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Politique

Niger : L’opposition cherche ses marques

Affaiblie par l’absence de leader et réduite à de simples déclarations, l’opposition politique est en quête permanente d’opportunités pour se faire entendre. Elle y parvient avec peine.

Niamey, Sani Aboubacar

Dans  un régime démocratique, l’opposition a pour rôle de contrôler l’action gouverne­mentale, d’attirer l’attention des gouvernants sur leurs pratiques, de critiquer les actions dans le sens où elles ne sont pas profitables au peuple et de se préparer pour éventuellement conquérir le pouvoir», rappelle Issoufou Yahaya, chercheur de l’université de Niamey… Sauf qu’au Niger, l’espace donné à l’op­position est rétréci et depuis sa défaite à l’élection présidentielle, elle peine à jouer pleinement son rôle.

Les déboires de l’opposition nigé­rienne commencent par le départ de Hama Amadou de l’alliance qui a porté Issoufou Mahamadou au pou­voir en 2011. Depuis, le régime n’est plus tendre avec l’opposition, dont les grands partis qui la composent se sont, tour à tour, vidés de leurs mili­tants de la première heure.

Le MNSD qui a dirigé le pays pendant dix ans, jusqu’en 2009, a vu le départ de quatre de ses grands militants, dont le secrétaire général de l’époque, pour former un parti qui a aussitôt rallié la mouvance présiden­tielle. Au MODEN-FA de Hama Amadou, en exil depuis près de deux ans, la saignée a été moindre.

La règle des 3P

La situation s’est aggravée depuis la réélection du président Issoufou Mahamadou pour un deuxième et dernier mandat. Dès sa mise en place, le régime de la renaissance acte II, éloigne l’opposition tout en réduisant ses champs d’action. « Pour un oui ou un non, la machine de répression rose s’acharne sur les opposants politiques, les acteurs de la société civile et les journa­listes mal pensants, à travers la règle des 3 P : Police-Procureur-Prison, ignorant que les plus fortes convictions sont for­gées et consolidées dans les épreuves dont la privatisation arbitraire de liberté », dénonce Soumana Sanda, un des lieutenants de Hama Amadou, qui a séjourné plusieurs mois en prison. « Ils sont arrêtés par rapport à des malversa­tions par les juges et non par le gouver­nement », se défend Adamou Manzo du PNDS.

Plusieurs militants de l’oppo­sition, – tel Amadou Djibo Ali dit « Max », au printemps 2017 –, ont été interpellés, gardés quelque temps en prison, avant d’être libérés par un juge, le plus souvent pour des propos tenus lors des meetings. « Même les artistes ne sont pas épargnés », constate Annabou Soumaila, président du MNRD, un parti de l’opposition. « Même pour organiser une marche, on nous l’interdit, il faut qu’on dépose un référé », regrette-t-il.

Par ailleurs, le départ du MNSD pour grossir la majorité, a porté un coup dur à l’opposition. Ce parti dont le MODEN-FA est sorti de ses entrailles tenait la gouvernance de l’opposition en l’absence de son chef de file.

Une brèche

De son côté, le politologue Issoufou Yahaya constate que l’op­position est en train de se refaire. Ne disposant pas de moyens de son combat et réduite à de simples décla­rations, l’opposition guette désor­mais les opportunités qui s’offrent à elle. L’une d’elles semble résider dans le décret pris par le président de la République, convoquant une élection législative partielle, avant de revenir quelques jours après sur son décret.

Une brèche que l’opposition saisit, mais sans grande conviction, pour demander le départ du président Issoufou Mahamadou. Ce que le poli­tologue qualifie de « surenchère politi­cienne », juste pour se faire entendre. « De la subversion pour déstabiliser un régime démocratiquement  mis en place », approuve Adamou Manzo.

 ENCADRE

Passe d’armes autour de la CENI

La mise en place d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI) en vue des prochaines échéances électorales de 2021 divise les acteurs politiques nigériens. Un processus mal parti dans la mesure où l’opposition rejette la désignation du président et du vice-président de la CENI. « Nous ne nous laisserons pas faire et nous n’accepterons pas que la CENI soit un apanage du PNDS », dénonce Amadou Djibo Ali, actuel chef de file de l’opposition.

« Nous sommes contre la désignation de manière unilatérale et autocratique du président et du vice-président de la CENI. Nous sommes également contre cette CENI-là qu’on veut nous installer », renchérit Hambaly Dodo, président du Front des partis politiques non-affiliés pour l’alternance démocratique au Niger (FPNAD). « Tout le monde est représenté dans le comité qui a été mis en place et on ne peut soupçonner les gens d’être pro-partis politiques, parce que nous cherchons la clarté et la crédibilité pour les élections futures », se défend le secrétaire général adjoint du PNDS, Kalla Hankouraou, pour qui « cette fois-ci, le processus est très crédible ».

La pomme de discorde entre les acteurs politiques est la composition de la CENI, qui de par la loi approuvée par l’Assemblée nationale, est composée de 13 membres, dont six représentants des partis politiques (trois de la majorité et trois de l’opposition), puis trois représentants de l’Administration (ministères du Plan, des Finances et de l’Intérieur), un représentant des associations de défense des droits humains, une représentante des associations féminines, puis le président et le vice-président.

Mais c’est le président de la République qui a le pouvoir de nomination, de trancher de manière définitive, sur proposition du Conseil national de dialogue politique (CNDP). « Nous refusons de nous retrouver à trois contre dix dans cette CENI et à zéro dans le bureau qui va la diriger ! », dénonce Amadou Djibo Ali.

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Written by Sani Aboubacar

Sani Aboubacar est correspondant principal des magazines African Business, African Bunker et Le Magazine de l’Afrique au Niger. Titulaire d’une licence en Linguistique à l’Université de Niamey et d’un Master en Communication, il a un intérêt particulier pour les questions politiques, économiques, industries extractives, environnement et développement durable. Il est également animateur du Desk Environnement du journal nigérien L’Evènement.

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