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Politique

Les premiers pas de Macron en Afrique

Marchant sur les traces de son prédécesseur, Emmanuel Macron a choisi le Mali pour ses deux premiers déplacements en Afrique. Donnant ainsi quelques éléments sur sa politique étrangère. Enquête sur les « Africains » du nouveau président français, ses réseaux, ses priorités.

Par Bruno Fanucchi

Hormis un aller-retour à Berlin pour rencontrer la chancelière allemande Angela Merkel, qu’il avait dans un premier temps envisagé d’emmener avec lui à Bamako, Emmanuel Macron a réservé au Mali son premier déplacement à l’étranger de nouveau Président. Pour aller – comme il s’y était engagé lors de la campagne présidentielle – à la rencontre des troupes françaises en opérations exté­rieures. Il a ainsi choisi de se rendre dès le 19 mai à Gao, où sont basés environ un millier de soldats français de l’opéra­tion Barkhane, actuellement comman­dés par le général François-Xavier de Woillemont. Il en a profité pour rappe­ler que « la France restera engagée au Sahel aussi longtemps qu’il le faudra ».

Pour ce premier déplacement à l’étranger, le président français était accompagné de l’éphémère ministre des Armées, Sylvie Goulard, remplacée dès le 21 mai par Florence Parly, mais sur­tout du nouveau chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, l’ancien ministre de la Défense qui apparaît plus que jamais comme un véritable « ministre des Affaires africaines ». C’est à Gao que le président Macron a fait venir et rencontré le président malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), donnant ainsi l’impression de commettre une première erreur diplomatique, qu’il s’est évertué à rapidement faire oublier.

Dès le 2 juillet, le nouveau président français était de retour au Mali pour participer – à Bamako cette fois-ci – à l’invitation d’« IBK » au Sommet du G5 Sahel, réunissant les présidents des cinq pays participant à cette structure dédiée à la lutte contre le terrorisme dans la bande sahélo-saharienne : Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad. Il a notamment eu des discussions avec ses homologues mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz et tchadien Idriss Déby Itno, dont il a salué le « pragmatisme ».

Une visite plus que symbolique au lendemain de l’adoption à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies, le 21 juin 2017, de la résolution 2 359 approuvant le prochain déploie­ment d’une Force conjointe du G5 Sahel, qui devrait compter de 5 000 à 10 000 hommes. Une force africaine qui reste encore cependant à constituer.

Jean-Yves Le Drian a aussitôt salué l’adoption de cette résolution en rappe­lant que « la paix et la sécurité dans le Sahel constituent une priorité de premier plan pour la France, engagée aux côtés de ses partenaires africains dans la lutte contre le terrorisme à travers notamment l’opération Barkhane ».

Passer aux actes

Les militaires de Barkhane sont désormais chargés d’« amplifier leur sou­tien » à cette nouvelle force sans qu’un homme et un centime de plus ne soient engagés dans l’opération. La Grande muette continuera donc de faire des prouesses avec les moyens du bord…

Ces deux visites successives d’Em­manuel Macron au Mali posent le cadre de ce que sera la politique africaine du nouveau président français, qui semble poser délibérément ses pieds dans les traces laissées par son prédécesseur François Hollande ; lequel déclarait, le 3 février 2013 à Tombouctou, trois semaines seulement après le déclenche­ment de l’opération Serval, avoir « connu le plus beau jour de sa vie politique ! »

Entre ces deux déplacements réser­vés au Mali, le nouveau président fran­çais a cependant pris soin de recevoir à l’Élysée le président ivoirien Alassane Ouattara, le 18 juin, et le président sénégalais Macky Sall dès le lendemain 19 juin, pour mettre en avant et à l’hon­neur deux pays d’Afrique de l’Ouest, avec lesquels la France entretient de longue date (en raison d’importants liens historiques) d’excellentes relations à la fois politiques, diplomatiques, éco­nomiques, culturelles et militaires… comme pour mieux signifier que la France n’avait pas choisi de privilégier le Mali en toutes circonstances, même si le dernier sommet Afrique-France s’est déjà tenu à Bamako les 13 et 14 janvier.

Dans ses nouvelles fonctions de patron du Quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian a commencé pour sa part sa première tournée africaine le 13 juin par Conakry (Guinée) pour saluer en premier le président guinéen Alpha Condé, président en exercice de l’Union africaine, avant d’enchaîner par Dakar (Sénégal) et Nouakchott (Mauritanie). Avec à chaque fois trois thèmes prin­cipaux qui seront les grands axes de la politique de Macron en Afrique : le réchauffement climatique, le développe­ment économique et, bien sûr, les ques­tions de sécurité.

On peut néanmoins s’interroger sur la « galaxie Afrique » du nouveau pré­ sident français. Quels sont ses choix, ses hommes et ses réseaux ? Quels sont les hommes qui comptent dans son entou­rage et peuvent influencer sa relation personnelle à l’Afrique ?

