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African Business

Rabat prépare un régional

Le Maroc multiplie les opérations pour tripler son interconnexion électrique avec l’Espagne, nouer un accord avec le Portugal. L’infrastructure d’un marché régional se met en place.

Le cap est tracé. Le Maroc compte installer 25 000 MW de puissance électrique d’ici à 2030. Un chiffre à comparer aux 500 MW dont disposent beaucoup de pays africains. De son côté, le Royaume se trouve à mi-chemin entre l’Europe et des pays afri­cains demandeurs.

Bientôt, plus de la moitié, exacte­ment 52 %, de cette puissance électrique marocaine sera d’origine renouvelable. La déclinaison est ainsi faite : 20 % d’ori­gine solaire, 20 % éolien et 12 % hydrau­lique. Une manière d’aiguillonner l’inté­rêt des multinationales vers ce marché doublement porteur, en rendement et en image. Une ambition exprimée par le roi Mohammed VI à la COP21 de Paris et qui trouvera tout l’écho nécessaire en novembre prochain à Marrakech, lors de la COP22.

Le ton est d’emblée donné à travers l’élargissement des prérogatives de l’Agence marocaine de l’énergie solaire ; la MASEN couvre tout le spectre des énergies renouvelables, notamment l’éo­lien. La centrale de Ouarzazate au sud marocain, sera le plus grand complexe solaire à concentration du monde avec une puissance de 510 MW, dont 160 MW produits par Noor I qui vient d’être inauguré.

L’interconnexion élec­trique avec l’Europe, l’Algérie et demain l’Afrique subsaha­rienne, témoigne de la straté­gie du Maroc, dont les infrastructures défrichent le terrain à un marché régio­nal d’échange de l’énergie à forte conno­tation environnementale. D’un point de vue stratégique, l’Union européenne a besoin de cette électricité propre pour répondre aux exigences d’une réglemen­tation de plus en plus pointilleuse sur les émissions de CO2.

Demain, l’interconnexion avec Nouadhibou

Quant à l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, elles ont besoin de ces interconnexions du futur pour répondre aux exigences économiques de l’électri­fication. L’Afrique représente 15 % de la population mondiale, pour seulement 3 % de la consommation électrique. L’investissement est quatre fois inférieur aux besoins.

L’Afrique représente 15 % de la population mondiale, pour seulement 3 % de la consommation électrique. L’investissement est quatre fois inférieur aux besoins.

Dans cette configuration, le ministre marocain de l’Énergie et des mines, Abdelkader Amara, est convaincu que le Maroc peut devenir une plateforme pour l’interconnexion électrique dans la région. Il en donne la preuve en annonçant que l’interconnexion entre Laayoune et Dakhla (sud marocain) sera opérationnelle dans un délai maximum de deux ans pour passer ensuite à l’étape Dakhla-Nouadhibou (nord-ouest de la Mauritanie). Après Nouadhibou, c’est l’Afrique subsaharienne qui s’ouvre ainsi à l’interconnexion marocaine. C’est ce qui explique le travail de lobbying du Maroc, en 2015, pour décrocher la plateforme euro-méditerranéenne de l’électricité qui balise le terrain à une intégration régionale, laquelle serait à même de garantir un approvisionnement sûr, durable et abordable à travers le renforcement des échanges d’électricité. Le secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée, le Marocain Fathallah Sijilmassi, poursuit un efficace travail de rapprochement des opinions dans ce sens. Aujourd’hui, outre l’ancienne interconnexion de 1 200 MW avec l’Algérie, le Maroc dispose de deux interconnexions avec l’Espagne de 1 400 MW. Pour convaincre un voisin ibérique hésitant face à l’opportunité d’une troisième liaison de 700 MW, il se tourne vers le Portugal avec lequel il scelle un mémorandum d’entente pour une liaison électrique de 1 000 MW. Ce qui du coup relance les négociations avec les Espagnols.

Un maillage savamment étudié

Pour mieux comprendre la stratégie énergétique du Maroc, basée sur la sécurité d’approvisionnement et la diversification des sources, il faut braquer les projecteurs sur son Plan gazier. L’on y retrouve ce même souci de maillage. Voici comment les choses doivent évoluer. À l’horizon 2030, le Maroc devra produire plus de 20 % de sa puissance électrique en utili- sant le gaz naturel liquéfié qui irriguera les centrales à cycle combiné. Il aura besoin de 5 milliards m3 de GNL à partir de 2020, alors que le pays ne consomme aujourd’hui que 1 milliard m3, importé d’Algérie via le gazoduc qui arrive jusqu’en Espagne. Pour ne plus dépendre presque tota-lement du gaz algérien, le Maroc a ouvert une deuxième porte d’entrée par le biais d’un terminal gazier dans le port de Jorf Lasfar, à 17 km d’El Jadida. Le ministre de l’Énergie, qui était en tournée en Russie, aux États-Unis et au Qatar, a choisi la Russie comme nouveau fournisseur du Maroc en GNL. Les deux pays ont signé un memorandum d’entente le 16 mars. Le précieux liquide sera acheminé depuis Jorf Lasfar jusqu’au gazoduc avec toutes les bretelles nécessaires pour constituer une interconnexion gazière à l’image de celle électrique. En diversifiant ses sources d’énergie, le Maroc, qui ne dispose pas encore de production locale, non seulement sécurise son approvision- nement, mais installe les bases d’un marché régional. Quid de la prospection pétrolière qui a tant nourri les rêves des Marocains ? Elle patine encore avec à peine un rythme de 0,5 puit foré par 100 km2 alors que la moyenne mondiale est de dix puits. Si 35 sociétés internationales ont effectué des forages, sur 400 000 km2 en onshore et offshore marocains, il reste encore 500 000 km2 totalement inexplorés. La situation se complique depuis la chute de 25 % en 2015 de l’investissement mondial dans la prospection, conséquence de la dégringolade que le prix du baril a connu depuis deux ans. Les grandes entreprises de forages commencent par sacrifier les petits comptes, là où le forage est le moins prometteur.

ENCADRE

Un régulateur pour le marché de l’électricité

Avec l’ouverture au privé du marché de l’électricité pour la moyenne et basse tension, le Maroc apporte une nouvelle pierre à son édifice énergétique, en créant l’Autorité nationale de régulation du secteur de l’électricité (ANRE). Sous son contrôle, les entreprises auront la possibilité de produire elles-mêmes leur électricité et d’en vendre l’excédent. Cette petite révolution a le mérite de décomplexer le rapport de l’industrie à un intrant aussi important que l’électricité. La concurrence sera renforcée, ce qui jouera nécessairement sur le prix de l’énergie. Dans ce contexte d’ouverture, un régulateur s’impose. Le projet de loi concernant ce nouveau gendarme de l’énergie sera bientôt déposé dans le circuit législatif. Le régulateur veillera aux bonnes règles concurrentielles et fixera les prix. Les autorités marocaines ont semble-t-il la volonté d’étendre le dispositif au marché du gaz naturel pour avoir une seule structure qui chapeaute tout le domaine de l’Énergie.

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Written by African Business

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