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Ra-Sablga Seydou Ouedraogo de Free Afrik

Ra-Sablga Seydou Ouédraogo est le directeur de Free Afrik. Un institut indépendant de recherche économique qu’il dirige. Il évoque les incertitudes, les risques et les perspectives de renouveau de l’économie burkinabè pour 2017.

Propos recueillis par Tiégo Tiemtoré

Le Burkina Faso a vécu deux années difficiles. Peut-on s’attendre à une amélioration en 2017 ?

Pour 2017, les choses vont beaucoup dépendre de l’orientation et surtout du rythme avec lequel le gouvernement conduira l’action publique. Comme vous l’avez constaté, depuis 2014, le Burkina Faso a traversé une série de chocs négatifs pour son économie.

La menace Ebola a pesé sur le secteur de l’hôtellerie et du tourisme. L’agenda de la modification de l’article 37 de la Constitution a entraîné un ralentissement de l’investissement privé. L’insurrection populaire est venue avec son lot de casses qui ont touché une centaine d’entreprises et détruit plus de 11 000 emplois.

La Transition, qui a été mise en place pour une année, n’a pas donné la priorité aux questions économiques. Bien au contraire, elle a été perturbée par des tentatives de remise en cause, jusqu’au coup d’État de septembre 2015 qui a entraîné des dégâts très importants sur l’économie nationale.

Puis, nous avons eu le bonheur de connaître des élections, mais par la suite, le pays a vécu une série d’attentats terroristes. L’année 2016 a été aussi marquée par un front social très agité, une démobilisation des administrations publiques, un manque de dialogue entre le gouvernement et le secteur privé…

Depuis 2010 la croissance s’affaiblit chaque année au Burkina Faso. Il y a une urgence à retrouver un nouveau souffle de croissance, de sorte que le pays retrouve ses performances antérieures.

Peut-on vraiment attendre des changements à la faveur du passage de la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) au Plan national de développement économique et social (PNDES) ?

 La SCADD visait une accélération de la croissance avec des prévisions moyennes de l’ordre de 10,4 % durant la période 2011-2015. Le PNDES vise des prévisions de croissance moyenne de l’ordre de 8 %. Mais la SCADD n’a pu réaliser que la moitié (5 %) de ses prévisions !

En outre, le PNDES vise en particulier une transformation structurelle de l’économie nationale, ce qui consistera à faire en sorte que la croissance du secteur secondaire soit plus importante que la croissance des autres secteurs, pour que le pays s’engage dans une dynamique vertueuse d’industrialisation.

Lors de la Conférence des partenaires, en décembre 2016, le Burkina Faso a recueilli des intentions de financement public et privé d’environ 18 000 milliards de F.CFA, sur une prévision de 5 800 milliards. Un symbole de confiance à l’égard des nouvelles autorités ?

Ce succès constitue une bonne note que le gouvernement peut capitaliser. Il ne faut pas se tromper, ce n’est pas la qualité du PNDES qui est révolutionnaire par rapport aux plans antérieurs, mais bien précisément le fait que le Burkina Faso jouit d’une bonne cote à l’échelle internationale.

Le pays a su, à travers sa jeunesse et les acteurs de la société, trouver les voies d’une révolte saine et canaliser cette révolte, et lui donner une suite politique à travers une Transition maîtrisée, malgré le coup d’État, les attentats…

Relever tous ces défis émerveille, et de nombreux bailleurs de fonds sont prêts à accompagner le pays ; et ce soutien, pour eux, sonne comme une prime à la démocratie. Il faut donc avoir en tête que c’est davantage l’histoire récente du pays qui attire et non seulement un satisfecit de l’action du gouvernement.

Le budget 2017 prévoit 1 267 milliards de F.CFA consacrés à l’investissement, soit un bond de 73 % par rapport aux années précédentes. Peut-on en espérer des retombées positives ?

On peut sans doute le prévoir, mais concrètement, la possibilité de la mise en oeuvre des investissements est sujette à caution.

Le gouvernement, dans la première année de son mandat, n’a pas été en mesure de mettre la question de l’investissement public au coeur du débat national et, dans le passé, on a connu une dérive dans les dépenses de fonctionnement et des remous sur le front social. Si ces dérives continuent en 2017, elles mettront à mal ces investissements.

