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Politique

RD C : Noël Tshiani, candidat à la présidentielle

L’ancien banquier Noël Tshiani s’est lancé, durant l’été 2016, à la course à la présidence de la RD Congo. Son programme repose sur un « plan Marshall » destiné à améliorer l’attractivité du pays et sa gouvernance.

Propos recueillis par J.J Arthur Malu-Malu

Quelles sont les caractéristiques de votre plan ?

Le « plan Marshall » pour la reconstruction de la RD Congo que j’ai conçu est une vision de développement à mettre en oeuvre sur une période de quinze ans ; il nécessitera une mobilisation de 800 milliards de dollars. Lesquels seront consacrés à des programmes sectoriels concernant l’éducation, la santé et les infrastructures nécessaires à la création d’un environnement propice à l’expansion du secteur privé et à l’industrialisation accélérée de la RD Congo. Le pays ne peut assurer son décollage économique que si les grands centres urbains sont reliés par un réseau routier et autoroutier moderne. La construction de ports et d’aéroports permettra de créer les conditions pour que la RD Congo produise davantage et que cette production serve à l’amélioration du niveau de vie de la population.

Comment le plan sera-t-il financé ?

Pour l’essentiel, par les fonds récupérés par l’État en combattant la corruption. Nous mobiliserons des ressources internes en exploitant à bon escient nos richesses naturelles. Dans nos calculs, 680 milliards de dollars proviendront des fonds propres, 35 milliards seront apportés par les bailleurs bilatéraux et multilatéraux et le reliquat pourrait être mobilisé auprès des investisseurs directs étrangers.

La création d’un environnement propice aux affaires fera-t-elle renflouer les caisses de l’État du jour au lendemain ?

Nous pouvons agir directement dans certains domaines, notamment la lutte contre la corruption. Des fonds importants alimentent des comptes en banque de privés, au lieu d’entrer dans les caisses de l’État. En 2013, l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki avait conduit une mission d’experts africains au Congo. Lesquels avaient déclaré que 85 % des revenus générés par les ressources naturelles échappaient aux caisses de l’État. Si nous sommes sérieux dans la lutte contre la corruption et poussons les débiteurs à rembourser l’argent qu’ils doivent à l’État, les effets seront immédiats ! J’en veux pour preuve les déclarations de Luzolo Bambi lui-même : le conseiller spécial du président de la République a déclaré que chaque année le Congo perd entre 10 et 15 milliards $ en raison de la fraude fiscale et de détournements de fonds publics.

Le budget congolais est faible, autour de 7 milliards de dollars. N’êtes-vous pas trop optimiste ?

Le budget est faible, parce que ceux qui doivent de l’argent à l’État ne paient pas ! Nous devons prêcher par l’exemple à partir du sommet de l’État, en instaurant un système de bonne gouvernance. Lorsqu’on dit que 85 % des revenus des ressources naturelles échappent au Trésor public, cela signifie que le budget ne reflète que les 15 % qui sont effectivement encaissés. Si nous sommes sérieux pour recouvrer ce qui échappe aux caisses de l’État, nous pourrons augmenter le budget de façon exponentielle.

Comment envisagez-vous de rembourser les bailleurs extérieurs ?

Après l’amélioration de l’environnement des affaires et la reprise de l’activité économique, il y aura une contribution accrue au budget de l’État. Le budget pourrait ainsi passer de 7 à 72 milliards $ au bout de quatre ans.

Cela sera suffisant pour rembourser les emprunts contractés dans le cadre de ce plan. Si nous arrivons à dégager des ressources internes, nous n’aurons quasiment pas de dettes à rembourser.

Si le plan est mis en oeuvre, qu’est-ce qui changera radicalement à terme ?

Nous mettrons en place des institutions solides et fonctionnelles, un État de droit qui garantisse à tous les Congolais la possibilité de vaquer à leurs activités. Les conditions seront réunies pour créer des emplois et ainsi lutter efficacement contre le chômage.

Les investissements du secteur privé contribueront à créer des emplois en abondance. Au bout de cinq ans, la qualité de vie des Congolais aura notablement changé.

Comment avez-vous procédé pour concevoir ce plan ?

J’ai effectué plusieurs missions sur le terrain. Je suis allé à Kinshasa et dans presque toutes les provinces du pays. J’ai rencontré toutes les couches sociales de la RD Congo pour collecter les informations qui m’ont permis d’élaborer ce plan. Je suis le concepteur, mais avant de le finaliser, j’en ai discuté avec mes compatriotes. J’ai tenu des conférences en Europe, en Amérique et en Afrique. Les critiques formulées à juste titre ont été prises en compte lors de la finalisation de ce plan. Le projet initial a été enrichi par les diverses contributions qui nous sont parvenues. Je l’ai également partagé avec des entreprises privées, en RD Congo, en Belgique, et en France.

ENCADRE

Noël Tshiani, un spécialiste du développement

Né à Ngandajika, dans le Kasaï Oriental, dans le centre de la RD Congo, Noël Tshiani est un fonctionnaire international de la Banque mondiale, qui a collectionné les diplômes de quelques prestigieuses universités en Belgique, en France et aux États-Unis.

L’homme, qui frise la soixantaine, vit à l’étranger depuis plus de 35 ans. Pour autant, il n’a pas coupé les ponts avec son pays natal où il se rend deux à trois fois par an. Ses séjours en RD Congo, le plus vaste pays d’Afrique subsaharienne, se prolongent systématiquement jusque dans des localités reculées où il s’imprègne des dures réalités des communautés rurales.

Noël Tshiani est l’un des concepteurs du franc congolais, fruit de la réforme monétaire lancée en République démocratique du Congo en 1998, après la chute du maréchal Mobutu. Il a coprésidé la commission chargée de la préparation de cette réforme.

Pour le compte de la Banque mondiale, ce docteur en Économie a « couvert » 85 pays, en Afrique, en Europe, en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes. Il a également élaboré des programmes de développement pour plusieurs États, notamment le Sénégal et le Cap-Vert. Il a vu plusieurs pays prendre leur envol économique après avoir amélioré leur « gouvernance » et entend utiliser les mêmes recettes en RD Congo.

Son diagnostic est cinglant : la RD Congo souffre d’un manque de leadership qui freine son décollage. Mais qui serait le mieux placé pour apporter ce leadership qui fait cruellement défaut à ce géant aux pieds d’argile ? Convaincu qu’il est l’homme de la situation, Noël Tshiani a décidé de mettre son expertise au service de son pays. C’est ainsi qu’il s’est lancé dans l’arène politique en annonçant sa candidature à l’élection présidentielle prévue en décembre prochain.

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