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African Business

Plaidoyer pour l’économie de partage

OPINION – L’Afrique ne peut pas encore se doter du revenu universel, concept qui a les faveurs tant des libéraux que des keynésiens, en Occident. En revanche, un partage a minima basé sur les ressources des pays constitue une piste séduisante.

Par Désiré Mandilou

L’évolution « spontanée » du partage des revenus semble orientée dans le mauvais sens. Sur une longue période, on constate une baisse des salaires, et une hausse des revenus du capital via la distribution généreuse de dividendes et les plus-values en capital associées à l’économie de bulle. Voici donc venu le temps de la vérification empirique de la règle énoncée par Jésus dans l’Évangile de saint Matthieu, « À ceux qui ont, il sera donné. À ceux qui n’ont pas, même le peu qu’ils possèdent leur sera repris ». Cet « effet Matthieu » est sujet à controverses. Le creusement des inéga-lités est statistiquement difficile à valider.

Même s’il inspire déjà la création d’un revenu universel d’existence, en phase d’expérimentation dans plusieurs pays. Pour les uns, dont Jean Peyrelevade, la prédation croissante que la finance opère sur la richesse produite et les dettes qui en résultent pour les particuliers serait pure « démagogie, mensonge, réalité inventée ». Pour les autres, « c’est une caractéristique très étrange » du capitalisme contemporain. « La part des salaires dans le revenu national aux États-Unis et dans d’autres pays développés atteint un niveau exceptionnellement bas selon les normes historiques. » (Alan Greenspan)

Selon la Commission européenne, la part des salaires dans l’ensemble de l’économie française est passée de 66,5 % en 1982 à 57,2 % en 2006, soit une baisse de 9,3 points de la richesse produite, bien avant la crise de 2008. Sur la même période, la Banque des règlements internationaux qui regroupe les banquiers centraux de la planète, relève aussi en 2007, que « la part des profits est inhabituellement élevée et la part des salaires inhabituellement basse. L’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’ont pas de précédent dans les 45 dernières années ».

Pourtant, les statistiques de la première puissance économique du monde montrent que la baisse de la part relative des salaires ne signifie pas hausse de la pauvreté. Sur une longue période, le taux de pauvreté reste stable aux États-Unis. Si véritablement les salaires s’étaient amenuisés au point de rendre l’appel au crédit à la consommation indispen-sable, il y aurait inévitablement eu une montée de la pauvreté aux États-Unis. Les données disponibles invalident cette thèse : le nombre de pauvres augmente en valeur absolue avec l’accroissement de la population, mais le taux de pauvreté tend à baisser, certes modestement. Dernière déconvenue de la thèse de l’accroissement des inégalités, les travaux de Thomas Piketty dont l’ouvrage, Le Capital au xxie siècle, s’attache à déterminer la cause du creusement des inégalités.

Selon l’économiste, le capital s’accroît lorsque sa rentabilité progresse plus vite que la croissance. Comme les revenus du capital sont concentrés entre les mains d’un petit nombre d’acteurs économiques, contrairement aux revenus du travail dont la dispersion est infinie, on obtient une tendance séculière à l’accroissement des inégalités. Thomas Piketty fonde sa démonstration sur des données historiques inédites remontant jusqu’au xviiie siècle, soit un travail de recherche qui force le respect.

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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