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Société

Niger: Une capitale modernisée

Nouveaux carrefours, nouvelles routes, nouveaux équipements. Niamey se modernise à vitesse grand V. Un souhait du président Issoufou fraîchement réélu. Pourtant, de nombreux habitants font face encore au manque de services de base.

Niamey, Nadia Rabba, envoyée spéciale

2h45 du matin. Surplombant le tapis roulant de l’aéroport inter­national Diori Hamani, un pan­neau publicitaire annonce discrè­tement la présence du groupe Bolloré en terres nigériennes. Le vol de la Royal Air Maroc a atterri il y a 20 minutes, déver­sant son lot de voyageurs qui se pressent pour récupérer valises et autres bagages avant de se faire héler par les taxis qui les attendent à la sortie du bâtiment. Malgré le peu de lumière de la ville, difficile de rater l’immense affiche de la radio Voice of America, le visage souriant de Roger Muntu, son journaliste francophone vedette, placardé sur un 4 par 3 à la sor­tie de l’aéroport. Bienvenue à Niamey, capitale du Niger et vitrine de la poli­tique de Mahamadou Issoufou, réélu en mars 2016 à la tête du pays pour un second mandat de cinq ans.

La ville, qui voudrait accueillir la Conférence des chefs d’État de l’Union africaine en 2019, est en pleine mutation. Moins peuplée que ses voisines Bamako et Ouagadougou, Niamey, avec son 1,3 million d’habitants, se veut le fer de lance du programme de « Renaissance » du Niger prôné par son Président.

Elle compte de nouveaux carre­fours, comme l’imposant rond-point du Palais de Justice dont le monument a été financé par la compagnie d’électricité du pays, la Nigelec, deux échangeurs, dont celui situé en face de l’hôtel Gaweye où trônent encore des affiches électorales de la dernière campagne présidentielle. Un troisième est en cours de construction par Sogea-Satom (groupe Vinci) ; d’un coût total de 41,6 milliards de F.CFA (63 millions d’euros), il est cofinancé par la BOAD, la BoA Niger et l’État nigérien.

La modernisation de Niamey passe aussi par l’aménagement et le bitumage de 70 kilomètres de voiries urbaines, dont une route périphérique circulaire, d’un coût total de 18 milliards de F.CFA (27,4 millions d’euros), 50 panneaux et lampadaires solaires implantés dans 13 quartiers de la rive droite, d’un coût total de 65 millions de F.CFA)… Le gouvernement a décidé d’investir dans la ville et cela se voit !

Niamey Nyala (« Niamey la coquette »), programme lancé en 2011 par un Issoufou alors fraîchement élu, ambitionne de redessiner le visage de la capitale nigérienne. Avec un budget rené­gocié cette année à hauteur de 3,5 mil­liards de F.CFA (5,3 millions d’euros), le Haut-commissariat à Niamey Nyala travaille de concert avec la mairie pour fournir aux habitants les services de base qui leur font cruellement défaut.

La nécessaire valorisation des déchets

Si les changements en matière d’in­frastructure sont bien visibles, la ville est encore en proie à de très régulières cou­pures d’électricité – pour les quartiers qui y sont raccordés, notamment ceux du centre-ville et quelques rares de la périphérie –, les feux de circulation fonc­tionnent de manière aléatoire, générant des embouteillages à toute heure de la journée, et le manque d’éclairage public plonge la capitale dans l’obscurité dès la tombée de la nuit. Des montagnes de détritus sont visibles ici et là, à l’instar de celui autour de la Ceinture Verte, pour­tant classée zone protégée par l’Unesco, devenue une décharge publique sauvage.

Le problème de gestion des déchets a pris une ampleur telle que les citoyens ont décidé, à certains endroits, de prendre en charge eux-mêmes le ramassage des ordures. Mamoudou Mouctar, le Haut-commissaire à Niamey Nyala, a décidé d’aborder cette question de manière innovante : « En l’état actuel des choses, la ville n’a pas les moyens techniques et financiers pour évacuer plus de 40 % des 1 000 tonnes de déchets qu’elle produit quotidiennement. Plutôt que d’augmenter le budget qui y est alloué, nous travaillons à la mise en place de solutions durables qui pourraient diminuer la production d’ordure notamment en les triant et en les valorisant. Nous aurons ainsi moins de déchets à dégager et nous pourrons, avec les moyens dont nous disposons, évacuer les déchets restants. »

Autre priorité du Haut-commissaire, la valorisation et la restructuration des activités informelles de la ville, comme en témoigne la campagne de « déguerpis­sements » démarrée à la fin du mois d’août, menée de concert avec le gouvernorat de Niamey. Mesure impopulaire, elle consiste à détruire les multiples gargotes informelles considérées comme anar­chiques par les autorités – dont les empla­cements avaient pourtant été octroyés par la mairie – et autres kiosques, boutiques et panneaux publicitaires autour du grand marché et des bâtiments administratifs de la ville. Une décision qui a grandement mécontenté les habitants pour lesquels ces activités étaient souvent les seules généra­trices de revenus, d’autant que ces destruc­tions sont arrivées juste avant la période de la Tabaski.

Niamey la chinoise

Le succès de la politique engagée depuis 2011 tient au désenclavement de Niamey, notamment grâce à une amélio­ration des transports routiers et interur­bains, que ce soit par la nouvelle route en direction de Ouagadougou ou vers plu­sieurs centres urbains du pays. En plus de la construction ou de la réhabilitation de nombreuses routes bitumées, un meil­leur réseau de transport par autobus faci­lite le déplacement des Nigériens par voie terrestre, auquel le projet d’expansion de l’aéroport international Diori Hamani viendra s’ajouter pour permettre un meilleur trafic aérien en desservant plus de villes intérieures.

La mise à l’arrêt de la Blue Line de Bolloré, privant le Niger, pays sans accès direct à la mer, d’une voie ferrée dont il aurait grandement besoin, a cependant été un coup dur pour le gouvernement qui comptait sur une fluidification du trafic de marchandises notamment vers le Bénin, dont le port commercial de Cotonou est la principale porte et la plus proche du Niger.

Échangeurs, ponts, routes…, comme dans beaucoup de capitales de la sous-région, une large majorité des nouvelles infrastructures de Niamey ont été réalisées par des entreprises chinoises, appuyées par China Exim bank, la banque de développement du gouvernement chinois.

Prenant part à l’essor immobilier que connaît la ville, les Chinois ont construit un hôtel de luxe (le seul hôtel 5 étoiles de la ville), le Soluxe, filiale de la China National Petroleum Company (CNPC), qui exploite du pétrole à Agadem, dans le nord du pays, et le raffine à Zinder à travers la Société de raffinage de Zinder (Soraz) détenu à 60 % par la CNPC. Initialement conçu comme résidence des salariés chinois de la Soraz, l’hôtel a été depuis ouvert au public par souci de rentabilité.

C’est également un don de la Chine de 44 milliards de F.CFA (67 millions d’euros) qui permet la construction d’un nouvel hôpital dans la capitale, à la périphérie nord de Niamey, par le consortium chinois CGC. L’« Hôpital général de référence de Niamey » a ainsi vocation à être le centre hospitalier le plus grand et le plus moderne du pays, voire de la sous-région.

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Written by Le Magazine de L'Afrique

Présent dans tout le continent, ce magazine traite de sujets qui sont au coeur de l’actualité africaine. Avec des articles de fond, des commentaires, des débats et des analyses, il présente un point de vue africain sur des sujets politiques, économiques, historiques, culturels etc ...

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