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Analyse et Opinion

Opinion : Quelques (fausses) nouvelles d’Afrique

Pourquoi la mode du fact checking ne gagne-t-elle pas l’Afrique ? Analyses faussées, idées reçues pourtant faciles à démentir, mensonges caractérisés… Il est temps de rétablir quelques vérités, même si certaines dérangent.

Par Christian d’Alayer

On parle beaucoup ces temps-ci des fake news, ces fausses nouvelles diffusées sur le Net et massivement dénoncées par les médias traditionnels. Pourtant, tous les Africains ont pu lire des séries presque ininterrompues de fausses nouvelles sur leur continent, déversées par ces mêmes médias traditionnels. De même que tous les spécialistes de telle ou telle question désespèrent à la lecture de ce qu’en relatent les journalistes les plus aguerris.

Voyez aussi les informations en temps de guerre : l’ennemi est toujours horriblement méchant face aux anges de vos propres troupes ! À cet égard et tout récemment, on retiendra que les bombes occidentales pleuvant sur Mossoul ou Raqqa étaient et sont « propres » face aux bombes absolument répréhen­sibles des Russes tombant sur Alep.

Il en va de même en histoire. Jadis, Suétone, l’histo­riographe de l’empereur romain Marc Aurèle qu’il devait impérativement encenser, écrivit La Vie des douze Césars. Une biographie des empereurs qui précédèrent celui qui se considérait comme un philosophe. Alors et bien sûr, tous ses prédécesseurs furent des nuls sanguinaires. Vision confirmée, si l’on peut dire, par l’autre grand historien de l’empire, Tacite, qu’on peut comparer au révolutionnaire français Cambacérès (auteur d’une histoire de la Révolution française rédigée sous la Restauration) : ce sont des personnages qui sont passés entre les gouttes d’un régime à l’autre en écrivant bien entendu que leurs actes passés étaient de la faute des autres.

Fariboles colonialistes

Ajoutez à ces ingrédients la vindicte de réelles victimes arrivées au pouvoir par la suite, en l’occurrence les Chrétiens, et vous obtenez l’image, par exemple, d’un Néron fou sanguinaire alors qu’il fut sans doute l’un des meilleurs empereurs de la série : c’est sous son règne par exemple que se généralisa le phénomène de l’affranchissement qui permit à Rome de bâtir une administration à la hauteur de son empire. Néron avait été éduqué par un grand philosophe stoïcien, Sénèque, qui eut une importance cruciale pendant les huit premières années d’un règne de 14 ans.

On a par exemple retrouvé des réglemen­tations de cette époque destinées à protéger les productions romaines des importations… chinoises. Oui, déjà ! Que Néron ait dû se défendre en sus contre des familles sénatoriales (dont sa propre mère !) furieuses d’être évincées du pouvoir et trempant dans d’innombrables complots est une autre histoire à laquelle furent confrontés la plupart des empereurs romains.

Et c’est ainsi que naquit tout récemment la polémique en France sur les bienfaits de la colonisation. Les Africains, eux, ont voté avec leur ventre et n’ont recommencé à faire des enfants qu’au départ des colonisateurs. La Gauche française avait répandu l’idée de colonisation apportant la civilisation aux sauvages.

Les manuels scolaires, les médias, les discours politiques, tout poussait l’opinion publique française à croire aux fariboles des colonialistes. Songez qu’Albert Londres publia en 1929 Terre d’ébène, sa dénonciation féroce du travail forcé. Lequel ne fut définitivement supprimé qu’en 1954 au Sénégal ! Tandis que les députés français osèrent voter en 2005 une loi obligeant l’Éducation nationale et les éditeurs à vanter «les bienfaits de la colonisation» : parfois, l’histoire trébuche à force de ne pas vouloir se remettre en cause.

De la bonne gouvernance

En économie, c’est pire puisqu’une science sociale a décidé de se muer en idéologie. Là où l’économétrie et la réflexion critique devraient prévaloir, ce sont des a priori qui sont assenés à longueur de temps dans tous les médias du monde. L’ultra libéralisme prit ainsi son envol dans les années 1980-1990. La gestion publique, c’était l’horreur, et le privé, « la » solution. Je me rappelle m’être fait ainsi morigéner en conférence de rédaction pour avoir osé écrire que la gestion privée de la Compagnie centrafricaine de navigation n’avait pas été meilleure que sa gestion publique.

Qui aujourd’hui, oserait écrire que c’est la gestion d’Air Afrique par la Coopération française qui l’amena à la faillite, du fait de l’achat forcé de deux Airbus flambant neufs alors que ses Boeing étaient amortis et encore en bon état, et non les impayés des États membres ? Souvenez-vous aussi de la théorie française du développement par capillarité : vous aidez surtout la Côte d’Ivoire et, par diffusion circulaire, les pays voisins vont émerger eux aussi.

La grande mode actuelle est à « la bonne gouvernance » : il est de bon ton de déclamer partout que le malheur de l’Afrique, ce sont ses dirigeants. Alors que le continent se développe avec des États qui n’en sont pas vraiment, privés de moyens réels depuis l’intervention du FMI, de la Banque mondiale et des Clubs de créanciers (Londres et Paris) dans les années 1970-1990. Cohortes de fonctionnaires licenciées, privatisations dans tous les domaines, interventions « humanitaires » en tous genres, de la campagne de presse à l’intervention militaire… Malgré cela, les Africains se développent à un rythme aujourd’hui très supérieur au rythme de leur démographie.

Tout comme d’ailleurs les Belges, il y a quelques années, vécurent très heureux et en paix en étant privés plus d’un an et demi de tout gouvernement! L’économie est affaire de toute autre chose que de gouvernance et Schumpeter l’a magistralement démontré en mettant en évidence l’importance des facteurs de productions (travail, capital). Mais près d’un siècle après sa démonstration, les plus grands économistes actuels (jusqu’à des Prix Nobel !) reprennent en choeur la chanson de la « bonne gouvernance».

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