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Politique

RD Congo : Enfin des élections ?

Après des mois d’atermoiements, la RD Congo semble enfin se diriger vers l’élection présidentielle fixée au 23 décembre 2018. Reste à apprécier l’attitude de Joseph Kabila, de ses partisans et de ses opposants.

Par J.J. Arthur Malu-Malu

Pour la première fois de son histoire (et 58 ans après son accession à l’indépendance), la RD Congo pourrait procéder à une passation pacifique de pouvoir entre un Président sortant et un Président entrant, élu à la régulière.

La Constitution n’autorise pas le président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001 et hors mandat depuis décembre 2016, à se représenter. Mais cet homme à la fois secret et rusé, qui a usé d’artifices pour retarder le scrutin initialement prévu en 2016, ne semble pas disposé à lâcher prise. Malgré tout, il paraît peu probable que les règles du jeu soient modifiées pour lui permettre de rempiler.

Rien ne permet de croire que cette fois-ci, tous les obstacles à la tenue des élections ont été levés, malgré les pressions exercées sur Kinshasa. Le pouvoir pourrait prétexter que la RD Congo n’a pas suffisamment d’argent pour organiser le scrutin.

Le calendrier publié par la CENI (Commission électorale nationale indépendante) prévoit le dépôt des candidatures à partir du 25 juillet 2018. Le temps joue contre Joseph Kabila qui a su jusqu’ici dicter son tempo à l’opposition.

L’Assemblée nationale se réunit en session ordinaire deux fois par an, du 15 mars au 15 juin et du 15 septembre au 15 décembre. Une révision constitutionnelle n’est pas à l’ordre du jour et rien n’indique qu’elle pourrait survenir d’ici à la fin des travaux. Même si, au besoin, l’institution peut être convoquée en session extraordinaire, au fil des jours, l’espoir de ceux qui attendent impatiemment une « alternance civilisée » à la tête de l’État se raffermit.

La majorité présidentielle, regroupement de partis et d’organisations qui soutiennent le président Joseph Kabila, lui obéit au doigt et à l’oeil. Ces formations n’ont pas un socle idéologique commun. Ce rassemblement semble plus une agrégation de calculs ponctuels, voire opportunistes, qu’une congrégation de partis portant des valeurs communes. Reste que cette coalition composite, qui compte en son sein des structures aux intérêts divergents, risque de voler en éclats lorsqu’il sera question de désigner la personne qui défendra ses couleurs à l’élection présidentielle.

S’ils se montrent fidèles à Joseph Kabila, les membres de la majorité présidentielle ont tendance à monnayer leur loyauté. Les murs de cette alliance risquent de se lézarder lors de la désignation du dauphin de Joseph Kabila.

Alliances et mésalliances

En petit comité, des voix s’élèvent pour dénoncer l’instrumentalisation de cette coalition, qui passe pour une rampe de lancement des candidatures du PPRD, le parti du président. Les « petites » formations, qui gravitent autour de cette machine à cash, ne semblent pas disposées à jouer les faire-valoir. Des aspirations légitimes attendent le top départ pour s’étaler sur la place publique.

Le choc inévitable des ego et des ambitions risque de se révéler fatal, le moment venu. Les batailles qui s’annoncent risquent d’affaiblir cette coalition qui sera désertée par ses membres soucieux de voler de leurs propres ailes, dans une arène politique qui comptait plus de 700 partis en novembre 2017 (sans doute un record mondial). La RD Congo a une vieille tradition de transhumance politique : les alliances se font et se défont à l’approche des élections.

Côté opposition, l’heure est à la redistribution de cartes. Moïse Katumbi, le chouchou d’une frange de l’opinion publique, a détenu la nationalité italienne entre 2000 et 2017. Tout Congolais qui acquiert une nationalité étrangère perd automatiquement sa nationalité congolaise.

Il peut toutefois la récupérer, en suivant une procédure sanctionnée par une décision du ministre de la Justice, appelé à se prononcer, en dernier ressort, sur les sollicitations du requérant. Or Moïse Katumbi, qui vit en exil en Europe, est dans la ligne de mire du PPRD. Le recouvrement de la nationalité congolais pourrait, pour lui, prendre les allures des douze travaux d’Hercule.

Un lourd processus électoral

L’ancien gouverneur de la province du Katanga, ex-dirigeant influent du PPRD, est entré en dissidence, avant d’annoncer son intention de briguer la fonction suprême. De gros nuages s’accumulent sur la candidature de ce riche homme d’affaires qui est déjà sous le coup d’une condamnation dans une affaire immobilière.

Félix Tshisekedi, fils de l’opposant historique Étienne Tshisekedi (décédé en février 2017 en Belgique), lorgne également le fauteuil présidentiel. Ce quinqua élu récemment à la tête de l’UDPS, l’un des poids lourds de l’opposition, ne fait pas mystère de son intention de se lancer dans la course, même si, par miracle, Moïse Katumbi réussissait à passer entre les gouttes pour se porter candidat.

Malgré ce léger vent d’optimisme qui souffle sur le ciel congolais, la prudence s’impose : rien n’indique que les délais seront tenus. Joseph Kabila, qui n’a pas encore épuisé toutes ses cartes, est capable de faire miroiter la mise en place d’un nouveau gouvernement à une opposition discréditée, divisée, sans stratégie et connue pour son inclination pour des postes ministériels.

L’indépendance de la CENI est sujette à caution. Elle a commandé, pour 150 millions de dollars, des « machines à voter » qui suscitent méfiance et suspicion. La tension née de cette affaire pourrait générer une autre poussée de violences. La surenchère politique autour de ces appareils de fabrication sud-coréenne risque de réveiller les vieux démons et de créer des troubles dans une partie du pays.

Les Nations unies, qui y ont déployé leur plus grande mission dans le monde (en termes d’effectifs), suivent de près l’évolution de ce poussif processus électoral. Et n’hésitent pas à dénoncer les dysfonctionnements qui le caractérisent. La mission onusienne apporte un appui logistique à la CENI : en 2006 et en 2011, ses hélicoptères ont distribué le matériel électoral dans le plus vaste pays d’Afrique subsaharienne où des villages reculés sont difficiles d’accès.

Les relations entre l’ONU et Kinshasa sont en dents de scie. Les autorités congolaises appellent à une réduction progressive des personnels onusiens. En vain. Kinshasa, qui développe un discours aux accents nationalistes, pourrait se servir de cet affront pour décliner l’aide logistique de l’ONU, ouvrir un autre front contre « la communauté internationale » et retarder certaines opérations électorales, au nom du refus de toute « ingérence extérieure ».

Le pays se dit prêt à se passer des fonds de ses partenaires étrangers qui ont partiellement financé l’organisation de ses élections dans le passé. Joseph Kabila pourrait toutefois prétexter que la RD Congo n’a pas suffisamment d’argent pour tenir ces élections qui coûteraient globalement plus d’un milliard de dollars et persister dans le rejet de tout financement extérieur, en invoquant « une question de souveraineté ».

La RD Congo n’est pas particulièrement respectueuse de ses engagements. Rien ne permet de croire que cette fois-ci, tous les obstacles à la tenue des élections ont été levés, malgré les pressions exercées discrètement sur Kinshasa. De quels leviers dispose « la communauté internationale » pour pousser ce pays à faire aboutir son processus électoral ? La réponse n’est pas évidente. 

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