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African Business

Patrice Fonlladosa, Comité Afrique du Medef

Le patronat français mise sur l’Afrique, explique Patrice Fonlladosa, du Medef International et directeur de la zone Afrique et Moyen-Orient de Veolia. De nouveaux acteurs émergent, en plus des grands groupes présents de longue date. À chacun de tenir compte des réalités de chaque pays africain.

Bamako, entretien avec Hichem Ben Yaïche, envoyé spécial

Forum du Medef et du CNPM à Bamako a-t-il correspondu à vos attentes ?

Absolument ! Et pour une raison simple : initialement, ce Forum devait porter, entre autres questions, sur les problématiques de la paix, et le thème de l’économie n’était traité que sous l’angle du développement. Au final, la dimension économique a bien été prise en compte.

Celle-ci est une des briques qui permet de parler sécurité, laquelle est une question indissociable de celle de l’emploi. C’est un des bénéfices de ce Forum : les interlocuteurs que nous y avons rencontrés – chefs d’État, ministres –, comprennent parfaitement la réalité : c’est par l’entreprise, créatrice de richesse et d’emplois, que l’on peut pleinement satisfaire les populations et assurer ainsi plus de sécurité.

Ces Forums permettent-ils une opérationnalisation des idées et des projets ?

Bien entendu ! L’objectif premier, ce sont les échanges, les rencontres. Rien ne peut se faire sans le contact entre les hommes. Mais il ne s’agit pas seulement de faire du congrès pour du congrès ou de la réunionite pour de la réunionite. Des recommandations concrètes et pratiques ont été transmises aux chefs d’État, et ont été reprises dans le communiqué du Medef.

Ce Forum doit favoriser les mises en relation d’affaires d’entreprise à entreprise, le montage d’opérations conjointes – le plus souvent, en partenariat –, dans les différents pays africains qui participent à ces rencontres. Ainsi, sur l’énergie solaire dans les centres isolés de certains territoires africains, des solutions techniques ont été proposées, montrées et mises en oeuvre.

Différentes formes de partenariats ont été envisagées. Ce Forum doit concrètement permettre de trouver des solutions pragmatiques de créations d’entreprises ou des réponses à des projets entre des entreprises africaines et des entreprises françaises. De ce point de vue, le sommet de Bamako a concrètement été, en termes d’inclusion, une réussite d’export du Medef français et de croissance des Fédérations patronales africaines.

Comment voyez-vous votre arrivée à la tête du comité Afrique du Medef International ?

On est toujours un peu l’héritier de ce qu’on vous laisse… En l’occurrence, quand nous sommes arrivés avec l’équipe – Frédéric Sanchez le nouveau président de Medef international, Philippe Gautier comme directeur général, et moi-même, comme président du comité Afrique – nous avons reçu un héritage très fort de ce qui a été laissé par Patrick Lucas, Jean Burelle et par d’autres, dont nous nous servons : une organisation qui fonctionne, des réseaux qui marchent, des conventions de partenariat entre patronat français et patronats d’une quarantaine de pays africains, qui existaient déjà.

Il faut maintenant aller plus loin, car pendant de nombreuses années, ce sont surtout les grands groupes qui ont été « au front » du développement en Afrique. Aujourd’hui, en accord avec Pierre Gattaz, nous nous sommes donné pour mission d’emmener sur le territoire africain le tissu des entreprises françaises de taille moyenne ou des petites entreprises.

D’abord parce que nous avons des technologies extrêmement intéressantes à y développer. Ensuite, parce que, le plus souvent, ces PME et ces ETI, qui constituent le plus gros des troupes du MEDEF, ne connaissent pas toutes bien le continent africain, mais sont prêtes à prendre un certain nombre de risques. Nous devons donc les accompagner.

Comment ?

Notre deuxième grand axe a été la création d’un incubateur de start-up – l’indice UP 40 – de 40 start-up africaines et françaises que nous avons commencé à identifier dans différents domaines comme l’environnement, la formation, etc., et qui sont en train, aujourd’hui, de grandir avec une forme de reconnaissance de la part des différents patronats.

Il s’agit, dans notre esprit, d’une ouverture de vitrine des deux côtés : des entreprises africaines vont rencontrer des entreprises françaises qui vont les aider à se développer. Et des entreprises françaises qui ont des technologies de pointe – d’où la dimension fondamentale du côté « start-up», en particulier dans le domaine du digital – vont pouvoir les mettre en oeuvre sur le territoire africain.

