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African Banker

Niger : Ouverture à la finance islamique

Le gouvernement du Niger ouvre son marché à la finance islamique pour favoriser l’élargissement de l’accès des populations à une gamme de services plus large et répondre aux besoins de la clientèle.

Niamey, Sani Aboubacar

Les institutions de microfinance nigé­riennes peuvent désormais offrir à leurs clients des produits et services de la finance islamique. Le gouvernement du Niger a approuvé, en janvier 2018, l’adoption du projet de loi modifiant et complétant la loi du 21 janvier 2010 portant réglementation des Systèmes financiers décentralisés (SFD).

Avec une forte population musulmane, majoritairement rurale, la microfinance islamique pourrait jouer un rôle crucial contre l’insécurité alimentaire et aider ainsi au bon développement économique du Niger.

Les modifications apportées à cette loi par l’exécutif nigérien consistent en la mention explicite de la possibilité offerte aux SFD de réaliser des opérations conformes aux principes de la finance islamique, ainsi qu’au renvoi aux instructions de la Banque centrale des dispositions particulières traitant des modalités d’exercice de l’activité de la finance islamique, par les institutions de microfinance.

Pour le gouvernement, il s’agit de créer un environnement plus favorable à l’éclo­sion de nouveaux produits pour les SFD. Une nécessité mise en relief par le dévelop­pement des institutions de microfinance, l’évolution de leurs activités et la recherche d’une meilleure inclusion financière des populations.

Se réjouissant de l’adoption de cette loi, Abdoulaye Guédé, président de l’Association nigérienne pour la promotion de la finance islamique (ANPFI), précise que deux SFD (ASSUSSU SA et KOKARI) ont entrepris d’exploiter ce système financier, mais de manière limitée « parce qu’il n’existe pas encore de cadre légal et institutionnel devant régir le système financier islamique».

Dès janvier 2017, la BCEAO avait entamé, avec l’appui des partenaires au développe­ment, des réflexions en vue de promouvoir les activités de la finance islamique au sein de l’Uemoa. La loi portant réglementation des SFD, en vigueur dans l’Union, ne comporte pas de dispositions spécifiques permettant à ces institutions de proposer exclusivement ou à titre principal des produits relevant de la finance islamique. La nouvelle loi va ainsi définir le champ d’action de tous les SFD et toutes les règles nécessaires à l’exploitation complète du système financier islamique.

Le défi de l’inclusion financière

Les amendements apportés à la loi visent ainsi à insérer l’activité conforme aux prin­cipes de la finance islamique dans le système de microfinance classique. Compte tenu de ce qu’ils savent des interdits religieux, beaucoup de Nigériens ne déposent même pas leur argent en banque et, a fortiori, ne demandent pas à ces banques de financer leurs besoins en activité.

Le chef du projet Finance islamique de l’institution de microfinance ASSUSSU SA, Ahmed Sidi Ibrahim, un des SFD autorisés à fournir des produits de la finance islamique au Niger par la BID depuis 2014, reste optimiste. « Avec une population en majorité de confession musulmane, un faible taux de bancarisation et un fort besoin de financement, la finance isla­mique a de beaux jours devant elle », soutient-il.

Un avis que partage Amadou Taher, doctorant en finance islamique : « Avec une forte population musul­mane, majoritairement rurale, la microfinance islamique pourrait jouer un rôle crucial contre l’insé­curité alimentaire et aider ainsi au bon développement économique du Niger. » Selon le président de l’ANPFI, on peut s’attendre à l’ins­tallation de banques islamiques aussitôt que le cadre institutionnel et légal sera adopté.

Quelques doutes subsistent : alors que les banques prêtent à un taux d’intérêt compris entre 10 % et 15 %, les institutions de microfinance appliquent un taux de 24 %. Un taux assez lourd du point de vue charge auquel l’emprunteur serait soumis, même s’il reste en deçà du plafond fixé par les autorités monétaires (27 %). Il y a lieu de se demander, comment dans le système financier islamique, les institutions financières et bancaires se débrouillent pour se prendre en charge ?

La réponse est dans la règle de partage des profits et des pertes que permet la finance islamique, répond Abdoulaye Guédé. « Même si vous êtes démuni, c’est-à-dire que vous n’avez rien comme capital de départ, une institution financière islamique est prête à mettre à votre disposition le capital requis moyennant le partage des résultats d’exploitation. Mais la clé de répartition des résultats est arrêtée d’un commun accord dès le départ », explique-t-il. « C’est ainsi que les banques islamiques et les SFD islamiques doivent se débrouiller pour pouvoir se prendre en charge, en excluant de prendre en compte le taux d’intérêt », insiste-t-il.

ENCADRE

Un secteur en mutation

Longtemps dominé par les SFD mutualistes, le marché de la microfinance nigérien a connu durant la dernière décennie l’arrivée de nouvelles formes des institutions (IMF, associations et sociétés). Le secteur est marqué depuis quelque temps par une chute drastique du nombre des SFD en activité normale.

Ainsi, de 115 en 2009, leur nombre est passé à 53 en 2012. En 2016 le secteur comptait 42 SFD dont trois sociétés anonymes et 39 institutions mutualistes et coopératives. Ces institutions sont concentrées à Niamey qui en compte 22, contre deux à Zinder, deuxième ville du pays, et trois à Maradi, la capitale économique.

Seulement un tiers des communes (sur les 256) dispose d’un point de services SFD, selon l’Agence de régulation du secteur de la microfinance (ARSM), constitué en 2010 et qui aura permis d’assainir le secteur. L’ensemble des SFD totalisent 189 agences et le nombre de bénéficiaires est évalué à 1 019 387 pour un taux de pénétration estimé à 4%.

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Written by Sani Aboubacar

Sani Aboubacar est correspondant principal des magazines African Business, African Bunker et Le Magazine de l’Afrique au Niger. Titulaire d’une licence en Linguistique à l’Université de Niamey et d’un Master en Communication, il a un intérêt particulier pour les questions politiques, économiques, industries extractives, environnement et développement durable. Il est également animateur du Desk Environnement du journal nigérien L’Evènement.

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