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African Business

Portraits de vrais décideurs du continent

Trombinoscope de quelques vrais décideurs qui œuvrent pour le développement du continent africain. Et croient en des lendemains meilleurs… 

MAROC – Thami Ghorfi Président de l’ESCA École de management

L’Afrique au cœur du management

Passionné de géopolitique, Thami Ghorfi préside l’ESCA École de management depuis sa création en 1992. Il veille à l’internationalisation de l’école de commerce marocaine qui se définit comme une Business School africaine.

Par Jean-Michel Meyer

Afrique, Europe, Amérique, Asie et, depuis peu, l’Océanie, avec un pied en Australie. En 2017, l’année de ses 25 ans d’existence, l’ESCA École de management, la Business School marocaine installée à Casablanca, affiche une présence sur les cinq continents à travers 80 accords de partenariat signés avec des écoles de commerce implantées sur l’ensemble de la planète. Une performance rarissime pour une école africaine.

Fondée à Casablanca en 1992, l’ESCA École de management est devenue une machine à former des managers et des entrepreneurs. L’enseignement dispensé à plus de 1 000 étudiants inscrits cette année repose sur 47 enseignants permanents et 200 intervenants extérieurs.

Depuis sa création, 3 600 étudiants diplômés sont passés sur les bancs de la Business School et certains d’entre eux siègent désormais à son conseil stratégique, aux côtés d’une trentaine de managers et de grands entrepreneurs installés au Maroc.

Autre particularité : 10 % à 12 % des élèves formés viennent de l’étranger. Ils représentent 25 nationalités ; Mexicains, Canadiens, Allemands, Japonais, Français, Singapouriens, mais aussi des Camerounais, se mêlent aux Marocains sur le campus de Casablanca.

L’ouverture de l’école sur le monde en général, et l’Afrique en particulier, résulte d’une combinaison de plusieurs facteurs. Géographiques d’abord. « Casablanca est une porte d’entrée sur le monde arabo-musulman et c’est un hub d’entrée pour saisir les oppor­tunités en Afrique. Ce positionnement nous permet de partager beaucoup de choses à l’in­ternational », justifie Thami Ghorfi, 54 ans, aux manettes de l’école depuis son origine.

Pour ce passionné de géopolitique, formé à l’ISG Paris et à l’Essec (France), le choix de l’ouverture, notam­ment vers l’Afrique, avec des relations avec une douzaine d’autres écoles du continent, est aussi le fruit d’une évolu­tion politique : « L’Europe est en panne. L’avenir des pays d’Afrique du Nord est forcément au Sud. »

Mais cette ouverture à l’international de l’école et ce bain multiculturel dans lequel s’épanouissent les étudiants sont avant tout le fruit d’une stratégie. « Pour se construire et proposer un projet acadé­mique différent, nous avons opté pour une internationalisation à outrance de l’école », explique le président.

À sa mission d’enseigner et d’éduquer, l’ESCA a donc naturellement ajouté celle de produire de la recherche. « Cette contribution intellectuelle est essentielle dans un continent africain où tout est à inventer sur les pratiques managériales et les expériences à partager », insiste Thami Ghorfi.

Une décision adop­tée au tournant des années 2000. Alors que la demande monte en flèche, l’école décide, de manière surprenante à l’époque, de ne pas ouvrir d’autres campus dans le pays. « La raison est toute simple, explique Thami Ghorfi.

Si l’on veut dispenser un enseigne­ment supérieur de qualité, on finit toujours par avoir des solutions pour trouver des locaux, des ordinateurs, etc. En revanche, nous sommes en tension pour réunir un corps professoral de qualité. Et comme l’on ne peut pas cloner les bons profs, il nous était impos­sible de dupliquer le modèle de Casablanca et garantir le même enseignement.»

