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Analyse et Opinion

[Devoir de mémoire] – Plus de 400 ans de violence

N’est-ce pas parce qu’on cherche à faire passer par pertes et profits l’esclavage et la colonisation en Afrique que ces deux drames restent confinés dans des cercles restreints ? Pendant que d’irréductibles négationnistes continuent à soutenir, le sourire en coin, que sans la colonisation le continent noir ne serait pas parvenu à ce stade de développement. C’est exactement le contraire.

Avant l’esclavage et la colonisation, les empires et royaumes, entre autres du Wagadu (Ghana), du Kanem (Niger), du Mandingue (Mali), du Songhaï (Gao), des Kitari (grands lacs), du Kongo (Congo), des Abyssinies (Ethiopie), du Dahomey (Bénin), des Swahilis (Tanzanie), de Andrianampoinimerina (Madagascar), des Zoulous (Afrique du Sud) étaient des Etats structurés avec des règles et des lois. Avec des modes de fonctionnement avancés. Il est indéniable que la soif dévorante de pouvoir économique d’abord et politique ensuite de l’Occident a eu raison in fine de ces empires et royaumes. Il est foncièrement vrai que l’instinct de destruction et la vision manichéenne de l’Occident ont rongé durablement les fondations de tout le continent africain. Est-il donc étonnant – aujourd’hui – que l’Occident continue toujours de percevoir les Africains, les descendants d’immigrés et d’esclaves comme « toute la misère du monde » ?

A vrai dire, oui. Parce que précisément ce « misérable continent » est à la base de la naissance de prestigieuses villes européennes, ces « misérables enfants » sont aussi ceux qui ont bâti les infrastructures du développement de l’Europe et de l’Amérique ; bien plus, ce continent n’a accusé un retard que parce que pendant plus de 400 ans, une folie collective avec sa cohorte de barbarie et de violence s’est abattue sur lui. On ne le dit pas assez et souvent.

En chantant en boucle que l’Afrique est « misérable », les révisionnistes démontrent qu’ils n’ont pas tiré les leçons de ce que leurs ancêtres ont infligé comme châtiments au peuple « bois d’Ebène ». D’autant plus vrai que la situation politique internationale démontre à satiété que les rapports naguère viciés entre l’Afrique et l’Occident ne se sont guère aseptisés. Et cela continuera ainsi tant que les élites africaines souffleront dans le cor de la soumission.

C’est donc aux Africains – tout en sachant que « les marques du fouet disparaissent, la trace des injures, jamais » d’exiger ce qu’il y a lieu d’exiger, de demander ce qu’il y a lieu de demander, et surtout de s’inscrire résolument dans la pensée du prix Nobel de littérature, le Nigérian Wole Soyinka : « Le tigre ne crie pas sa tigritude, il bondit sur sa proie et la dévore ».

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