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African Banker

Opinion: L’actionnaire universel, une solution

La mauvaise répartition des fruits de la croissance pèse sur la croissance potentielle des pays africains. Faire de l’État un actionnaire universel pourrait améliorer la répartition des richesses.

Par Désiré Mandilou

La mondialisation réduit les inégalités entre les pays, mais les approfondit au sein même des pays. L’émergence de nouvelles nations développées s’accompagne d’une concentration de la richesse sur une petite fraction de la population. Malheureusement, l’information économique en cette matière présente souvent des biais statistiques.

D’où l’option de la très longue période dans tous les travaux portant sur les inégalités. De ce point de vue, la contribution la plus marquante est celle de Thomas Picketty. Selon l’économiste français, lorsque les rendements du capital (noté r) augmentent plus vite que le taux de croissance économique (noté g) alors la part du capital dans le revenu national (notée r*k/y) augmente et créée des inégalités entre ceux qui détiennent du capital et ceux qui n’en détiennent pas. Cette thèse a eu un retentissement mondial.

Toutefois, comme l’affirme Karl Popper, une proposition n’est scientifique que si elle est réfutable. Un économiste brésilien du FMI, Carlos Goes, a établi que lorsque l’augmentation des revenus du capital est supérieure de 1 point à la croissance économique, on observe une diminution de la part des richesses détenue par les 1 % les plus riches. Soit le contraire de la thèse de Picketty.

Selon l’économiste du FMI, son erreur aurait pour origine l’hypothèse de stabilité à long terme du taux d’épargne. En effet, depuis Milton Friedman et sa théorie du revenu permanent, on sait que l’individu souhaite lisser sa consommation sur le long terme. Ce qui signifie qu’il ne souhaite pas une consommation instable au gré des conjonctures économiques (crises, croissance forte, récession etc.).

Pour ce faire, il ajuste en permanence les quantités de revenus qu’il épargne. Il alloue plus ou moins de revenus à sa consommation pour que celle-ci reste stable sur le long terme. Par ce jeu d’équilibres, les quantités de revenus épargnées fluctuent. Le taux d’épargne est donc nécessairement cyclique, et non stable comme le suppose l’économiste français.

Cette controverse a eu le mérite de remettre au goût du jour le débat sur les solutions permettant de réduire les inégalités. Dans cette perspective, il est apparu que l’instrument du revenu universel d’existence est incontournable tant chez les libéraux que chez les keynésiens. L’œuvre la plus achevée dans la sphère des solutions étant celle de l’économiste britannique Anthony Atkinson, dont Piketty fut l’élève.

L’exemple namibien

Malgré ses illustres parrains (de Milton Friedman à James Tobin), l’idée d’un revenu universel d’existence ou revenu de base alloué de manière inconditionnelle n’a jamais été appliquée, autrement que sous la forme de programmes expérimen-taux à échelle réduite.

En Afrique subsaharienne, on peut retenir l’expérience menée par le Namibian Basic Income Coalition dans un village. Durant deux ans (2008-2009), les 930 villageois d’Otjivero-Omitara de moins de 60 ans recevaient un revenu de base mensuel (BIG, pour Basic Income Grant) représentant l’équivalent de 9 dollars par mois, sans aucune autre condition que celle d’habiter le village.

Dans le même temps, un tiers des Namibiens vivaient avec moins d’un dollar par jour. Un an après le début de l’expérimentation, un rapport d’évaluation a établi que la mise en place de ce revenu de base a considérablement amélioré l’économie locale. En moyenne, les habitants du village ont pu améliorer leur revenu de 29 %. On a aussi pu observer une diminution du taux de chômage qui est passé de 60 % à 45 %.

Plutôt que de renforcer l’assistanat, le revenu de base a donc augmenté l’activité économique dans le village. L’expérimentation namibienne est ainsi riche d’enseignements qui vont souvent contre les idées reçues.

L’idée apparemment utopique s’est révélée être un véritable outil de lutte contre la pauvreté. D’où vient alors l’extraordinaire opposition du FMI au revenu universel d’existence ? Primo, sa généralisation « ôterait le pain de la bouche » des institutions onusiennes qui ont érigé la charité et l’interventionnisme qui va avec en capital social. Secundo, la faiblesse du revenu universel réside dans son financement. Jusqu’à ce jour, il reste adossé aux ressources fiscales de l’État.

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Written by African Banker

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