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Analyse et Opinion

Opinion : Laissez-nous voyager sans entraves

Seuls 23 des 55 pays africains ont donné leur accord à la création du Marché unique du transport aérien, l’un des douze projets phares de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Une aberration.

Par Baffour Ankomah

Parfois, je ne sais pas ce que les Africains veulent. Le Marché unique du transport aérien attend depuis 38 longues années ! Trente-deux pays ne sont pas encore décidés à donner réalité à un projet vital pour les économies de nos pays et leurs citoyens.

Ces 32 nations sont signataires de l’Agenda 2063 de l’UA, qui se veut « le cadre stratégique de l’Afrique pour la transformation socio-économique du continent au cours des 50 prochaines années ». Ce programme cherche à « accélérer la mise en oeuvre des initiatives continentales pour la croissance et le développement durable ». L’apathie des 32 pays du refus est stupéfiante ! Pourtant, l’argument en faveur de l’Open Sky est si convaincant qu’aucun Africain ne devrait refuser de le soutenir.

Des millions d’Africains sont obligés de souffrir en silence. Imaginez les milliards de dollars qu’ils perdent chaque année en détours inutiles et épuisants, dans des aéroports lointains, pour arriver à destination.

La conception de l’Open Sky remonte à une « Décision » prise par les ministres de l’aviation de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) à Yamoussoukro, en novembre 1999, sous les auspices de la Commission Économique Africaine et du Conseil économique et social des Nations unies. C’était il y a 19 ans ! Cet accord est connu sous le nom de « Décision de Yamoussoukro ». Il a été entériné par les Chefs d’État et de gouvernement de l’OUA, à Lomé en juillet 2000.

Fait remarquable, les pays signa­taires étaient liés par la Décision de Yamoussoukro de libéraliser l’accès au marché du transport aérien en Afrique. Ils s’étaient engagés à prendre « toutes les mesures administratives nécessaires pour donner plein effet à cet accord après une période transitoire maximale ne dépas­sant pas deux ans ».

38 ans de palabres, de palabres, de palabres

L’Afrique, notre cher continent, a eu 38 ans pour discuter, planifier et mettre en oeuvre l’Open Sky. Trente-huit années au cours desquelles le continent a fait ce qu’il fait de mieux : organiser des confé­rences et des sommets interminables, parler, parler et parler, sans pour autant vouloir réellement mettre en oeuvre un projet aussi important que l’Open Sky.

D’où ma déception, et celle de millions d’Africains. Notre continent est celui où le nombre de vols directs entre les pays est le plus bas. Selon l’UA, seuls cinq pays ont des vols directs reliant plus de vingt autres pays africains : l’Éthiopie (30 vols), le Kenya (28), l’Afrique du Sud (25) et le Nigeria (20).

Par conséquent, les voyages en Afrique sont si difficiles et si frustrants que les passagers sont contraints de subir des itinéraires inadmissibles et des escales inutiles qui font honte au continent que nous appelons le nôtre.

Juste deux exemples. En mission à Blantyre (Malawi) depuis Harare (Zimbabwe) – un voyage d’une heure en avion – j’ai dû transiter par Addis-Abeba, en Éthiopie. Un voyage de quatre heures et demie ! Puis, j’ai passé une nuit avant d’embarquer sur un vol de trois heures et demie le lendemain. Soit au total un voyage de 20 heures au lieu d’un vol direct d’une heure seulement.

Un ami journaliste camerounais devait assister à une conférence à Accra (Ghana). En raison du manque de vols directs, il a dû transiter par Addis-Abeba (un voyage de quatre heures) à l’extrême est du continent où il a passé une nuit avant d’attraper un vol en correspondance de près de six heures le lendemain matin pour Accra, à l’extrême-ouest du continent. Soit un voyage de 22 heures au lieu de moins de deux heures s’il avait bénéficié d’un vol direct Yaoundé-Accra.

Des millions d’Africains sont ainsi obligés de souffrir en silence. Imaginez les milliards de dollars qu’ils perdent chaque année en détours inutiles, et épuisants, dans des aéroports lointains pour arriver à destination.

Comme l’a souligné l’UA, « l’absence de vols directs entre les pays africains freine l’intégration économique et rend les trajets beaucoup plus longs pour les passagers. En augmentant la connectivité, l’initiative Open Sky promet de mettre fin à la peine des voyageurs et de stimuler la croissance économique. »

De plus, « si le trans­port aérien est entièrement libéralisé en Afrique », ajoute l’UA, « le trafic peut passer de 79,5 millions de passagers en 2015 à 303 millions en 2035 et 602 millions en 2040 ». Avec leurs possibilités de ressources fiscales supplémentaires…

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Written by African Business

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