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Interviews et Portraits

Pierre Gattaz : « Nous venons en Afrique… »

Le MEDEF semble mettre l’accent sur les start-up. Pourquoi ce choix, en Afrique ?

Tous les moyens pour développer les entreprises et donc l’emploi sont bons. Cela passe par la formation, mais aussi par la création d’entreprises. Au Kenya, j’ai été agréablement surpris par le dynamisme autour de la création d’entreprise, notamment sur la high-tech. Nairobi fait figure de pionnière de la « Silicon Africa ». Beaucoup de logiciels et de téléphones portables sont produits par des entreprises kenyanes. Nous en avons vu quelques-unes, lors de notre séjour, qui sont assez intéressantes. Plus il y aura d’entrepreneurs et de jeunes qui créeront leur entreprise, mieux ils se porteront et le pays aussi. Il faut favoriser la création d’entreprises comme en France, d’ailleurs, et développer des fonds pour les start-up. Il faut aussi développer la formation. Nous poussons beaucoup en ce sens car la jeunesse a besoin d’être formée. Au Kenya, trop de jeunes ne poursuivent pas leurs études au-delà du collège. Le Kenya veut développer son industrie, il faut aller plus loin dans l’apprentissage de ses métiers : mécaniciens, plombiers, charpentiers, techniciens… C’est le défi fondamental de l’Afrique, et notamment du Kenya. Cela posé, je ne partage pas la vision du « tout high-tech ». On aura toujours besoin de plombiers, de mécaniciens, de techniciens agroalimentaires. Il faut faire les deux. Les Allemands forment des programmateurs mais ils forment aussi des apprentis.

Les crises, l’instabilité politique compliquent la situation de certains pays africains. Comment abordez-vous cette réalité ?

L’instabilité politique est un peu la maladie de toute l’Afrique. Le Kenya fait figure de havre de stabilité. Si l’économie se développe au moment où la situation politique est bonne, ce développement contribue à la stabilité du pays. C’est un cercle vertueux. Les aléas politiques ne doivent pas freiner les investissements de longue durée sur les infrastructures. Les grands groupes qui s’intéressent à l’Afrique ne doivent pas avoir de freins à cet égard, sauf bien sûr en cas d’attentats terroristes. Dans ces cas-là, on baisse la voilure pendant quelques mois et on attend…

Avez-vous le sentiment d’avoir fait bouger les lignes ?

Oui, quand même ! C’est vrai que cela a été dur au début. Mais nous n’avons jamais baissé les bras. Nous avons fait des propositions sur les grandes mutations du monde, à l’horizon 2020-2030, afin qu’elles se transforment en opportunités. Nous avons fait aussi des propositions doctrinales. Il faut être pragmatique. Je crois qu’il faut vraiment avoir deux ou trois priorités, être sur des projets, savoir ce qu’on veut, avoir des idées concrètes et simples.

L’image de la France s’est beaucoup améliorée, notre pays redevient attractif. Ce que nous demandons n’est rien d’autre que ce qui se pratique à l’étranger, ce qui correspond au mode de fonctionnement des entreprises à Singapour, Hong-Kong, Ottawa, Montréal… La plupart des pays du monde ont fait le pari des entreprises et les chefs d’entreprise fonctionnent partout de la même façon, ils doivent être motivés, confiants. Il faut des contraintes, bien sûr, faute de quoi, c’est l’anarchie et la loi de la jungle. Nous devons créer un modèle français intelligent, adaptable, agile, parce que nous sommes dans un monde d’agilité !

Justement, le MEDEF est-il aujourd’hui dans cette posture-là : une souplesse entre la vision locale et la vision globale ?

Nous poussons un modèle d’excellence économique profondément humain et profondément respectueux de l’environnement. C’est une trilogie. Si vous ne faites que de l’économique sans faire attention aux hommes et aux femmes, ou à l’environnement, cela ne va pas marcher. Cette trilogie repose sur un équilibre. La France peut créer un modèle très intéressant, qui n’est pas le même que celui des Anglo-Saxons qui est plus brutal. Il marche aussi, mais il est plus brutal. Nous sommes Français, donc nous voulons concilier performance économique et performance sociale. Mais il ne faut pas confondre l’humain et le social. Pour faire de l’humain, au nom de la protection, on a mis 3 500 pages au Code du travail. Mais à la fin, personne ne comprend plus rien. Le défi est là. 

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Written by African Business

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