de Conakry capitale mondiale du livre. Le livre permet de cicatriser

De retour au pays, il lance une maison d’édition à Conakry. Et puis, le déclic : y organiser un Salon du livre ! Pourquoi le livre ? D’abord, pour lier l’image de la capitale guinéenne à une manifestation spécifique, « comme Bamako pour la photo, Ouagadougou pour le cinéma, Dakar pour l’art contemporain, Brazzaville pour la musique, Abidjan pour le rire, Niamey pour la mode… ».

Le livre s’imposait d’évidence comme référence culturelle de la Guinée : « Nous sommes quand même le pays de Laye Camara, le pays de Tierno Monénembo, de Djibril Tamsir Niane, d’Alioum Fantouré… et d’autres jeunes écrivains aujourd’hui… » Une évidence néanmoins paradoxale dans la mesure où aujourd’hui, en Guinée, « le livre n’est pas sexy » : peu de bibliothèques et de librairies, et la population trop souvent engagée dans une stratégie de survie écono­mique pour se préoccuper de littérature.

« Je me suis dit, justement, il faut rendre le livre sexy à Conakry ! Le livre, c’est une ouverture, la Guinée va s’ouvrir au monde, se reconstruire, se réconcilier avec elle-même. »

Un pari fou, peut-être, mais à l’image de l’essence et de la vocation du livre lui-même : imaginer, se rêver pour devenir autre. Ne dit-on pas de certains livres qu’ils ont le pou­voir de changer le monde en bouleversant des destinées individuelles et même collec­tives ?

 Une place forte de la littérature

Les 72 heures du livre de Conakry sont nées en 2008. L’événement s’est étoffé au fil des ans, et l’édition 2017 constitue une étape importante : Conakry a été désignée par l’Unesco comme capitale mondiale des livres pour les 12 prochains mois.

Une dis­tinction âprement disputée par nombre de villes dans le monde. La ville de Wroclaw en Pologne avait été le précédent lauréat, et en avril 2018, Conakry passera le flambeau à Athènes.

Sansy Kaba Diakité nourrissait ce projet depuis le premier jour, mais a voulu se donner du temps «pour la maturation », dit-il, et n’a déposé le dossier qu’après avoir acquis la certitude que le niveau de qua­lité atteint par les 72 heures permettrait de l’emporter.

«En quelques années d’édi­tion, Conakry est devenue une place forte de la littérature. » Mais ce beau succès n’est qu’une étape. « L’objectif final, c’est de faire de Conakry dans 20 ans la plateforme du livre en Afrique».

La foi chevillée au corps, le fonda­teur des 72 heures voit au-delà d’une simple manifestation, fût-elle prestigieuse, et ambi­tionne de voir se développer une véritable politique du livre dont le titre de capitale mondiale du livre peut constituer un trem­plin.

Car la présidence de la République, le ministère de la Culture et la municipalité de Conakry accordent désormais tout leur soutien à l’entreprise qu’un décret vient de reconnaître d’utilité publique.

Sansy Kaba Diakité souhaite une mobi­lisation au plan national. Le livre n’est pas seulement un bien de consommation de luxe réservé à une élite.

Le label accordé par l’Unesco devrait permettre de promouvoir de larges programmes de développement d’infrastructures – bibliothèques, centres de lecture, médiathèques – et de rapprocher les communautés en mettant à contribution l’ensemble des réseaux du livre.

La Guinée compte aujourd’hui huit maisons d’édition et près de 500 écrivains – dont certains pres­tigieux comme Tierno Monénembo, prix Renaudot 2008, ou Laye Camara que Sansy Kaba Diakité considère comme « le précur­seur de la littérature africaine ».

Les libraires et même les bouquinistes sont aussi invités à se joindre au mouvement. La distribution de plusieurs prix littéraires est envisagée, pour faire que Conakry soit, dans 20 ans, « le centre littéraire des grands prix en Afrique ».

La route est encore longue, il le sait. Aujourd’hui, le livre ne fait pas encore partie des habitudes des Guinéens. « C’est une mala­die qu’il faut guérir. » Avant tout en associant la jeunesse au combat pour l’alphabétisation.

« Le livre permet de cicatriser, le livre permet de soigner, le livre c’est l’avenir de la Guinée. Parce que c’est dans le livre qu’on a de l’espoir, c’est dans le livre qu’on peut s’épanouir, c’est dans le livre qu’on est libre. C’est dans le livre qu’on peut s’éduquer. L’éducation est la clé de tout ! » Ouvrir un livre pour s’ouvrir ou monde.  Et tourner enfin la page, pour réen­chanter – et réinventer – l’avenir.

Related Posts

Recevez nos Newsletter

Si vous souhaitez recevoir par mail une information pertinente, crédible et incontournable, inscrivez-vous à notre newsletter.

Aidez-nous à améliorer notre contenu