Le troisième axe consiste à favoriser une organisation par filières. Nous étions traditionnellement organisés – et nous le sommes d’ailleurs restés – par zones géographiques, mais nous avons aujourd’hui ajouté une nouvelle dimension « filières » au Medef International, et en particulier au Comité Afrique, notamment une filière agroalimentaire qui est très vigoureuse ainsi qu’une filière villes durables qui permet de regrouper énormément de savoir-faire français et de rayonner sur l’ensemble de l’international hors frontières françaises.

Que faire pour clarifier et rendre plus lisibles les différentes structures du MEDEF ?

Le Medef et le Medef international avaient au départ chacun des objectifs quasiment statutaires. L’existence d’un Comité Afrique au sein du Medef International répondait à une exigence très simple : aujourd’hui, 40 % de l’activité du Medef International est tournée vers l’Afrique. C’est la raison pour laquelle nous avons un Comité sur l’Afrique.

L’initiative est venue de Pierre Gattaz qui a pris conscience que l’Afrique et l’international représentaient un potentiel extrêmement important pour les entreprises françaises. Il fallait donc dépasser le champ restreint du travail franco-français qui était fait précédemment, pour s’intéresser à l’international. Et bien évidemment, les différentes structures travaillent complètement de concert sur les trois grands axes que je viens de vous citer.

Quelle est votre approche de l’Afrique pour aborder ses patrons, ses acteurs économiques, et ses marchés ?

Le Forum économique du CNPM et de Medef International n’a pas seulement pour objet de favoriser les rencontres, mais aussi de résoudre des problèmes. Lorsqu’une entreprise française rencontre des difficultés à l’international, en Afrique en particulier, le rôle de Medef International et du Comité Afrique est de tenter de trouver, en accord avec les pouvoirs publics français, une solution, et en tout cas, d’éveiller la partie africaine au respect de ses engagements.

Pendant une décennie, nous avons assisté à un afro-pessimisme assez épouvantable. En dehors de quelques grands groupes isolés et parfaitement identifiés, les acteurs en Afrique étaient limités. Les appréhensions liées au « risque Afrique » ayant été levées, s’en sont suivies deux ou trois années d’afro-optimisme : on a subitement redécouvert le continent africain et le potentiel de ses marchés ! L’Afrique est apparue comme un eldorado, un territoire où l’on pouvait tout faire.

Vers quelle direction penchez-vous ?

Au Medef et en particulier au Comité Afrique, nous sommes aujourd’hui dans une position un peu différente qui penche résolument vers une vision « afro-réaliste ». D’abord parce que sur le continent, les situations sont très différentes selon les régions. Ces différences sont à la fois structurelles, culturelles, elles tiennent au poids économique, au poids monétaire…

L’Afrique ne doit pas être abordée comme une seule et même entité, au même titre, par exemple, que la Chine. Il y a plusieurs Afriques, non seulement en termes de différences de croissance, mais aussi de vitesses d’évolution des pays en matière de gouvernance : certains continuent de connaître une évolution tout à fait positive, respectent les règles internationales, et souhaitent voir les critères environnementaux reconnus comme étant des critères absolument obligatoires.

Et d’autres pays continuent d’avoir de très mauvaises habitudes : des administrations pléthoriques et pas forcément très compétentes, des pratiques fiscales qui relèvent de l’ajustement budgétaire de fin d’année, des défauts de paiement, de financements publics, etc.

Par rapport à votre tropisme africain, comment définissez-vous concrètement les cibles ? S’il y a des Afriques, des rythmes différents, comment construire une cohérence ?

Elle est liée à la connaissance assez intime du continent africain que peuvent avoir déjà de nombreuses entreprises françaises. Preuve en est leur présence au sein du bureau du Comité Afrique. Elles peuvent y livrer et partager leur expérience de partenariats acquise en continu depuis des années sur le continent, et nourrissent une vision de long terme.

Certes, l’expérience ne sert pas toujours aux autres, mais elle permet souvent de bien illustrer l’évolution de chaque pays. Nous suivons aussi toute une batterie d’indices – ceux des bailleurs de fonds, des ONG ou de la société civile – qui permettent de se forger une idée et une philosophie sur l’évolution économique et politique chaque pays, et que nous partageons dans nos réunions.

Nous en tenons plus de 200 par an, que ce soit à Paris, sur des thématiques pays, mais aussi en emmenant sur place des délégations de 20 à 60 entreprises, qui peuvent ainsi, de manière très régulière, voir dans différents pays les réalisations économiques, les projets, les entreprises, et les interlocuteurs avec qui on peut travailler.

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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