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African Business

Opinion : Les Africains n’aiment pas la guerre

Bien sûr, l’Afrique a connu et connaît encore des conflits. Pourtant, ils restent peu nombreux et sont, bien souvent, les résultats de l’interventionnisme occidental et de ses désordres.

Par Christian d’Alayer

Hier, l’image de l’Afrique en France était celle véhiculée par une marque connue de chocolat en poudre. Aujourd’hui, le combat antiraciste semble d’arrière-garde : l’image de l’Africain oscille à présent entre le jeune dealer des banlieues, l’islamiste radical qui verse dans le terrorisme et l’enfant soldat en guerre perpétuelle sur son continent.

Il est vrai que les guerres se sont multipliées en Afrique depuis un siècle, comme les rébellions locales celle de Casamance, d’Agacher ou d’Ituri. Comme l’Afrique est très jeune (64 % de la population a moins de 25 ans), la moindre étincelle peut y déclencher un incendie très grave.

Et même si parfois les pays africains ont disposé de grands chefs de guerre, on ne peut vraiment pas dire qu’ils aiment guerroyer.

Cependant, en regardant de plus près, on voit que, de 1800 à aujourd’hui, une grande partie des guerres menées sur le continent l’ont été sous contraintes extérieures : guerres d’indépendance, mais aussi conflits issus de la politique des anciens colonisateurs.

C’est le cas par exemple en Centrafrique où la France, par deux fois, a fait sauter un dirigeant capable d’unifier ce pays aux deux nations (l’empire bokassien reposait bel et bien sur une pluralité de peuples) Bokassa fut victime des secrets qu’il détenait sur la Françafrique et sur le président français d’alors ; et Ange-Félix Patassé eut le tort, aux yeux des Français, de demander à Kadhafi la caution musulmane dont il avait besoin pour s’imposer au nord du pays.

De même, les guerres des Congo furent téléguidées de l’extérieur. D’une part, les armées ougando-tutsies, équipées et conseillées par les Anglo-Saxons, furent stoppées par une coalition Congo-Angola- Zimbabwe armée, elle, par les Français (fameux épisode du procès de l’« Angola­gate »).

D’autre part, les cadres de ces coalitions furent formés, les premiers, à Londres et Washington, tandis que les seconds le furent à Paris, l’épilogue du conflit principal étant logiquement décidé lors d’un entretien secret entre Bill Clinton et Jacques Chirac sur une île du Pacifique.

La main de l’étranger

Quant au nord du fleuve Congo, c’est parce que Pascal Lissouba, Président élu en 1992, décida de traiter avec une compagnie pétrolière américaine, que Denis Sassou N’Guesso le chassa du pouvoir avec l’aide de l’armée angolaise : peut-on vraiment dire qu’il s’est agi d’un conflit africain ?

Où que l’on regarde, on aperçoit une main étrangère dans les conflits. Voyez le long conflit éthiopien, guerre civile reproduisant en fait l’opposition entre l’Union soviétique d’alors et les Américains.

Ou les derniers événements « terroristes » en Afrique de l’Ouest et du centre : auraient-ils existé sans l’interven­tion occidentale en Libye, permettant aux armes de Kadhafi de s’échapper dans le Sahara, et à celles fournies abondamment aux rebelles, d’être redistribuées aux adeptes de Boko Haram avec la compli­cité d’un riche allié arabe de l’Occident ?

Même des conflits qui paraissent plus autochtones, comme les guerres du Liberia et de Sierra Leone, ne sont pas exempts d’intervention étrangère : on a suffisamment évoqué les « diamants du sang » pour savoir qu’ils furent à la fois la raison d’être des conflits et leur source de financement.

Or, ces diamants furent exportés hors d’Afrique via une capitale africaine francophone. Avant la chute de Bokassa, c’est Bangui qui servait de relais à tous les diamants africains de contre­bande (et aussi aux défenses d’éléphant prohibées). Après Bokassa, on peut le dire aujourd’hui, ce fut Compaoré qui géra le trafic, on restait dans le cadre de la Françafrique.

