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Analyse et Opinion

Opinion : L’agrobusiness en question

L’agrobusiness à financement participatif cherche encore ses marques, en Afrique. En Côte d’Ivoire, il a enregistré quelques succès fulgurants, non sans connaître sa crise de croissance et susciter des polémiques, parfois infondées.

Par Christian d’Alayer

Le terme « agrobusiness » sent le soufre à Abidjan. Cette association de l’agriculture et des affaires est récente même hors d’Afrique. Elle n’a commencé qu’avec les biocarburants et les réserves foncières que de grandes entreprises ont commencé à réaliser un peu partout dans le monde au lendemain du choc pétrolier du troisième millénaire. Auparavant, certes, des banques avaient, elles aussi, investi dans l’agriculture, mais surtout dans le domaine de l’élevage.

Là, il s’agit de toute autre chose : des multinationales se sont mises à l’agri­culture. Des Chinois ont par exemple constitué des réserves foncières hors de chez eux, notamment en Afrique, pour produire d’abord du riz, puis toutes sortes d’autres denrées alimentaires. Des parfu­meurs, des industries oléagineuses, des transformateurs de produits animaliers, etc., ont suivi, découvrant que l’agricul­ture intensive pouvait être extrêmement rentable, au grand dam des associations environnementales hurlant à la mort de la planète sous les millions de tonnes d’intrants nouveaux que ce type d’agri­culture nécessite.

Des souscripteurs ont pu voir près de chez eux les premières réalisations de leur société, des champs cultivés de manière moderne, des entrepôts, des tracteurs…

Les Africains ne disposent pas encore de ce type de grandes sociétés capitalistiques et, par exemple, n’ont pas l’expérience des puissantes coopératives françaises oeuvrant du champ à l’usine et au marketing de vente. Mais ils savent s’adapter : dès les années 2000, soit moins de dix ans après les pays développés ou émergents, ils ont constitué des entre­prises à partir de souscriptions volon­taires de citoyens aisés. Ce fut la naissance de l’agrobusiness en Afrique.

Douche froide

Certes, les promoteurs n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère, promet­tant des retours sur capital ultra rapides, trop certainement compte tenu, tout de même, des temps normaux de réponse des travailleurs ruraux à qui ces sociétés apportaient tous les ingrédients d’une productivité à l’occidentale : machines, engrais, pesticides, semences sélection­nées…

Ces sociétés ont surtout loué des terres « occupées » et proposé en fait à des paysans de travailler leur terre différem­ment. On a vu au Mali que cette façon d’aborder le problème était nettement plus efficace que de faire à la chinoise, c’est-à-dire amener des exploitants de l’étranger pour « montrer comment il faut faire » aux autochtones.

Bref, il était normal qu’en Afrique francophone, l’agrobusiness fleurisse surtout en Côte d’Ivoire où la popula­tion entière sait que sa richesse vient de la terre. Une vingtaine de sociétés se mirent sur les rangs au cours des trois dernières années. Plus de 70 000 action­naires ont répondu présent, investissant ce qu’on sait aujourd’hui être nette­ment plus de 100 milliards de F.CFA dans ce créneau (153 millions d’euros). Parmi eux beaucoup de cadres locaux, notamment administratifs, mais aussi beaucoup d’expatriés tant en Europe qu’en Amérique. Soit le « haut du panier » ivoirien.

Puis, une banque de la place a brusquement déclaré, un jour de décembre 2016 : « Il n’y a pas de compte d’exploitation, c’est un système de Ponzi, une gigantesque arnaque ! » Imaginez la réaction des investisseurs… On a su par exemple qu’un homme s’est cru ruiné, son épouse ayant englouti les économies du ménage dans cette affaire. Des préfets, d’autres hauts fonctionnaires, des policiers gradés mêmes imagi­nèrent leurs économies parties en fumée…

Le gouvernement se devait de réagir. Le ministre des Finances, puis le chef de l’État, Alassane Ouattara lui-même, intervinrent. Les comptes de la vingtaine de sociétés d’agrobusiness ivoiriennes furent bloqués, certains dirigeants mis sous mandat de dépôt. L’État promit d’indemniser toutes les « victimes ».

Des actifs bien concrets

Et puis… Et puis une petite voix se fit entendre, celle d’une association de défense des intérêts des actionnaires de la principale société, Monhevea.com, pilotée par la start-up Agronomix. Son PDG, Christophe Yapi, est en France d’où il entreprend de défendre son intégrité et ses actionnaires. Il propose d’entrée de rembourser lui-même les investisseurs jusqu’au dernier centime, alors que les offres de remboursement étatique étaient a minima.

Au contraire d’un système de Ponzi, simple paiement des dividendes sur l’argent des nouveaux souscripteurs, Monhevea.com dispose bel et bien d’actifs. Que l’État ivoirien se mit à rechercher. Des souscripteurs avaient pu voir près de chez eux les premières réalisations de leur société, des champs cultivés de manière moderne, des entre­pôts, des tracteurs… Les actionnaires ne veulent donc pas être mal remboursés par l’État, ils veulent que ce dernier laisse leur société continuer sa vie normalement et leur verser les dividendes tout aussi normalement.

La petite voix de l’association devient donc un cri gênant ! Le fait de confier aux banques la recherche d’actifs prouve que rien n’est clair dans ce dossier. Et que le banquier qui a crié au Ponzi l’est encore moins : il n’existe pas dans l’histoire économique mondiale de système de Ponzi mis en oeuvre par vingt sociétés en même temps. Un système de Ponzi avec des actifs en plus ! Bref tout le monde sans exception, médias ivoiriens et français inclus, crut à une gigantesque arnaque en décembre et janvier. Mais aujourd’hui le soufflé dégonfle.

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