Il appartient au politique de trouver les réponses aux revendications des fonctionnaires pour mettre en oeuvre le plan d’investissement. Il faut également avoir en tête la donne sécuritaire et la santé du secteur privé.

Pourtant, le FMI table sur une croissance de 5,9 % et un rebond lié à une reprise généralisée de l’activité économique, grâce particulièrement à la mise en production de nouvelles mines d’or et au coton.

Certes, et d’ailleurs la croissance prévue par le PNDES est plus importante que les 5,9 % du FMI. La question qu’il faut se poser est « Qu’est-ce qui est mis en oeuvre comme politique publique pour atteindre cette croissance ? »

Si, pour une fois, on traite les problèmes des secteurs en difficulté, comme le tourisme ou l’hôtellerie, si on pose de façon concrète des problèmes du secteur privé et si on repense la politique de l’État afin de permettre de redonner du souffle à l’économie, on peut dépasser les 6 % de croissance !

Si on reste dans un agenda mineur, à discuter de choses qui ne sont pas importantes pour l’économie et la société, la croissance peut rester aussi faible qu’en 2016, soit à peine au-dessus de 4 %.

Est-il possible d’envisager une diversification économique et sortir de la dépendance aux recettes de l’or et du coton ?

L’essor minier apporte depuis 2006, bon an mal an, 150 à 200 milliards de F.CFA qui représentent entre 10 % et 20% des recettes de l’État. Malheureusement, le secteur minier progresse, mais n’entraîne pas les autres secteurs.

Si on arrive à sortir de cette économie d’enclave et à obtenir une situation dans laquelle le secteur minier attire d’autres secteurs comme l’élevage, par exemple, la diversification sera facilitée.

Il en est de même de l’artisanat, des fruits, du riz… il faut construire des filières structurées comme celle du coton, qui permettent aux populations qui sont dans ces secteurs une insertion socio-économique beaucoup plus importante. C’est ainsi que le pays réussira une diversification économique.

Le Burkina Faso ne dispose que d’une faible capacité de production énergétique, ce qui a des répercussions sur l’ensemble de l’économie. Comment y remédier ?

Il est impératif de lever cette contrainte énergétique, car on ne peut s’engager dans la voie de l’industrialisation comme le prévoit le PNDES, si l’appareil de production manque d’énergie. Il faudra consentir un effort important et continu d’investissement public, sur lequel l’investissement privé pourra se greffer.

Le PNDES prévoit la production de 1 000 MW en 2020. Pour cela, il faudrait d’aujourd’hui à 2020 des plans d’investissement de l’ordre de 700 à 1 000 milliards de F.CFA, dans l’énergie seulement !

On ne peut pas confier une telle ambition aux seuls partenariats public-privé, mais le Burkina Faso a un atout : il dispose d’une compagnie d’électricité publique parmi les mieux gérées d’Afrique, qui a des techniciens de très bon niveau et qui a la capacité de porter des plans d’investissement, si l’État y met les financements pour la production de l’énergie en particulier.

Qu’attendez-vous du secteur privé, dans la relance de l’économie nationale ?

Ces 25 dernières années ont vu l’émergence d’acteurs privés dans plusieurs segments, comme les services, la banque. Pour la première fois, une banque panafricaine est burkinabè : Coris Bank International.

L’État doit comprendre que de tels groupes nécessitent de sa part une attention. Il ne s’agit pas d’aller tirer de l’argent dans les caisses de ces groupes privés, mais de les considérer comme des groupes constituant des moyens d’accumulation nationale de richesses.

Ce secteur privé doit entrer en dialogue intelligent avec le gouvernement pour promouvoir leurs intérêts dans la croissance de leurs affaires.

L’État doit encourager le secteur privé à aller là où il y a des affaires à faire, notamment dans l’élevage, les fruits… Chaque partie doit se poser la question d’un dynamisme des différents secteurs pour pouvoir progresser sur le marché local, mais aussi le marché extérieur.

La question sécuritaire est une donnée importante pour la relance. Sous quels angles peut-on la prendre en charge et faire d’elle un allié pour la reprise économique ?

En effet, l’État doit repenser sa politique sécuritaire globale afin de faire en sorte que les secteurs qui sont sous le poids de ce défi se redressent. Dans ce défi sécuritaire, il y a aussi un enjeu fondamental qui est la collaboration entre les forces de défense et de sécurité et les populations.

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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