De la nouveauté, et en même temps de la continuité

Une évidence s’impose : les conseil­lers Afrique du président Macron sont, à l’image de Franck Paris, son cama­rade de promotion qu’il a connu à l’ENA il y a quinze ans, de la même génération que lui. Franck Paris a exac­tement le même âge : 39 ans. Ayant suivi ses classes au Quai d’Orsay et à Bruxelles, le successeur de Thomas Melonio à l’Élysée était depuis 2012 le conseiller « Relations internatio­nales » de Jean-Yves Le Drian à l’Hôtel de Brienne.

À ce poste, il a notam­ment supervisé (avec Cheikh Tidiane Gadio, ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères de 2000 à 2009) la création et le suivi du Forum de Dakar (lancé en décembre 2014) consacré à la Sécurité et à la Défense en Afrique. Accompagnant souvent le ministre Le Drian dans ses déplacements réguliers et nombreux en Afrique, il a noué des contacts privilégiés qu’il va mettre à profit puisqu’il devient le nouveau « Monsieur Afrique » qui se retrouve à la manoeuvre. À l’Élysée, il devrait former un duo efficace avec Aurélien Lechevallier, qui lui-même secondera Philippe Étienne (qui a notamment été ambassadeur à Bruxelles et à Berlin) à la tête de la Cellule diplomatique.

Mais si le nouveau président Macron n’hésite pas à s’inscrire en Afrique dans la démarche de son prédécesseur, il veut aussi innover en changeant de logiciel et de logique générationnelle. En se posant aussi de nouvelles questions : que peut faire la France pour assumer auprès de ses alliés africains son rôle de « grande puissance » diplomatique et militaire, qui lui est d’ailleurs reconnu et peu contesté ? Et comment peut-elle innover pour renouveler une relation qui se veut désormais d’égal à égal ?

Une diplomatie économique à pied d’oeuvre

« Nous devons mettre en place un par­tenariat stratégique entre les Unions (euro­péenne et africaine), qui renouvelle complè­tement les politiques existantes, pour sortir des logiques de charité ou de clientélisme, et bâtir une relation politique et écono­mique véritablement partenariale », avait prévenu le candidat Macron le 14 avril. Il suffit aujourd’hui de passer aux actes.

La nouvelle administration française entend oeuvrer par de nouvelles pra­tiques, destinées à miser et à s’appuyer sur de nouveaux talents et de jeunes lea­ders qui seront les jeunes cadres et diri­geants de l’Afrique de demain. C’est la nouvelle « culture start-up » qui s’impose dans bien des domaines de la vie écono­mique des pays émergents.

Au Quai d’Orsay, à Bercy comme à la Défense ou à l’Assemblée nationale, et bien entendu dans un certain nombre de clubs ou de Think Tank, une nouvelle génération d’experts et de spécialistes s’in­téresse et se passionne pour l’Afrique, le « Continent du xxie siècle » par excellence. Avec des idées nouvelles et de nouveaux réseaux qui – internet oblige – tissent rapidement leur toile dans de nombreux pays africains. Venant de multiples hori­zons et d’origines politiques très diverses, les « Africains » de Macron s’activent déjà sans même attendre toujours un titre officiel. L’ancien ministre de l’Économie, désormais chef de l’État et donc chef des Armées, peut légitimement se reposer sur deux solides réseaux qui ont déjà fait leurs preuves :

  • Celui de Bercy et de ses nombreux relais à l’étranger comme les conseillers du Commerce extérieur de la France travaillant bien souvent en parfaite sym­biose avec le MEDEF (dirigé par Pierre Gattaz) et le MEDEF international (dirigé par Patrice Fonlladosa), qui l’un et l’autre s’intéressent naturellement à l’Afrique et aux potentialités écono­miques de pays qui sont autant de mar­chés prometteurs pour les entreprises françaises ;
  • Celui – peut-être plus pragmatique – de la Défense, où de nombreux offi­ciers ont une connaissance approfondie du terrain et une expertise unique mise au service déjà d’une « diplomatie mili­taire » qui s’est révélée depuis plusieurs années fort efficace en Afrique, où la France reste militairement engagée dans plusieurs pays.

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Written by Bruno Fanucchi

Grand reporter, je sillonne l'Afrique de long en large (d'Abidjan à Bamako ou Cotonou et de Brazzaville à Dakar ou Yaoundé) depuis de nombreuses années après avoir « couvert » pour Le Parisien – premier quotidien français - l'Afghanistan, la Côte d'Ivoire, le Liban ou la Russie. Spécialiste de géopolitique et passionné par l'Afrique, où j'ai effectué de nombreux reportages, j'ai présidé l'Association de la Presse diplomatique française puis l'Association des Journalistes de Défense.

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