Ce choix de l’internationalisation a aussi sa justification pédagogique. « Il n’y a pas de développement possible sans internationali­sation des entreprises, souligne le président de l’école. Pour cela, il faut former des mana­gers et des entrepreneurs qui comprennent les grands espaces internationaux, les grandes interactions géo-économiques et géopolitiques, au-delà des seuls flux maritimes ou aériens ! Il est indispensable de décrypter les enjeux inter­nationaux pour prendre les bonnes décisions. »

Inventer des pratiques managériales

À sa mission d’enseigner et d’éduquer, l’ESCA a donc naturellement ajouté celle de produire de la recherche. « Cette contribution intellectuelle est essentielle dans un continent africain où tout est à inventer sur les pratiques managériales et les expériences à partager », insiste Thami Ghorfi.

Avec son homologue française Grenoble école de management (GEM), l’ESCA a ainsi contribué à la création, en 2011, de l’Insti­tut euro-africain de management (Inseam).

Basé à Casablanca, il réunit une école de design française, Strate, et une douzaine d’écoles de commerce de dix pays, situées en France (GEM, EM Normandie) et en Afrique (Tunisie, Togo, Madagascar, Cameroun, Bénin, Sénégal, Côte d’Ivoire, Burkina Faso).

L’objectif est de créer des connais­sances pour cerner les opportunités pour les entreprises qui se développent en Afrique.

En novembre 2016, l’Inseam a ainsi publié un premier ouvrage collectif de 500 pages, Innovation entrepreneuriale et développement durable en Afrique, défis et opportunités.

De son côté, l’Inseam étudie l’élabo­ration d’une base de données recensant des études de cas spécifiques à l’Afrique : « Quand vous voulez former des étudiants aujourd’hui, vous trouvez des études de cas européens ou américains. Quand vous voulez former des étudiants africains, il est préférable de les former à leur propre réalité.

Faire du business en Afrique, c’est forcément prendre des décisions dans des environnements très hostiles. Nous devons amener les étudiants à modéliser tout cela dans leurs futures prises de décisions en entreprises. »

En parallèle, l’ESCA est la seule école francophone à participer au réseau anglo­phone African Academic Association on Entrepreneurship (AAAE), comprenant cinq autres Business School basées en Égypte, Afrique du Sud (deux), Kenya et au Nigeria.

L’AAAE veut favoriser l’émergence d’un entrepreneuriat africain. Avec l’opéra­teur télécoms MTN, le réseau a organisé un concours de start-up technologiques ouvert à tout le continent. « L’objectif est de créer la dynamique de l’entrepreneuriat et de montrer qu’il est possible en Afrique d’avoir des technolo­gies adaptées aux données anthropologiques du continent et aux comportements des différentes régions », note Thomi Ghorfi.

Une expérience qui pourrait être renouvelée dans l’agricul­ture, la santé ou l’éducation, afin de dévelop­per des technologies adaptées à l’Afrique.

De nouvelles routes à explorer

Enfin, en association avec l’Ameri­can University of Cairo, l’ESCA édite, en janvier 2017, un ouvrage de dix études de cas, cinq au Maroc et cinq en Égypte. Le but ? Analyser la manière de faire des affaires dans le monde arabe.

Dans le prolongement de cette expérience, l’école marocaine a lancé, avec cinq universités arabes, un travail de recherche sur le fonctionnement des groupes familiaux dans le monde arabe, en analysant les conditions du développement, la création de valeur, la gouvernance et la transmission.

L’étude déterminera s’il existe des tendances communes dans ces groupes familiaux, liées à la culture et au monde arabe. Un ouvrage détaillera ce travail.

Face à la montée du religieux et à la tentation de nombreux pays de se replier derrière leurs frontières, Thami Ghorfi ne mène-t-il pas l’ESCA et ne forme-t-il pas des étudiants à contre-courant des tendances actuelles ?

« L’humain est un bipède créé pour marcher, dédramatise-t-il. Les frontières ne l’arrêteront pas. Naturellement, il marchera. C’est une limite à ce que les politiques peuvent imposer. Au sens philosophique, la destinée de l’être humain est d’aller au-delà des frontières. Au sens géopolitique, nous sommes entrés dans une complexité nouvelle. Il nous faut la décryp­ter pour trouver les nouvelles routes à explorer parce qu’il n’y aura pas de marche arrière dans le commerce mondial au cours des prochaines décennies».

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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