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Politique

Niger : L’insécurité gagne l’Ouest

Tandis que la lutte contre Boko Haram commence à porter ses fruits et en dépit de la présence de nombreuses bases militaires étrangères, la sécurité sur les frontières nigériennes avec le Mali se dégrade.

Niamey, Sani Aboubacar

Si l’année 2016, au Niger, s’était achevée par une accalmie relative dans la lutte contre Boko Haram dans le sud-est du pays, la nouvelle année a commencé par des attaques meurtrières dans l’ouest du pays, notamment près des frontières avec le Mali où en moins d’un mois, une trentaine de membres des forces de défense et de sécurité nigériennes ont été tués.

Pour le président Issoufou Mahamadou, «l’intervention de nos partenaires dans la lutte contre le terrorisme n’est pas la cause des problèmes. Ne découragez pas les pays qui veulent nous aider pour faire face à la situation».

«Depuis le début de cette nouvelle année, notre pays fait l’objet de plusieurs attaques terroristes meurtrières, qui parfois endeuillent des familles entières», se désole le président de la République, promettant que «le gouvernement du Niger n’abandonnera jamais et ne cédera jamais face à ces forces rétrogrades».

Pour ce faire, le gouvernement a instauré l’état d’urgence sur toutes les frontières avec le Mali pour une période de trois mois. La frontière avait déjà fait l’objet d’attaques en provenance du Nord- Mali, par des réseaux démantelés durant l’opération Serval lancée en 2013 par la France.

Mais en un an, Serval n’a fait que disperser les djihadistes un peu partout dans le Sahel. Ils se réorganisent discrètement dans le désert malgré la relève assurée par l’opération Barkhane lancée le 1er  août 2014.

«C’est dans le cadre de cette réorganisation que nous constatons la multiplication des attaques avec comme cibles, le plus souvent, des positions militaires dans le but de s’approvisionner en armes et moyens de déplacement solides, mais aussi pour frapper les symboles de l’État et envoyer un message fort de leur présence. Cela est facilité par une accessibilité sans contraintes des frontières», explique Moussa Ibrahim Adamou, doctorant en Sciences politiques.

Pour l’acteur de la société civile Moussa Tchangari, le déplacement du front de l’insécurité vers l’ouest du Niger «n’est pas très surprenant» : cette partie du territoire nigérien fait certes frontière avec le Nord-Mali où opèrent des djihadistes depuis quelque temps, «mais la région est aussi une zone de grande insécurité depuis des années».

En effet, elle est le fréquent théâtre de conflits entre agriculteurs et éleveurs, entre éleveurs, ainsi que de vols à main armée, de trafics de drogues, de vols de bétail…

Sécurité au Mali et sécurité au Niger sont liées

«La disparition du régime de Kadhafi a occasionné le déplacement de beaucoup de groupuscules qui ont trouvé un terrain social préparé déjà par l’islam extrémiste», explique Moulaye Hassane, islamologue à l’Institut de recherche en Sciences humaines de Niamey, qui ajoute que la zone ouest du Niger, frontalière avec le nord du Mali, a toujours été un foyer de l’islam extrémiste.

«On ne peut pas tout lui attribuer, mais aujourd’hui, c’est l’islam qui est utilisé pour justifier ce qui se passe dans cette région»; bien sûr, les principales motivations de ce fléau sont loin d’être religieuses, même si les religieux ont du mal à en faire la démonstration, car le terrorisme porte un masque religieux.

Évoquant la situation du Mali en 2013, le président Issoufou Mahamadou rappelle à l’essentiel : «L’intervention de nos partenaires dans la lutte contre le ter­rorisme n’est pas la cause des problèmes. Ne découragez pas les pays qui veulent nous aider pour faire face à la situation».

Du reste, pour le Président nigérien, «régler le problème de la sécurité au Mali, c’est contribuer à régler le problème de sécurité au Niger». Pour se faire, Mahamadou Issoufou opte pour la coopération avec des pays de la sous-région et surtout avec les pays occidentaux.

France, États-Unis et désormais l’Allemagne, sans compter les militaires tchadiens de la force mixte, le Niger est devenu ces dernières années un territoire d’accueil des forces armées étrangères.

Renforcer les capacités de l’armée nigé­rienne, lutter contre le terrorisme, soute­nir l’opération Barkhane et se renseigner sur les mouvements des terroristes, sont les raisons évoquées pour justifier la pré­sence des forces étrangères sur le territoire nigérien. Mais, malgré cette présence, les attaques contre les forces de défense et de sécurité nigériennes se multiplient.

La présence des forces étrangères fait débat

Pour l’expliquer, l’universitaire Moussa Ibrahim Adamou évoque «le dérèglement des stratégies des forces nigé­riennes» ; qui viendrait, à son avis, de la collaboration avec les militaires étrangers qui sont sur le territoire pour faciliter la surveillance par les moyens modernes dont ils disposent, comme les drones.

Selon le doctorant, cette collaboration est «incomplète», parce qu’elle ne couvre pas toute la zone frontalière avec le Mali, l’Algérie et la Libye. «Avec la surveillance aérienne, la stratégie des commandements nigériens a été renforcée dans sa capacité d’action, au détriment de la capacité de réaction de ses patrouilles et de ses guetteurs attendant l’arrivée de l’ennemi. C’est ainsi que nous voyons la majorité des attaques ont un caractère de surprise», constate-t-il.

Pourtant, de 2012 à 2017, le budget de la Défense nationale a été multiplié par 15. «C’est énorme ! On se demande pourquoi on a dépensé autant d’argent pour après se rendre compte que nous ne pouvons pas assurer notre sécurité nous-mêmes», regrette Moussa Tchangari.

L’opposition dénonce « la liquida­tion de la souveraineté du pays », tandis que la société civile se demande à quoi il sert d’accueillir des forces étrangères dotées de moyens sophistiqués pour compter autant de pertes parmi les forces nigériennes.

«Les forces extérieures peuvent constituer des facteurs d’insécurité, parce que les terroristes peuvent tirer pré­texte de leur présence pour légitimer leur combat», estime Moussa Tchangari qui constate que «leur présence n’a jamais fait l’objet d’un consensus», car «c’est le gouvernement qui discute avec les pays étrangers».

Évoquant la situation du Mali en 2013, le président Issoufou Mahamadou rappelle à l’essentiel : «L’intervention de nos partenaires dans la lutte contre le ter­rorisme n’est pas la cause des problèmes. Ne découragez pas les pays qui veulent nous aider pour faire face à la situation».

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Written by Sani Aboubacar

Sani Aboubacar est correspondant principal des magazines African Business, African Bunker et Le Magazine de l’Afrique au Niger. Titulaire d’une licence en Linguistique à l’Université de Niamey et d’un Master en Communication, il a un intérêt particulier pour les questions politiques, économiques, industries extractives, environnement et développement durable. Il est également animateur du Desk Environnement du journal nigérien L’Evènement.

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