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African Business

Opinion – La croissance pour tous

Les pays les moins avancés d’Afrique ont souffert, ces derniers mois. Pourtant, ils demeurent en croissance et le ralentissement économique n’entrave pas les investissements. Du moins si on en croit des statistiques qui ne sont pas sans défaut…

Par Christian d’Alayer

Le rapport de la Cnuced sur les Pays les moins avancés 2016 est paru. Comme 80 % de ces PMA sont africains, ce rapport permet de voir comment ont réagi les pays les moins riches du continent à la baisse du prix des matières premières.

Les exportations des pays africains les plus pauvres s’en sont fatalement ressenties, près d’un quart de baisse en valeur en 2015 par rapport à 2014 .

Le rapport note un effondrement de leurs balances des paiements – jusqu’à moins 50 % pour un pays comme le Mozambique ! Deux autres faits viennent adoucir le premier constat : d’une part, les pays africains les moins avancés ont aussi beaucoup épargné et investi (plus du quart du PIB en financement interne, nous apprend le tableau 2, ce qui est considérable).

D’autre part, ils ont reçu aussi, entre l’aide publique internationale et les IDE (Investissements directs étrangers), pratiquement autant que ce qu’ils ont perdu en exportations moins rémunérées. Bien sûr, le tableau n’est pas reluisant.

Mais il est nettement moins sinistre que ce qu’ont rapporté ces derniers temps le FMI et des médias occidentaux, apparemment prompt à dire que l’Afrique se porte mal.

En fait, et comme pour les pays africains riches, les PMA ont eux aussi entamé leur décollage, la liaison entre une épargne intérieure forte et une croissance restant vigoureuse, en dépit d’un effondrement des prix des biens et services exportés par ces pays.

D’ailleurs, on peut constater que les prévisions de croissance de la Banque mondiale pour l’Afrique telles qu’indiquées dans son rapport sur le commerce international en 2015, ne correspondent pas avec celles qui sont indiquées ici : l’Afrique n’a bel et bien perdu qu’autour d’un point de croissance avec la baisse du prix des matières premières en 2014 et 2015. L’avenir n’est plus du tout sombre.

Des emprunts à taux attractifs

Et si les Africains ont dû emprunter pour combler le déficit de leur balance commerciale, ce n’est en fait qu’à la marge.

On le voit bien en rapprochant les tableaux : sans apports extérieurs, il ne manquait aux PMA que 3 % de leur PIB pour financer leurs investissements en 2012, plus que 1,7 % en 2013 et qu’un peu plus d’un point en 2014.

Or, leur croissance fut nettement supérieure à ces pourcentages tout au long de ces années. Et comme les financements extérieurs ont compensé la baisse des recettes d’exportations, un simple calcul montre qu’il ne leur a finalement même pas manqué la différence entre la FBCF (Formation brute de capital fixe) et l’épargne intérieure, soit très peu par pays, de l’ordre d’une à quelques dizaines de millions de dollars selon les pays.

Ce qui est négligeable face à la capacité d’exportation desdits pays. C’est la raison pour laquelle pratiquement aucun de ces pays n’a fait appel aux financiers publics habituels, Bruxelles ou Washington : ce sont les banques privées qui ont prêté, à des taux actuellement plus qu’attractifs.

Et finalement, il en a été des pays africains pauvres comme des pays africains riches, soit un ralentissement très modéré d’une croissance qui reste soutenue.

À adopter un peu de recul sur le long terme, on s’aperçoit que les quinze dernières années ont apporté un éclairage assez perturbateur de l’analyse économique mondiale.

Le renversement total et durable des termes de l’échange, cette fois-ci en défaveur de l’Occident (qui semble ne pas s’en rendre compte), a en effet remis à l’honneur les plaintes jadis moquées des tout premiers dirigeants de l’Afrique indépendante au sujet du pillage des matières premières de leur pays.

D’autre part, les tenants occidentaux de l’ultralibéralisme ont obtenu satisfaction avec l’application des dogmes de l’économie de l’offre dans les quatre cinquièmes de la planète. Ainsi que par l’ouverture des marchés de l’ancien tiers-monde via la « mondialisation ».

Ce faisant, ces économistes et les dirigeants qui les suivirent, ouvrirent en fait les marchés occidentaux aux productions nettement plus compétitives des pays émergeants.

Ils considéraient que la technologie les sauverait : ces pays émergents s’avérèrent tout aussi technolo­giques que les pays développés, peuplant même leurs « Silicone Valley » de leurs meilleurs éléments, sans que pour autant cette fuite des cerveaux dépeuple les leurs : aujourd’hui, la Chine dépose plus de brevets que les États-Unis et plus aucun produit High-Tech de grande consommation n’est produit en Occident !

Les relations Sud-Sud l’emportent

La conjonction des deux évolutions, voulue par les Occidentaux, a conduit visiblement à l’effondrement de son empire constitué à coups de canon depuis le XVIe siècle : un endettement public démentiel accolé à des dépenses militaires toutes aussi démentielles.

L’Occident ne vit plus qu’à crédit et seule l’intelligence de ses créditeurs le sauve de la débâcle. Mais qu’arrivera-t-il si le dollar s’effondre ? « La main invisible du marché » est bien en peine d’expliquer ce qui arrive à l’économie mondiale : c’est aujourd’hui la Chine qui mène le jeu et qui a fait, par exemple, de Dubaï – et donc du Pacifique – le principal port de la planète.

Adieu la domination de l’Atlantique nord, adieu la suprématie du Nord sur le Sud en matière commerciale : ce sont aujourd’hui les relations Sud-Sud qui l’emportent !

C’est comme si une main, cette fois-ci extérieure, avait pris les manettes et inversé le cours de l’économie pour que les pays pauvres ne le soient plus, au détriment des pays riches.

Une fois atteint un certain niveau de développement, d’une part les peuples n’ont plus « envie » ; et, d’autre part, ceux qui ne l’ont pas atteint réclament leur dû quoiqu’il arrive.

C’est l’exemple de la Corée du Sud : une fois atteint un certain degré de développement, les Coréens ont réclamé – et obtenu – des hausses de salaire permettant à leur économie de se fonder aussi sur l’essor du marché intérieur. Quand les Coréens auront atteint un niveau de plus grande richesse, peut-être qu’eux aussi n’auront plus «envie» ?

Les Occidentaux, dans ce schéma, ont donc loupé le coche : ils auraient pu imaginer le monde d’après leur surconsommation. Ils ont inventé celui de la surprédation, recréant des inégalités du niveau du XIXe siècle.

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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