Quelques conflits « locaux »

Allons au nord du continent où fleurit le « Printemps arabe » : que seraient-ils devenus sans l’argent saoudien ? Certes, les mouvements islamistes existaient depuis longtemps et avaient grandi en oeuvrant inlassablement dans le domaine de la solidarité.

Mais c’est une radio qatarie, Al Jazeera, ainsi qu’un Internet sous forte influence saoudienne, qui vont relayer en temps réel les révoltes des jeunes.

Il existe certes des conflits purement locaux. La guerre de l’Ogaden n’est par exemple qu’une énième tentative des Somali des plaines arides de l’est africain de vivre des jours meilleurs sur les hauts plateaux éthiopiens.

Leurs habitants ont, de tout temps, repoussé les escalades somalies vouées de toute façon à l’échec, compte tenu de la topographie. Mais les guerres entre forestiers, presque tous bantous et cultivateurs, et Sahéliens, presque tous issus de pasteurs nomades, n’auraient pas eu lieu si les colonisateurs n’avaient pas érigé des frontières si absurdes au congrès de Berlin (1884-1885).

La mort est anormale

Nous avons trop tendance aujourd’hui à gommer le passé. Or celui-ci, en géopolitique, explique toujours le présent et annonce l’avenir. Ainsi, les Africains n’ont réellement repris leur croissance démographique, stoppée plus de trois siècles durant par les traites puis la colonisation, qu’après leurs indépen­dances.

Années au cours desquelles les prix des matières premières ont été au plus bas de l’histoire de l’humanité ! Et au cours desquelles l’Occident a détruit les États naissant tout en désinvestissant massivement hors les mines et le pétrole. On retrouve donc partout des bandes de jeunes au chômage face à une autorité publique quasi inexistante.

Fort heureusement, le lien familial est encore fort en Afrique et les parents ont l’autorité que leurs États n’ont pas encore conquise, contrairement aux parents africains immigrés en Occident.

Ce pour quoi il n’y a pas plus de troubles. Car si on analyse les listes des guerres en Europe, en Amérique ou en Asie au cours des mêmes périodes, on constate aisément que l’Afrique est en fait le continent le moins guerrier du monde !

C’est d’ailleurs le seul continent où l’on considère la mort comme anormale : presque partout, il faut une explication lors de la disparition d’un proche, fût-il centenaire !

Et si les hommes, notamment en Afrique centrale, ont pu être excités par le pillage, les femmes ont tenu et leur maisonnée et, de fait, l’économie de leur pays. Elles y ont même gagné le droit de travailler sans l’accord préalable de leur mari !

Dernier éclairage pour finir de vous convaincre : allez sur le site de la CIA-World Facts Book, en accès libre, et voyez les comparaisons entre États, rubrique dépenses d’armement.

Vous pourrez constater aisément, je l’ai déjà signalé dans ces colonnes, que les pays africains comptent parmi ceux qui dépensent le moins en armement, en pourcen­tage de leur PIB. Et même s’ils ont parfois disposé de grands chefs de guerre, on ne peut vraiment pas dire qu’ils aiment guerroyer.

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Written by African Business

Fort de son succès, ce magazine est une référence pour les femmes et les hommes d’affaires en Afrique. Il permet aux décideurs d’avoir une approche concrète du marché et de saisir de nombreuses opportunités à travers le continent africain. African Business est respecté et reconnu pour son intégrité éditoriale et sa contribution au développement de l’Afrique. Tous les secteurs de l’économie sont couverts par des journalistes renommés. Les numéros annuels sur les “200 Premières banques” et les ‘‘250 Premières entreprises’’ sont devenus de réels outils de travail et des indicateurs du climat des affaires en Afrique. Chaque année, les Trophées d’African Business récompensent la réussite des entrepreneurs et des les entreprises les plus performantes du continent.

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