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Société

Niger : Offrir un avenir aux jeunes

Pour répondre aux besoins de son économie, dominée par l’informel, le Niger mise sur la formation professionnelle. Des progrès indéniables ont été accomplis mais l’offre reste inégale. Une opportunité pour le secteur privé.

Niamey, Sani Aboubacar

Les jeunes Nigériens doivent être préparés à affronter le monde professionnel et à créer des PME afin de participer au développement de leur pays », déclarait le président de la BAD (Banque africaine de développement), Akinwuni Adesina, à l’issue d’une visite de deux jours en septembre 2017 à Niamey.

Cette visite, qui s’est achevée par un passage au lycée technique Kalmaharo de Niamey, a permis au Niger de bénéficier de l’approbation par la BAD d’une dotation supplémentaire de 4 milliards de F.CFA (6,10 millions d’euros) pour renforcer les moyens humains et matériels des enseignements professionnels et techniques.

Pour Tidjani Abdoulkadri, ministre des Enseignements professionnels et techniques, cette dotation permettra de renforcer les capacités des jeunes et des enseignants et de contribuer à la qualité de l’enseignement en acquérant de nouveaux équipements répondant aux standards internationaux actuels.

La formation professionnelle est ainsi appelée à jouer, à terme, un rôle important dans la promotion et la qualification des jeunes Nigériens qui ont « leur place dans une Afrique qui prospère et qui crée de l’espoir chez ses enfants », a commenté Akinwuni Adesina.

Quelque 67 % de la population nigérienne ont moins de 25 ans et deux jeunes sur trois sont déscolarisés ou non scolarisés. Plus de deux millions de jeunes ne disposeraient pas de compétences pour intégrer la vie active ou une formation professionnelle.

« En les formant, le pays va disposer d’un capital humain qui va former l’économie, qui ne va pas être dépendant de quelqu’un, mais qui va aussi appuyer d’autres pour qu’ils puissent s’inscrire dans la sphère du progrès », explique Chérif Chako, enseignant à la faculté des Sciences économiques et juridiques de l’université de Niamey.

De grandes réformes

Jusqu’en 2011, le pays ne comptait que deux lycées professionnels et techniques et de sept centres de formation, dont cinq à Niamey. Depuis 2015, il s’est engagé dans la valorisation de la formation professionnelle.

Grâce au Projet d’appui au développement de l’enseignement et la formation professionnelle et technique, financé à hauteur de 20 milliards de F.CFA (30,5 millions d’euros) par la BAD, des réformes sont ainsi engagées en vue de la réhabilitation et l’extension d’établissements, notamment les lycées techniques Issa-Béri et Kalmaharo de Niamey (près de 2,5 milliards seront destinés à ce dernier), le lycée technique de Maradi et le centre de formation professionnelle de Zinder.

Aujourd’hui, le pays dispose de treize lycées d’enseignement professionnel et technique, 78 collèges d’enseignement technique et chaque région dispose d’un centre de formation professionnelle et technique.

Pays fondamentalement rural, le Niger ne disposait pas jusqu’en 2013 de lycée agricole ; il compte désormais quinze sites intégrés de formation agricole, construits par l’État et des ONG. À la rentrée d’octobre 2017, 3,4 millions d’élèves et étudiants ont repris le chemin des 19 792 écoles et centres de formation publique et privée.

Pour répondre à la fois aux différents profils des bénéficiaires potentiels de la formation et aux besoins du marché de travail, le Niger s’est doté d’un Programme sectoriel de l’éducation et de la formation 2014-2024, dont le document de stratégie repose sur le recours à plusieurs modes de formation et la concentration sur les filières porteuses comme l’agriculture, l’élevage, le secteur industriel et services.

Pour faire évoluer l’effectif de l’enseignement supérieur, huit universités sont créées dans chacune des huit régions du pays, dont deux à Niamey (université islamique) auxquelles s’ajoutent quatre universités privées (deux à Niamey). De plus, le Niger s’est engagé dans la réforme du système LMD (licence, maîtrise, doctorat) afin de faciliter l’introduction de la professionnalisation et former des ressources humaines qualifiées, mais aussi faciliter la création, à titre expérimental, des centres incubateurs des diplômés, dans quelques campus.

Une offre privée en croissance

Pour autant, les formations à finalités professionnalisantes sont peu développées. Près de deux tiers des effectifs de l’université de Niamey, qui comptait, en 2016, 37 500 étudiants, sont inscrits dans une filière littéraire, juridique ou économique, alors que les étudiants inscrits dans les disciplines scientifiques ne comptent que pour 13 % des effectifs.

S’ajoute une faible couverture de l’enseignement supérieur, qui reste parmi la plus faible en Afrique subsaharienne. En 2010, le pays comptait 135 étudiants pour 100 000 habitants alors que la moyenne régionale est estimée à 600.

Les difficultés dans le public (manque des infrastructures d’accueil et d’enseignants) favorisent le développement d’une offre privée qui compte pour environ 33 % des effectifs scolarisés dans l’enseignement supérieur. Dès lors, le Niger enregistre une «floraison» des écoles et instituts professionnels privés, avec environ 80 établissements privés dont 47 à Niamey, le tout totalisant plus de 8 000 élèves et étudiants.

Aux côtés des écoles et instituts universitaires privés, plusieurs autres du Maroc, de la Tunisie, la Suisse, du Canada et des États-Unis ont ouvert des filiales à Niamey et se livrent à une importante campagne de marketing pour capter le maximum d’étudiants.

Là également, l’offre de formation est mal répartie : l’essentiel de ces écoles étant implanté dans la capitale. Pour autant, les fondateurs des écoles et instituts professionnels proposent des filières qui peuvent offrir « une vie décente aux étudiants à la fin de leur formation », fait remarquer l’économiste Chérif Chako qui constate « une inadéquation entre la demande et cette offre », et qui dénonce le « mythe » du grade et des diplômes. 

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Written by Sani Aboubacar

Sani Aboubacar est correspondant principal des magazines African Business, African Bunker et Le Magazine de l’Afrique au Niger. Titulaire d’une licence en Linguistique à l’Université de Niamey et d’un Master en Communication, il a un intérêt particulier pour les questions politiques, économiques, industries extractives, environnement et développement durable. Il est également animateur du Desk Environnement du journal nigérien L’Evènement.

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