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Analyse et Opinion

Opinion : Le retour de Ramaphosa

La chute de Zuma

Les élections municipales de 2016 vont précipiter les choses. Non pas que l’ANC ait perdu la majorité, elle dispose encore de plus de 60 % des voix dans le pays, mais son influence dans les grandes villes a diminué au point qu’elle s’est retrouvée minoritaire dans les deux plus grandes villes d’Afrique du Sud.

Tandis qu’une opposition mixte blanche-noire a commencé à compter (plus de 25 % des voix), Ramaphosa va d’abord reprendre à son compte une partie du programme très populaire de Jacob Zuma de réappropriation du sol. Ce qui va lui permettre de devenir président de l’ANC aux élections internes de décembre 2017.

Quelques mois auparavant, il avait déjà attaqué ouvertement Jacob Zuma en soutenant publiquement une jeune fille qui avait porté plainte pour viol contre lui. Les journaux (qu’il influence direc­tement au travers de Johnnic) reprirent leurs attaques ad hominem de plus belle. Zuma, acculé, est obligé de démissionner au profit de son vice-président dès le début de la nouvelle année.

Pour autant, Ramaphosa est-il à l’origine des problèmes économiques du pays ? Bien sûr que non, ce serait bien méconnaître les ressorts de la vie économique pour le croire. En fait, Mandela puis Mbeki ont bénéficié d’une hausse continue du prix et de l’or et du diamant. Les prix retombèrent à partir de 2012, restreignant terriblement les marges de manoeuvre du gouverne­ment syndicaliste (voir graphique 4 sur le prix du diamant, sachant que le cours de l’once d’or passa de 1 840 $ en 2013 à moins de 1 200 en 2017).

Et ce n’est pas tout. Car les deux premières administrations noires du pays ne connurent pas non plus l’expansion internationale phénoménale des multinationales sud-africaines. En effet, l’économie du pays est menée par de très grandes firmes dont six au moins comptent parmi les plus importantes de la planète : le deuxième brasseur du monde, l’un des plus importants papetiers, l’un des plus grands distri­buteurs, et l’un des plus grands labora­toires pharmaceutiques… Géants mondiaux suivis par des firmes plus petites mais tout aussi conquérantes à l’international, telle cette boulangerie industrielle « retoquée » par Ramaphosa et fournissant à présent le pain des McDo de toute la sous-région !

Une tâche herculéenne

Sans compter les investis­sements des sociétés minières surtout ailleurs que chez elles : elles sont présentes aujourd’hui partout, surtout en Afrique et jusqu’en Asie. Cette internationalisation de l’économie sud-africaine a terriblement pesé sur le manque d’investissement dans le pays. D’autant que les étrangers venus s’ins­taller localement se sont financés… dans les Bourses de valeurs locales, donc avec de l’argent sud-africain !

Bref, Ramaphosa est confronté à une tâche à la fois double et herculéenne : un, contenter les jeunes en matière de restitution du sol, surtout dans le domaine agricole (les émeutes agricoles se sont multipliées ces dernières années) mais sans faire peur à la communauté internationale pour éviter une descente aux enfers en matière d’investissements étrangers, déjà atones ; deux, accen­tuer rapidement le Black Economic Empowerment sans, là non plus, heurter les investisseurs étrangers. Il a déjà donné une piste, celle du recrute­ment plus dynamique de cadres noirs.

De simples incitations fiscales ou une politique de quotas peuvent y aider, comme elles l’ont fait aux États-Unis. Mais la nouvelle administration doit faire vite. Et même si son chef est un surdoué – c’est une évidence – on ne conduit pas un pays comme on dirige des fonds de pension. Il faut y ajouter les pesanteurs politiques et les relations internationales (songeons au problème de l’immigration, toujours pas résolu) Le nouveau Président semble toutefois être né coiffé : au moment où il revient au pouvoir, les cours des matières premières remontent. 

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Written by African Business

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